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On se calme le verglas

On se calme le verglas
Photo d'archives Chantal Poirier

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Quoi? TOUTES les écoles gouvernées par Sa Seigneurie la CSDM sont fermées à cause de la pluie verglaçante qui s’est abattue sur la ville dans la nuit? C’est du moins ce que hurlaient les notifications apparaissant en rafale sur l’écran de mon téléphone ce matin. J’étais encore dans mon lit lorsque j’ai absorbé la terrible nouvelle: les enfants resteraient au domicile familial au lieu d’aller à l’école. Une chance que je pouvais me sauver au bureau et laisser toute cette charge mentale à leur pauvre père. 

Ce matin, donc, j’ai ouvert le rideau de ma chambre et je me suis rendu compte que je ne voyais rien pantoute, puisque ma fenêtre était enduite de verglas. Même la bay-window du salon était un jardin de givre, qu’est-ce que le spasme de vivre, etc., comme dirait l’autre. J’ai cru un instant à l’apocalypse. C’était avant de sortir dehors et de me rendre compte que ce n’était vraiment pas si pire que ça. Les petits messieurs de la voirie étaient déjà passés à une vitesse folle dans leur machine du diable sur mon trottoir, répandant sel et sable pour les madames qui, comme moi, circulent dans la ville à longueur d’année en petites bottes avec des semelles qui glissent.

Autrement dit, les trottoirs étaient parfaitement praticables dans mon bout et il n’y avait rien pour écrire à sa mère. Je m’excuse par ailleurs à l’avance à tous ceux et celles qui se sont fracturé le poignet ce matin en perdant pied dans une rue montréalaise. Je ne suis pas insensible à votre malheur. C’est juste que, du haut de mon privilège rosemontois, je n’ai pas eu ce problème-là.

Bon, c’est clair que ça m’a pris un bon huit minutes et demie pour éliminer la couche de glace qui enduisait ma rutilante Kia Rondo, mais j’estime que ce n’est vraiment pas grand-chose comparativement à l’heure de pelletage requise lors de la dernière tempête. Après cette insurmontable épreuve de déglaçage, j’ai embarqué dans mon char et je me suis dit que les rues devaient être fort glissantes pour que toutes ces écoles et universités aient fermé leurs portes. Encore là, déception. C’était coulant un peu, mais sans plus. J’ai même fait un peu de vitesse sur D'Iberville. Excusez-moi, monsieur l’agent.

Tout ça pour dire que – et croyez-moi, j’ai toujours rêvé d’être la matante qui dit ça, donc, en ce sens, cette chronique parfaitement inutile est tout de même un accomplissement – dans mon temps, le temps où on marchait 24 km pour aller à l’école le vent dans la face avec des bottes trouées et même pas de cache-col, il n’y avait pas d’assez bonne raison pour fermer les établissements scolaires. AUCUNE. Pas même un cataclysme nucléaire, une invasion d’ours polaires ou la finale de La Voix.  Mon école primaire demeurait ouverte coûte que coûte, tel un phare dans la nuit. C’était le bon vieux temps des vraies valeurs pis tout, un temps où on n’avait pas peur de sortir le ski-doo pour circuler dans une ville pétrifiée dans la glace. Un temps béni où les parents n’auraient pour rien au monde manqué une journée au bureau pour écouter Nemo 1 et 2 sur Netflix et où on recevait des oranges pis une poupée en guenille à Noël. Je vous niaise. Je suis vieille, mais pas tant que ça.

Pendant que j’écris ces lignes, Météo Média se fait aller et nous annonce quasiment la pire catastrophe naturelle depuis le glissement de terrain de Saint-Jean-Vianney (je vous conseille de «googler» cet événement, c’est quelque chose). Pas de doute, c’est un jour glorieux pour la célèbre chaîne météo. Mais pendant que la météo nous obsède, de vraies choses se passent. Des choses importantes comme le mariage de la princesse Eugénie, la mode des bikinis fesses ou le voyage dans le Sud de Ludivine Reding. Sérieusement, je me demande où s’en va le monde!