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Une journée dans la tête d’un surdoué inépuisable

Le Journal a rencontré Guillaume Morrissette dans la pièce où il rédige ses romans policiers.
Photo collaboration spéciale, andréanne lemire Le Journal a rencontré Guillaume Morrissette dans la pièce où il rédige ses romans policiers.

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Guillaume Morrissette vient de finir d’écrire son septième roman policier en autant d’années. Il trouve aussi le temps d’enseigner les mathématiques financières à l’université, de faire de la médiation pour les couples en cours de divorce, de gratter la guitare, de faire de la comptabilité, et même... de passer du temps en famille et de voyager.

Le grand gaillard de 42 ans est un véritable touche-à-tout et son horaire est parfois « infernal », admet-il, mais il adore sa vie et ses métiers. Il se décrit lui-même comme un « polymathe », une personne qui maîtrise de nombreuses connaissances de manière approfondie.

« Il faudrait que je vive au moins 20 000 ans pour faire tout ce que je voudrais faire », lance d’emblée l’écrivain trifluvien.

C’est pourquoi il n’écoute jamais la télévision. « Jamais. Je récupère de 12 à 14 h par semaine comme ça. C’est le temps que les gens perdent en moyenne devant l’écran », dit-il.

Guillaume Morrissette fait partie du 2 % de la population considérée comme étant surdouée. Son cerveau fonctionne à mille à l’heure, dit-il. Et sans action, il s’ennuie vite.

« Aujourd’hui, je fais plein de choses différentes, parce que j’aime ça. Je m’intéresse à tout, il n’y a pas de limites à ce que je peux faire. J’ai le privilège de pouvoir apprendre tout ce que je veux si j’ai envie de le faire et de l’expliquer aux autres ensuite. C’est mon don dans la vie », dit-il, avec conviction.

Comme les autres

Dans la foule, il ressemble à une personne comme les autres. Il sacre, fait des blagues, bref, il est « cool ». Mais, il suffit de passer quelques heures avec lui pour constater son intensité et son amour pour le partage des connaissances.

Que ce soit les techniques de base pour apprivoiser le fameux cube Rubik, l’histoire derrière le créateur du prix Nobel et inventeur de la dynamite, Alfred Nobel, ou encore la provenance de ses deux chats rex cornish « hypoallergènes », qui suivent leur maître partout, un peu comme des chiens... rien ne semble lui échapper.

Il transforme n’importe quel sujet en quelque chose d’unique qui mérite une attention particulière. Et ses passions, il sait comment les transmettre aux autres.

Guillaume Morrissette enseigne les mathématiques financières à l’Université du Québec à Trois-Rivières. On le voit devant une de ses classes
Photo Benoît Philie
Guillaume Morrissette enseigne les mathématiques financières à l’Université du Québec à Trois-Rivières. On le voit devant une de ses classes

L’enseignant

Jeudi matin. Guillaume Morrissette enfile son costume de chargé de cours, comme il le fait deux à trois fois par semaine depuis qu’il a terminé sa maîtrise en administration à l’Université de Sherbrooke, au début des années 2000.

Aujourd’hui, il enseigne les mathématiques financières au campus de Drummondville de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Un domaine qui le passionne, mais qui peut être lourd pour monsieur et madame tout le monde.

« J’ai tellement eu un prof plate dans cette matière-là quand j’étudiais que j’ai décidé de rendre ça intéressant. J’enseigne les maths d’une manière particulière, avec des dessins. Tu vas voir, mon cours c’est comme une secte », dit-il, imposant dès lors le suspense.

Quelques minutes avant d’entrer en classe, il reçoit un message d’une étudiante sur son téléphone. Elle ne pourra assister au cours et s’inquiète, car le prochain examen approche à grands pas.

« Donne-moi une minute, je vais l’appeler. Ça va la rassurer. Je suis ce genre de prof là », dit-il en posant son téléphone sur son oreille.

Il reçoit ensuite un appel d’un avocat avec qui il fait affaire pour des contrats de médiation dans des causes de divorce. Cette fois-ci, le couple vaut plusieurs millions de dollars. M. Morrissette est celui qui calcule la manière dont la fortune doit être divisée entre les amoureux déchus.

Midi. C’est l’heure du cours.

Malgré les nombreuses formules mathématiques inscrites au tableau, les étudiants sont captivés par le prof qui mêle avec aisance les chiffres et l’humour depuis le début de son cours.

La matière défile vite.

Une étudiante lève la main : « C’est peut-être parce que je ne suis pas intelligente, mais je pense que je ne comprends pas », dit-elle.

