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Un vaccin québécois à base de plante pourrait mater la grippe

Une feuille cousine du tabac serait en voie de transformer la vaccination antigrippale

À Québec, l’usine future de Medicago pourra produire de 40 à 50 millions de doses de vaccin quadrivalent contre la grippe, en plus d’autres vaccins et anticorps thérapeutiques. L’entreprise compte actuellement une usine commerciale en Caroline du Nord.
Photo Courtoisie, Medicago À Québec, l’usine future de Medicago pourra produire de 40 à 50 millions de doses de vaccin quadrivalent contre la grippe, en plus d’autres vaccins et anticorps thérapeutiques. L’entreprise compte actuellement une usine commerciale en Caroline du Nord.

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Environ 10 000 personnes de partout dans le monde testent un vaccin québécois contre la grippe qui pourrait être plus efficace que celui offert actuellement.

Si tout va bien, les premières doses de cet antidote pourraient arriver sur les tablettes des pharmacies en 2020. Chacune reproduira plus fidèlement le virus en circulation que le vaccin actuel, ce qui les rendrait plus efficaces.

« On est vraiment confiant du potentiel de notre produit », sourit Nathalie Charland, directrice des affaires scientifiques et médicales de Medicago.

Devant elle, bien au chaud dans une serre, se trouvent des milliers de plants de Nicotiana benthamiana, une cousine de Nicotiana tabacum qui sert à la production de cigarettes.

« On les appelle nos mini-usines », dit Mme Charland.

L’utilisation de plantes pour produire des vaccins est une idée nouvelle. Actuellement, les vaccins antigrippaux sont conçus à base d’œufs de poulets dans lesquels on introduit des virus vivants qu’on laisse se multiplier pendant quelques jours.

L’œuf ou la plante

Le liquide de l’œuf est ensuite extrait, les virus sont inactivés, découpés en morceaux et purifiés pour servir de base au vaccin.

Les scientifiques de Medicago, eux, n’utilisent pas de virus vivants, mais leur code génétique. Ils introduisent ce code dans les plantes pour qu’elles le multiplient au même rythme qu’elles produisent des protéines pour croître.

Les feuilles sont ensuite broyées pour en extraire un liquide qui sert de base au vaccin.

« La plante multiplie exactement la séquence du virus qu’on lui introduit, donc notre vaccin contient une particule pseudovirale non-infectieuse qui ressemble beaucoup plus au virus qui est en circulation que le vaccin fragmenté produit sur œufs », explique Nathalie Charland.

Production accélérée

Pour le Dr Gaston De Serres, du Département de médecine sociale et préventive de l’Université Laval, le principal avantage de Medicago est sa capacité de raccourcir le délai de production des vaccins.

« On parle de cinq à six semaines pour nos vaccins versus quatre à six mois pour les autres », indique Mme Charland. De plus, chaque plante peut donner de 10 à 20 doses de vaccins, alors qu’un œuf ne donne qu’une à trois doses.

M. De Serres explique que tout le système de vaccination antigrippale est basé sur un délai de production de six mois. Ceci oblige l’OMS à sélectionner le virus qui sera utilisé pour créer des vaccins avec énormément d’anticipation.

Résultat, quand la saison de la grippe commence, la souche qui circule n’est pas nécessairement celle contre laquelle le vaccin protège.

Le virus frappe toujours de plus en plus fort

Le nombre de cas de grippe ne cesse de grimper. L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) répertoriait plus de 2000 cas au 13 janvier contre 198 un mois plus tôt.

Loin d’être une exception, le Québec ne fait que suivre l’épidémie qui se répand comme une traînée de poudre partout dans l’hémisphère Nord.

Aux États-Unis, le virus a emporté pas moins de 30 enfants depuis le début de l’hiver. Plus de 60 000 personnes testées positives à la grippe ont été répertoriées à travers le pays.

Vaccin faillible

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la grippe frappe de plus en plus fort d’année en année.

L’organisation estime que 650 000 personnes décéderaient chaque année d’affections respiratoires dues à la grippe saisonnière, alors qu’il y a 10 ans, le chiffre oscillait entre 250 000 et 500 000.

Tout au long de la dernière décennie, le vaccin antigrippal a été peu efficace pour contrer les différents virus de la grippe. Son taux d’efficacité était de 52 % en 2006-2007, de 47 % en 2011-2012 et de 42 % en 2016-2017, selon les données du Centers for Disease Control and Prevention aux États-Unis.

Les grandes pandémies de grippe depuis un siècle

1918

Grippe espagnole (H1N1)

50 à 100 millions de morts


1957

Grippe asiatique (H2N2)

1 à 1,5 million de morts


1968

Grippe de Hong Kong (H3N2)

750 000 à 1 million de morts


1977

Grippe russe (H1N1)

700 000 morts


2009

Grippe porcine (H1N1)

14 280 morts