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Un weekend à Vancouver, la Mecque des fumeurs de pot

Un kiosque de pipes en silicone au Lift Cannabis Expo, le plus grand congrès de l'industrie du pot au pays. L'événement avait lieu du 12 au 14 janvier dernier à Vancouver.
Photo Annabelle Blais Un kiosque de pipes en silicone au Lift Cannabis Expo, le plus grand congrès de l'industrie du pot au pays. L'événement avait lieu du 12 au 14 janvier dernier à Vancouver.

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Si le Lift Cannabis Expo m’a appris quelque chose, c’est que ce n’est pas une bonne idée d’interviewer des gens battés.

Je reviens tout juste de Vancouver où avait lieu le Lift Cannabis Expo, le plus important congrès de pot au pays.

Comme mes patrons m’ont offert le privilège de tenir une chronique entièrement dédiée au cannabis, je me suis dit que ça commencerait fort de faire le voyage à Vancouver. Transposé dans l’univers geek, ça serait un peu comme se rendre à Silicon Valley.

Pourquoi? Parce que Vancouver, parfois surnommée Vansterdam, est la Mecque du cannabis au Canada. On compte une centaine de dispensaires où acheter du pot (parfois sans prescription) et près d’une vingtaine de producteurs de cannabis autorisés par Santé Canada.

Pour lire mes articles sur le congrès, c'est ici

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Tolérance zéro et cannabis: il sera difficile de juger les fautif

Ce qui m’a surtout étonnée lors du congrès: le visage de l’industrie change. Le jeune poteux avec des dreadlocks ou le boomer hippie avec un T-shirt multicolore et délavé a cédé sa place au complet cravate. Bob Marley peut aller se rhabiller.

Il y avait des gens avec des PhD, des scientifiques, des lobbyistes et d’anciens élus. Il y avait des gens issus du milieu de l’agriculture, d’autres de la finance ou certains de la pharmacologie.

Ça c’était avant samedi soir.

Après deux jours d’ateliers et de discussions sérieuses, j’ai voulu aller parler aux absents du congrès. Par exemple, ceux qui sont actuellement dans le marché gris, comme les propriétaires de dispensaires, ces endroits qui sont parfois tolérés par les villes, mais qui n’en restent pas moins illégaux.

L'un d'eux a accepté d’aller boire un verre dans un bar du centre-ville, vers 19h30. Cet activiste de la première heure, dans la soixantaine a vraiment mené des combats devant les tribunaux pour en arriver à la légalisation.

Je lui ai demandé comment il avait réussi à garder ses dispensaires ouverts dans l’illégalité pendant toutes ces années. 

« J’ai commencé à faire pousser du pot, il y a longtemps et j’en fournissais à mes amis [...] «ça fait 54 ans que je fume du pot, le gouvernement nous persécute»  [...] Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les soldats ont tué des gens, mais après la bombe, ils ont pris les bébés dans leur bras et [...]»

PAUSE

J'ai arrêté de prendre des notes pour mieux écouter. J'ai levé la tête et, pour la première fois en deux jours, je me suis dit: «Tabar...., ce gars n’est clairement pas à jeun.» 

FAST FORWARD

-«Veux-tu un dab?»

-«Hein?»

Une heure plus tard, je suis dans les studios 710, une compagnie de diffusion web qui occupe tout l'étage au-dessus du bar. C’est l’activiste sexagénaire clairement pas à jeun qui m’a invitée à cette soirée où il y a des gens de l’industrie plutôt underground du cannabis, la seule et la vraie culture représentative, me diront-ils.

Il y a des pipes en verre un peu partout et les gens fument des dabs.

Des quoi ? 

Des dabs. Ce n’est pas juste un move cool de milléniaux, c’est aussi un concentré de marijuana sous forme d’huile (d’ailleurs, 710 est un clin d’œil au fumeur d’huile puisqu’en inversant le chiffre, on peut lire ‘oil’ en anglais.)

Ça m’a rappelé les soirées de mon adolescence où les gens se faisaient des shotguns sous une couverture ou des plombs aux couteaux sur les ronds du poêle (l’industrie du poêle en céramique a toutefois forcé une génération de poteux à se réinventer. Damn you progrès !).

«Les riches débarquent et veulent s’approprier notre culture, mais notre culture ce n’est pas juste une business, m’explique un autre activiste qui travaille pour une autre chaine de dispensaires. Le gouvernement est en train de faire de l'appropriation culturelle.»

Ce fut confus par moment, mais j’ai réussi à comprendre qu’il y a une industrie qui est en train d’émerger et qui est composée d’hommes d’affaires, de scientifiques et d'ex-politiciens.

Mais ceux qui cultivaient déjà du cannabis, ceux qui ont défié les lois et fait plier les tribunaux, ceux-là se sentent déjà exclus de l’industrie qu’ils ont contribuée à mettre au monde.

Or, comme le disait un expert rencontré au congrès, pour mettre fin au marché noir, il faut permettre à certains dispensaires d’intégrer le marché légal. Les États américains qui n’ont pas autorisé le marché noir à effectuer une transition vers le marché légal sont ceux dont le marché illicite est le plus fort, m’a expliqué Alex Shiff, consultant chez Navigator, une firme de relation publique qui a développé une expertise en cannabis.

J’ai continué à poser des questions sérieuses, mais je n’ai pas compris toutes les réponses. Rendue là, je ne savais même plus si c’était les autres qui étaient gelés ou moi. J’étais pourtant à jeun (je te le jure, maman).

Une demi-heure plus tard, j’étais dans un 7 Eleven les bras remplis de sacs de chips, des jujubes et de popcorn.

J’avais un début de réponse : la fumée secondaire de dabs et le manque de sommeil, ça donne un pas pire buzz aussi.