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L’obsession de la perfection

L’obsession de la perfection
Photo John Londono, consulat

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Katherine Levac a toujours été une première de classe. Même à l’École nationale de l’humour, où elle a terminé en 2013, la jeune Franco-Ontarienne ne se gênait pas pour remettre ses camarades à leur place. Obsédée par la perfection, l’humoriste poursuit sur sa lancée avec un premier spectacle solo qui a déjà vendu 50 000 billets avant même sa rentrée montréalaise. Première un jour...

Katherine Levac est une fille de passions. Durant près de deux heures en entrevue avec Le Journal, l’humoriste volubile et enjouée parle autant d’Harry Potter (« un univers qui a marqué ma génération ») que de Malajube (« je suis une groupie de ce groupe »), de Zoofest (« ç’a eu un gros impact dans ma vie et ma carrière ») ou ses origines (« je prends le meilleur de l’Ontario et du Québec et je me fais une belle vie avec ça »).

Pas de « niaisage »

Moins de cinq ans après sa sortie de l’École nationale de l’humour, la comique franco-ontarienne se ­sentait prête pour offrir son ­premier one-woman-show, dans lequel elle parle de son attitude de première de classe et de son ­obsession de la perfection.

« J’ai toujours été encouragée dans une famille de velours. On dit souvent que les artistes, ce sont des gens qui ont connu des échecs, qui ont bûché toute leur vie. Ça n’a pas été le cas pour moi. J’ai eu une belle vie de velours. [...] J’ai grandi dans une famille où même si l’on venait d’un petit village de 300 personnes, mes parents réussissaient à nous faire sentir comme si on était capables de réussir ce que l’on voulait si l’on travaillait fort. »

À l’École de l’humour, Katherine Levac était du genre à remettre ses camarades à leur place. « C’est très important pour moi, l’académique, et il n’y a pas de place pour du niaisage », dit-elle. Son attitude de première de classe s’avère payante pour elle aujourd’hui, puisque sa tournée de rodage a affiché complet un peu partout l’an dernier.

« C’est le fun, les gens répondent à l’appel, dit-elle. La salle est pleine chaque soir. Pour moi, c’est juste la normalité, car c’est mon premier spectacle et je n’ai pas d’autre comparatif. Mais je sais que dans le fond, c’est un luxe. Ce n’est pas banal. »

L’obsession de la perfection
Photo John Londono

 

Travailler avec son ex

Avant de lancer son propre spectacle, Katherine Levac a pu faire la première partie de Jean-François Mercier durant deux ans, un exercice qui s’est avéré très formateur.« J’ai vraiment beaucoup appris. Au début, c’était plus dur, mais je me suis adaptée. J’ai dû préciser au public que je n’étais pas Jean-François et je faisais des blagues pour montrer à quel point on était différents. Il y a des gens qui me haïssaient, au début. Et à la fin, ils se levaient pour ­applaudir. En 12 minutes, je passais de “va chier” à “on t’adore”. »

Pour les textes de Velours, Katherine Levac a principalement travaillé avec son complice de longue date, David Beaucage. « Il fait aussi ma première partie. Il me connaît comme s’il m’avait ­tricotée. Avec lui, il n’y a plus de gêne, plus d’ego », dit-elle à propos de l’humoriste, qu’elle a connu à l’École de l’humour et qu’elle a ­fréquenté durant un certain temps.

Est-ce difficile de ­travailler avec son ex ? « On ne s’est ­jamais ­chicanés, répond-elle. Ça s’était bien terminé. On s’aime ­profondément. Je tuerais pour Dave Beaucage. Notre amour est profond. Ça dépasse le fait qu’on soit ensemble ou non. Mon chum n’est pas jaloux, car il sent que notre relation est saine et claire. »