Le prof rétorque aussitôt : « Qu’est-ce que vous avez votre génération à toujours commencer par dire : je suis peut-être con de ne pas comprendre, mais... Vous avez le droit de ne pas comprendre ! » lance-t-il, en voyant le visage incrédule de plusieurs étudiants devant le problème au tableau.

Devant les jeunes, Morrissette est dans son élément. Il les fait rire sans arrêt. Pourtant, la matière, elle, n’a rien de drôle.

Le prof a été désigné comme chargé de cours de l’année à l’UQTR en 2013. Un hommage qu’il doit aux étudiants.

« Mais certains de mes collègues plus traditionnels ne sont pas toujours d’accord avec mes méthodes pédagogiques, disons », explique-t-il.

La douance

Jeune, M. Morrissette réussissait bien à l’école et avait une facilité particulière pour l’apprentissage. « J’étais le p’tit vite », dit-il. Il a été envoyé en première année après quelques mois à la maternelle.

Encore là, le rythme était trop lent pour lui et pour contrer l’ennui quotidien, il dérangeait pendant les cours parce qu’il « s’emmerdait ».

« Si tu rentres dans une classe de première année et que tu dis aux élèves : aujourd’hui, on apprend dans quelle ville on reste. Ben moi, tu me perds complètement. Je le sais depuis longtemps dans quelle ville je reste. Parle-moi d’autres choses. Et là, on me disait : Guillaume tu déranges », se souvient-il.

Ce n’est qu’en rentrant au secondaire qu’un enseignant lui a suggéré d’aller passer un test de douance. L’enseignant avait vu juste.

M. Morrissette a alors compris pourquoi il n’en avait jamais assez d’apprendre, mais aussi de partager ses connaissances, au risque d’ennuyer ses pairs.

En octobre, lors d’une séance de dédicace de l’un de ses livres dans une librairie de La Rochelle en France.
Photo tirée de facebook
En octobre, lors d’une séance de dédicace de l’un de ses livres dans une librairie de La Rochelle en France.

L’écriture, une passion

De retour chez lui à Trois-Rivières, après avoir donné son cours, M. Morrissette s’installe à son bureau, devant ses quatre écrans d’ordinateur. Quatre, oui.

« C’est surtout pour simplifier le travail avec le programme de comptabilité que j’utilise pour régler les affaires de ma femme, dit-il. Elle a parti son entreprise en 2014 et j’ai tout monté from scratch, son système comptable, ses comptes clients, ses factures... »

Les bibliothèques dans son bureau sont remplies de livres de toutes sortes. Dans un coin, un divan et une guitare. Il l’empoigne et chante un passage de l’une de ses compositions.

C’est ici que le père de deux jumeaux, un gars et une fille, passe la majeure partie de ses soirées à écrire ses romans, qu’il décrit comme étant « des histoires de magouilles ». Il consacre une trentaine d’heures par semaine à l’écriture, dit-il, et vient d’ailleurs de terminer son dernier roman.

« J’ai terminé mon premier roman en 2011, à 35 ans. J’ai signé un contrat d’édition en 2013 et puis ça a déboulé. Ça a fait boom, en malade mental », raconte-t-il.

Depuis, il en écrit un par année. Sa prochaine parution est prévue pour mars.

L’auteur a remporté plusieurs prix, dont les Prix du premier roman policier et du coup de cœur au Prix Saint-Pacôme du roman policier. « Ça m’a mis sur la map et ça m’a donné une visibilité jusqu’en Europe où mes livres sont maintenant distribués. »

Cette année, il était finaliste dans un festival en France, aux côtés de l’auteur français Guillaume Musso.

« Je fais plusieurs métiers en ce moment. C’est marginal, mais je m’en fous complètement. C’est comme ça que je suis fait », dit-il.

Sa femme, qui revient du travail, se joint à la discussion, en riant et en acquiesçant de la tête.

« C’est intense vivre avec un surdoué, mais j’adore ça. J’ai toujours été séduite par l’intelligence, dit Guylaine Beaudoin. Mon chum c’est une boîte à surprise. Il m’a déjà fait livrer un arbre au bureau à la place de fleurs... Il me sort constamment de ma zone de confort. »

Depuis qu’ils sont ensemble, Mme Beaudoin accompagne parfois son conjoint dans des soupers Mensa, un organisme qui regroupe des surdoués de partout dans le monde.

« Je tripe sur l’humain. J’adore observer comment ils interagissent. Puis, au premier souper Mensa auquel j’ai assisté, j’avais l’impression que tout le monde parlait en même temps et que personne ne s’écoutait. Mais non, tout le monde suivait ! » lance-t-elle, encore ébahie.