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Elle repère les doués à l’école

Émilie Rouaud aide les siens après avoir passé des années difficiles à chercher sa voie

Depuis janvier 2017, Émilie Rouaud développe des projets pédagogiques pour des classes d’élèves doués à l’école Paul-Gérin-Lajoie, à Montréal.
Photo Ben Pelosse Depuis janvier 2017, Émilie Rouaud développe des projets pédagogiques pour des classes d’élèves doués à l’école Paul-Gérin-Lajoie, à Montréal.

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Brillante et passionnée, mais longtemps incapable de conserver ses emplois et de se sentir bien parmi les autres dans le monde professionnel... Émilie Rouaud a passé des années à se demander ce qui n’allait pas avec elle. Jusqu’au jour où elle a appris qu’elle était douée et a décidé d’aider ses jeunes semblables.

« Il y a vraiment eu 3, 4 ans au début de ma vingtaine où tout piquait... Je me demandais : qu’est-ce que je ne fais pas correctement ? Qu’est-ce que je ne comprends pas ? évoque la Française de 28 ans. Puis, un jour, j’ai découvert la douance, et c’est devenu ma passion. »

Le Journal racontait hier l’histoire de deux jeunes doués au parcours scolaire en dents de scie qui ne trouvent pas leur compte sur les bancs d’école.

Toute jeune, Mme Rouaud était elle aussi plus rapide que les autres et s’ennuyait en classe. Elle a appris à lire et à écrire plus vite que les camarades de son âge et a dû sauter la sixième année, car elle n’apprenait pas à faire d’efforts.

En 2006, dès l’âge de 16 ans, elle est venue au Québec pour faire un baccalauréat en études internationales à l’Université de Montréal (UdeM).

« Je me disais que j’étais simplement en avance. Pour moi, c’était normal et jusque-là, tout allait bien », se souvient la jeune femme.

Une catastrophe

Puis, début vingtaine, elle a décidé de rentrer en France pour travailler.

« Ça a été la catastrophe. Je ne savais plus quoi faire de ma vie, je ne savais plus qui j’étais et ce que je voulais. Dans mon pays, le système est très hiérarchique et ça ne fonctionnait pas avec moi. Je me sentais comme un ovni », dit-elle.

Elle est passée d’un emploi à l’autre, en communication, en restauration, en immobilier et a aussi tenté un retour aux études. Chaque fois, elle se butait à des difficultés.

« Je sentais toujours que je n’étais pas à ma place et que quelque chose n’allait pas, soit avec les patrons, les collègues ou l’environnement de travail », ajoute Mme Rouaud.

Elle avait beaucoup de mal à accepter l’ordre établi, surtout lorsque les choses étaient faites de manières inefficaces à ses yeux, comme les horaires de travail.

Puis, un jour, sa mère lui a offert le livre Différence et souffrance de l’adulte surdoué, de l’auteure Cécile Bost.

« Je me suis sentie concernée et j’ai commencé à me dire que c’était peut-être moi le problème, mais je n’ai pas été plus loin », dit-elle.

En 2014, elle a décroché un emploi dans un camp d’été pour enfants doués en France, sans trop savoir où cela la mènerait.

« Ç’a été la plus belle expérience de ma vie. Tout à coup, j’étais dans mon élément, j’aimais tout le monde, il y avait une reconnaissance immédiate avec les enfants doués... je les trouve passionnants, intéressants, profonds et authentiques », assure-t-elle avec enthousiasme.

Une passion

Son monde est alors devenu plus « facile », dit-elle, et ce malgré un salaire au minimum et des horaires intenses.

« C’était comme tomber amoureux. J’ai découvert ma passion à 25 ans. Et depuis, je trace mon chemin pour aider les enfants à haut potentiel. »

En 2016, à l’âge de 26 ans, elle a fait faire son bilan psychologique auprès d’une spécialiste qui a confirmé sa douance.

Elle est revenue au Québec et a entrepris une maîtrise en psychopédagogie à l’UdeM portant sur la réussite et l’expérience scolaires des élèves doués.

« Mon objectif, c’est de les repérer et de les nourrir intellectuellement », dit-elle.

Dans le programme spécial de l’école secondaire Paul-Gérin-Lajoie d’Outremont, son équipe de mentors et elle accompagnent les jeunes dans leurs travaux.