En tournée, Katherine Levac a aussi l’occasion de passer du temps avec deux autres personnes qu’elle connaît très bien: ses deux jeunes frères, Frédéric et Jean-Philippe. « Ils font partie de l’équipe de techniciens, dit-elle. Fred est mon directeur de tournée. Jean-Philippe, quand il me dit qu’il a trouvé telle blague drôle ou pas, je le prends vraiment. Leur avis est considérable dans ma création. [...] C’est le fun d’engager du monde que tu aimes. Je suis avec des gens de confiance. Une tournée, c’est beaucoup d’émotions fortes. »

Un changement d’apparence qui a fait jaser

Devenue une personnalité connue au cours des dernières années, Katherine Levac s’est rendu compte que ses moindres faits et gestes étaient maintenant scrutés par le public. Elle en a eu un bon exemple, à l’automne 2016, lorsque sa perte de poids radicale a beaucoup fait jaser sur les réseaux sociaux. La jeune humoriste a même dû s’expliquer, quelques mois plus tard, sur le plateau de Tout le monde en parle.

« Ça me fait me questionner sur ma vie en général, dit-elle au Journal. À chaque fois que je vais faire quelque chose, si je suis enceinte ou que j’ai le cancer, il va y avoir ça [des commentaires sur les réseaux sociaux]. Quand tu vas à l’École de l’humour et que tu commences à faire des jokes, personne ne t’apprend comment être une personnalité connue. Tu le découvres. Et tu mets tes propres limites. J’essaie de me respecter là-dedans. Ma vie privée n’est pas bloquée. Mais je fais des choix. Au Québec, les gens sont comme tes amis. Ils veulent savoir tout. Ce n’est pas méchant. Là, c’est correct. C’était de la marde, mais c’est correct. Je pense que j’ai vraiment appris de ça. »

Importance de l’image

Katherine Levac mentionne que son changement d’apparence n’a pas eu d’impact sur son travail, car elle ne parlait pas de son poids sur scène. « Si j’avais fait une carrière sur mon poids, je n’aurais plus de carrière aujourd’hui, car mon poids est parti ! Ma ­dynamique n’a pas réellement changé. Je parle des mêmes affaires qu’avant. »

Jusqu’à quel point l’image est-elle importante pour un humoriste ? « Ça l’est moins que pour un comédien, répond-elle. Comme humoriste, j’ai une grande liberté. Je peux parler des sujets que je veux, que je sois une grande blonde ou une fille avec un énorme nez. »

Ontarienne et fière de l’être

En 2019, Katherine Levac ira promener sa tournée dans le nord de l’Ontario. « Je n’ai aucune idée comment ça va se passer, mais j’ai très hâte ! » dit-elle.

Ayant grandi dans un petit village ontarien de 300 âmes, entre Ottawa et Montréal, Katherine Levac a été élevée dans une culture franco-ontarienne qui ne reniait pas le Québec. « Chez nous, c’était Daniel Bélanger full pine. Mais mon voisin, lui, ne savait même pas qui était Véronique Cloutier ! »

« J’étais dans une famille qui valorisait beaucoup les arts, poursuit-elle. On allait voir tous les shows à Gatineau. »

Différentes aspirations

C’est en déménageant au ­Québec, il y a cinq ans, que Katherine Levac s’est rendu compte qu’elle était encore profondément ontarienne. « En arrivant à Montréal, j’étais dans Rosemont–Petite-Patrie. Je me sentais vraiment comme si tout le monde était dans un gros party, sauf moi. »

Durant le dernier congé des Fêtes, elle s’est rendue dans un party avec plein de jeunes ontariens.

« Les aspirations des filles là-bas ne sont vraiment pas les mêmes qu’ici. Là-bas, tout le monde est marié à mon âge, dit-elle. Ici, quand je chille une soirée de temps avec Jay Du Temple et Julien Lacroix, on ne sent pas trop la pression qu’ils veulent se marier... Mais je me rends compte qu’il y a une partie de moi qui veut aussi se marier. »


► Katherine Levac présentera son spectacle Velours les 6 et 7 février au Théâtre Maisonneuve de Montréal. Elle sera aussi à la Salle Albert-Rousseau de Québec, les 20 et 21 février. Pour toutes les dates : www.katherinelevac.com