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Un nouveau blogue sur l'industrie de l'humour

Un nouveau blogue sur l'industrie de l'humour
Photo d'arvhives, Agence QMI, Joël Lemay

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L’humour au Québec, oui c’est sérieux. C’est même très sérieux. Et c’est très divertissant, bien entendu. Relaxant même, et parfois salutaire, nécessaire.

C’est une industrie, donc un milieu qui brasse beaucoup d’argent. Et qui offre des centaines d’emplois par l'entremise de dizaines d’entreprises qui participent à la renommée du Québec à l’international – elles étaient 134 lors d’un décompte en 2015.

En fait, l’humour au Québec, c’est beau et c’est superbement complexe. C’est surtout beaucoup plus que ce que l’on pourrait croire. C’est pourquoi, chaque semaine, je me ferai un plaisir de vous partager mes connaissances et mes expériences d’un milieu que l’on croit si omniprésent, mais dont on ne connaît que la surface. Je vous invite ainsi à me suivre dans le monde excitant de l’humour.

Pour certaines personnes, il peut sembler facile de frapper à bâtons rompus sur l’humour, de l’accuser de tous les maux et problèmes de la société. C’est même étonnamment simple d’être réducteur, voire condescendant, envers les humoristes, les auteurs, les producteurs, et même le public.

Après tout, et je le dis avec énormément de sarcasme, il est bien connu que ceux qui tournent tout à la blague fuient les vrais problèmes, ne sont pas capables de raisonner et d’argumenter. Même que c’est tellement facile de faire des « jokes » que c’est un crime de payer 50 $ le billet pour aller se faire bourrer le crâne de n’importe quoi, n’est-ce pas?

Sujets tabous

Et si je vous disais qu’au contraire, l’humour parvient souvent à traiter de sujets tabous, difficiles d’approche, trop délicats pour le discours dit « sérieux »? Des exemples, on en trouve à la tonne dans les comédies de situation, sur scène, à la radio, sur internet.

D’ailleurs, les plus grandes sitcoms sont reconnues pour leur contribution aux débats de société, que ce soit les droits des femmes ou l’inclusion de la différence, qu’elle soit raciale, sexuelle, religieuse, ou l’acceptation des nouveaux modèles familiaux, et la liste pourrait encore s’allonger.

L’humour nous permet cette distance d’avec les enjeux frileux, nous emmène sur une plateforme parallèle au monde pour un instant et nous donne l’occasion de regarder les choses sous un autre angle. C’est d’ailleurs la tactique qu’a utilisée Yvon Deschamps dans ses monologues les plus poignants, celle de Clémence Desrochers, des Cyniques et de Marc Favreau; tous des artistes de l’humour que l’on a élevé au niveau de « classiques », de « canons » de la culture québécoise.

Industrie en pleine progression

Et même si depuis 35 ans, on aime se répéter « qu’il y a trop d’humour et d’humoristes au Québec », il faudrait commencer à accepter le fait que chaque année, depuis que l’Observatoire de la culture et des communications du Québec (OCCQ) a commencé à comptabiliser la vente de billets de spectacle d’humour en 2004, à l’exception de l’année 2016, le nombre de billets vendus est en constante augmentation.

Ce sont pratiquement toujours les spectacles d’humour qui affichent les plus hauts taux d’occupation des salles et le moins de billets de faveur distribués. En fait, d’année en année, c’est entre 1 billet sur 4 et un billet sur 5 qui sont vendus pour un spectacle d’humour, un score que ni la chanson francophone, ni le théâtre, ni la magie ou le cirque ne peuvent atteindre avec autant de constance.

Ainsi, est-ce qu’on peut, une fois pour toutes, se rallier au fait que l’humour, au Québec, « on » (dans le sens de la collectivité québécoise) aime ça?! Et quelle honte y aurait-il à le faire?

D’ailleurs, on devrait même s’en vanter. L’humour n’est-il pas un signe d’intelligence que l’être humain ne partage qu’avec bien peu d’espèces? C’est un canal de créativité, un mode d’expression qui fait partie de notre quotidien.

En fait, ce type de communication est tellement important dans notre vie que nous n’avons aucun intérêt social à être considéré comme quelqu’un qui « ne comprend pas les jokes » et qui n’a pas le sens de l’humour. Les études démontrent qu’en Occident, ne pas être capable de comprendre une blague est considéré comme un signe d’intelligence inférieure.

Cela ne veut pas dire que toutes les blagues sont dignes d’un prix Nobel de physique, on s’entend. Et cela ne signifie pas non plus que votre oncle Yvon, avec ses plaisanteries salaces au souper de Noël, soit digne de l’Olivier de l’année. Au contraire, le tout prouve que l’humour est un art à part entière, une discipline qui exige de la rigueur, du dévouement, des sacrifices et la persévérance. Et qui comporte aussi son lot d’échecs.

Tout comme en poésie, en chant et en théâtre, un artiste de l’humour doit constamment retravailler son interprétation, ses textes, ses mimiques, son intonation, son regard, son jeu, son personnage. Tout comme un peintre, une dramaturge ou un metteur en scène, une artiste de l’humour doit investir une énergie monstre dans les détails, dans son message et ses émotions. Rien n’est laissé au hasard ou très peu. Et c’est un art en soi que de savoir improviser.

Avec mon arrivée au Journal comme blogueuse, je vous offrirai donc un accès aux réalités du milieu de l’humour, allant des conditions de travail de ses artistes, à la situation délicate des femmes dans l’industrie, aux défis de la relève, en passant par les sujets d’actualité, comme l’avenir de Juste pour rire et Just for Laughs, les débats sur la liberté d’expression, le développement des festivals d’humour à la grandeur du Québec et à l’international, et les défis d’innovation pour adapter les modèles économique et artistique de l’industrie de l’humour francophone québécoise aux modalités du 21e siècle.

Biographie

Christelle Paré est post-doctorante à la Brunel University de Londres, enseignante à l’École nationale de l’humour et membre de l’Observatoire de l’humour. Elle se passionne pour l’industrie de l’humour, non seulement au Québec, mais également ailleurs dans le monde. Elle est fréquemment invitée comme consultante auprès des membres de l’industrie de l’humour francophone du Québec.