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10 constats (rectifiés) sur le PQ (version détaillée)

Jacques Parizeau
Photo d'archives Messieurs Parizeau, Landry, Bouchard et Duceppe avaient pourtant exhorté la première ministre Pauline Marois d'adoucir le volet «signes religieux» de sa charte des valeurs. Ce qu'elle a malheureusement refusé de faire.

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Samedi, sous forme de «10 constats sur le PQ», mon honorable collègue Joseph Facal s’en prenait à ma chronique de jeudi dernier sur l’échec du virage identitaire sous Pauline Marois.

Son droit de différer de perspective est bien évidemment absolu. Encore faut-il ne pas déformer la mienne pour le faire.

Par conséquent, en toute amitié, je me permettrai de rétablir quelques faits.

Ce matin, je publiais ma réponse à mon collègue en chronique. En voici une version plus détaillée. (Pour faciliter la lecture, les citations en italique sont tirées de la chronique de Joseph Facal).

1. «Fallait-il que Pauline Marois laisse tout le champ identitaire, moteur historique du nationalisme québécois, à Mario Dumont?», demande mon collègue. Le problème est que dès 2007, ce même champ, sous Mme Marois, a bifurqué sur les signes religieux alors qu’ils n’ont rien à voir avec le moteur identitaire québécois. Lequel, dans les faits, est la langue française, de surcroît en net recul.

Qui plus est, cette course soudaine en 2007 à la «laïcité à la française» était avant le produit d’une stratégie du Parti québécois qui, face à la crise dite des accommodements raisonnables et la montée résultante de l’ADQ dans les sondages, visait à gruger des appuis dans les talles électorales adéquistes. Idem en 2013 lors de l’épisode de la charte des valeurs, mais cette fois-là, face à la CAQ, le parti successeur de l’ADQ.

2. M. Facal de demander : «Où sont les chiffres établissant que la Charte des valeurs causa la défaite du PQ en 2014? L’erreur du PQ fut de ne pas saisir le compromis de la CAQ de limiter l’interdiction des signes ostentatoires aux personnes en autorité. Le PQ fut surtout défait par l’habileté du PLQ à faire croire qu’il préparait un référendum en cachette et par une démographie défavorable.».

Loin d’attribuer cette défaite cinglante uniquement à la charte, voici ce que j’en écrivais plutôt le 8 avril 2014 : «La gouverne de Mme Marois - changeante selon les sondages et clientéliste à outrance avec une charte des valeurs polarisante – aura fini le travail. Idem pour son virage à droite du premier budget et pour une campagne décousue sentant l’amateurisme. La défaite ne vient pas de l’«effet» PKP. Elle vient du contraste entre son poing levé «pour le pays» et le flou désolant du PQ (...) En refusant tout compromis sur sa charte, Mme Marois aura aussi sacrifié un débat majeur sur l’autel des mauvais calculs électoralistes derrière son virage identitaire.»

Dois-je aussi rappeler qu’après la défaite, même Jean-François Lisée lança que la charte avait empoisonné le débat? D'autres membres du caucus péquiste se sont aussi dissociés de cet épisode.

Dois-je aussi rappeler que messieurs Parizeau, Landry, Bouchard et Duceppe ont tous exhorté la première ministre Marois à trouver un compromis sur la charte et tout particulièrement, sur la question des signes religieux. Ce qu’elle a refusé de faire. Résultat : cette charte des valeurs a divisé le mouvement souverainiste lui-même et affaibli le PQ. Ce sont là des faits indéniables.

Je rappellerai également qu’une des analyses les plus étayées et certes les plus critiques portant entre autres choses sur même virage identitaire du PQ et ses effets politiques délétères, se trouve dans le premier rapport signé en 2017 par le jeune conseiller péquiste Paul St-Pierre-Plamondon - aussi un proche du chef actuel: «Oser repenser le PQ». Une lecture éclairante.

3. «Depuis 2007, le PQ n’a pas abandonné la souveraineté. Il a renoncé à l’obsession du référendum dans les meilleurs délais», écrit M. Facal. C’est en fait depuis 1996, sauf par la suite en de rares exceptions, que le référendum a pris le bord, mais surtout la promotion de la souveraineté. Avec les conséquences à terme que l'on connait. Lorsqu'un parti politique sort lui-même sa propre raison d'être du débat public, comment s'étonner de la voir s'étioler peu à peu.

4. «Le PQ projetait une refonte complète de la Charte de la langue française sous Pauline Marois, impossible à faire avancer quand vous êtes un gouvernement minoritaire», dit mon collègue. Bien d’accord. Ce qu’il oublie toutefois de mentionner – et ce n’est pas un détail -, est que le premier refus significatif d’agir concrètement pour contrer le recul du français fut celui de Lucien Bouchard. Et ce, dès son arrivée à la tête du PQ et du gouvernement du Québec en 1996.

5. «Avant 1994, M. Parizeau proposa des référendums sectoriels pour rapatrier des pouvoirs à la pièce», note M. Facal. La réalité est cependant plus nuancée. En 1988, suite au rapatriement unilatéral, au «beau risque» fédéraliste pris par René Lévesque, l’éclatement de son conseil des ministres qui s’en est suivi et la défaite électorale de 1985, M. Parizeau, alors nouveau chef du PQ, héritait d’un parti gravement affaibli et divisé. Dès qu’il a terminé la reconstruction du PQ, il a remis le cap sur l’indépendance.  

6. «Lucien Bouchard mena le PQ à sa dernière vraie victoire électorale... en 1998. Un détail ?», dit mon collègue. Vrai, mais sans engagement clair sur la souveraineté – comme le rappelle si bien  Mario Dumont, la fameuse formule de M. Bouchard sur «les conditions gagnantes» lui servait avant tout pour mieux «repousser l’idée d’un référendum» -, le fait est qu'en 1998, le PLQ a néanmoins remporté le vote populaire. Le déclin en dents de scie du PQ se poursuit depuis.

7. «La manière dont Québec solidaire poignarda la convergence avec le PQ a révélé sa vraie nature», selon M. Facal. De un, cette convergence visait à unir les forces souverainistes. Pierre Karl Péladeau, lorsqu’il était chef du PQ, l’avait d’ailleurs très bien compris. De deux, quant au refus de QS, je l’ai fortement critiqué. L’erreur n’est jamais chez ceux qui tendent la main, mais chez ceux qui la mordent, comme l’a fait QS dans ce cas-ci.

8. Selon M. Facal, «plus le PQ flirtait avec l’extrême gauche, plus la CAQ prenait des forces : une coïncidence ?». C’est pourtant dès sa première élection en 2012 que la CAQ raflait déjà 27% des voix.

9. «Antérieur à 2007, l’effritement du PQ – les chiffres sont limpides – débute avec la défaite référendaire de 1995», dit mon collègue. Ici, nous sommes d’accord. J’ai d'ailleurs signé depuis plusieurs analyses sur ce même effritement. Le début de l’effritement commence en fait sous M. Bouchard avec sa mise en veilleuse de la souveraineté, ses compressions budgétaires majeures, son abandon de la défense du français et l'éclatement qui s'en est suivi en réaction de la vaste coalition souverainiste qui, dans la foulée du référendum, s'était créée dans la société civile. Cet effritement se poursuivra par la suite, quoiqu’en dents de scie. Sous Pierre Karl Péladeau, dont le discours sur la souveraineté était clair, les appuis au PQ et à son option commençaient à remonter.

10. «Humains, les dirigeants successifs du PQ ont certes fait des erreurs (...), il est injuste de blâmer ceux qui héritent d’une situation impossible et font de leur mieux», écrit mon collègue. Or, l’analyse politique ne relève pas de l’émotion.

D’ailleurs, si mon collègue avait lui-même eu tant confiance en son ancien parti sous Mme Marois, à l’automne 2010, il n’aurait peut-être pas fait partie du groupe initial de réflexion de la CAQ - une coalition nouvelle de centre-droit dont l’objectif à terme était justement de concurrencer le PQ comme alternative aux libéraux.

***

Sur ce, pour ce qui est du présent et de l'avenir immédiat, ce que l'on sait est que les campagnes électorales sont devenues de véritables boîtes à surprises. Voyons sur le temps si Jean-François Lisée trouvera ou non le moyen de transformer les déboires de son parti en opportunité de rebondir.