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Voitures autonomes: pas demain la veille, surtout l’hiver

Voiture autonome hiver
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Ces jours-ci, on entend parler de conduite autonome presque autant que de voitures électriques. Ce qui n’est pas peu dire. Les médias, grands et petits, spécialisés ou pas, en sont obsédés.

Oh, remarquez, c’est un bouleversement extraordinaire qui s’amorce et qui va changer nos vies à tout jamais. Comme les autos se sont mises à remplacer les chevaux, il y a bientôt un siècle. Comme les premiers PC (ou Macintosh, si vous êtes de l’autre dogme) lancés au début des années 80. Comme le premier iPhone, apparu comme par magie, il y a dix ans à peine.

Mais croyez-moi, ce n’est pas demain la veille que vous allez siroter votre café en mangeant vos toasts, répondre à vos courriels et piquer un petit roupillon pendant qu’une voiture autonome vous conduit du point Alma au point Bécancour, en passant par le pont Pierre-Laporte ou le pont Laviolette, en plein hiver.

 

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Tout sauf infaillibles

Pour avoir essayé la plupart des systèmes de conduite «semi-autonome» actuels, je peux vous confirmer que ce sont au mieux, et dans les meilleures conditions, des aides à la conduite raisonnablement utiles, efficaces et même agréables.

Je me suis rendu à Détroit, il y a trois ans déjà, dans une Acura RLX. Un trajet interminable que j’ai bouclé presque entièrement en touchant le volant d’un seul doigt, tellement le système de cette voiture la maintenait impeccablement au centre de sa voie, sans aucun louvoiement. Le doigt, c’était pour éviter le message qui ordonne de reprendre le volant après une vingtaine de secondes.

On conduit vraiment de façon plus détendue en n’ayant pas à maintenir constamment le cap par des corrections infimes et innombrables. Même histoire pour le régulateur de vitesse automatique qui maintient une distance constante avec le véhicule qui précède. Sur un long trajet d’autoroute, ça compte vraiment.

Je vous assure, par contre, que les systèmes actuels peuvent devenir carrément dangereux si vous leur faites entièrement confiance et relâchez votre attention complètement. Même une seule seconde de trop, sur une courbe d’autoroute le moindrement prononcée ou un bout d’asphalte aux lignes blanches trop effacées.

Voiture autonome hiver
Marc Lachapelle

 

Il faut alors un coup de volant pour éviter d’esquinter la carrosserie sur un garde-fou, de partir en rodéo sur le terre-plein, ou pire encore. Ça m’est arrivé dans plusieurs voitures d’essai. Y compris des berlines de grand luxe, sur route sèche, par temps impeccablement clair. On oublie ça complètement s’il pleut, s’il neige le moindrement ou que les lentilles des radars, caméras et lidars sont le moindrement souillées.

Voiture autonome hiver
Marc Lachapelle

 

Ces systèmes vont s’améliorer rapidement. Surtout avec le travail et les sommes colossales qui sont consacrées au développement de l’intelligence artificielle qui est au cœur de tous ces systèmes. Y compris les avancées réussies à Montréal dans le domaine de «l’apprentissage profond» (deep learning) par le chercheur Yoshua Bengio, référence mondiale dans ce domaine, et tous ses collègues.

Courbe de progrès

Je fais ce métier depuis assez longtemps pour avoir vu apparaître les freins antiblocage (ABS) et les systèmes antidérapage. Pour les avoir surtout essayés sérieusement et constaté que certains étaient vraiment primitifs, au tout début. Or, ces systèmes se sont améliorés et raffinés à tel point que tous les véhicules en sont désormais équipés. Avec le résultat qu’on les prend pour acquis et qu’on n’en parle plus dans les médias. Grands ou petits, spécialisés ou pas.

Pour moi, le mot autonome a un autre sens. Je me suis encore rendu à Détroit il y a une dizaine de jours pour son grand salon de l’auto, au volant d’un utilitaire sport. Surtout parce que j’ai raté ce même salon il y a deux ans en tentant de m’y rendre en avion.

J’ai donc décidé de contrôler à nouveau mes déplacements, le plus possible. En partant même la veille pour éviter la grosse tempête du 14 janvier. Résultat : mon pire trajet à vie vers Toronto, avec de la pluie verglaçante, de la neige, du vent et une autoroute 401 complètement fermée. Deux fois.

Dans ces conditions exécrables, même l’ABS et l’antidérapage sont quasiment impuissants et les systèmes de conduite «semi-autonome» carrément inutilisables. Ce soir là, mes quelques centaines de mois d’expérience et la prudence la plus élémentaire étaient mes meilleurs alliés. Avec une petite dose d’adrénaline pour rester alerte et concentré.

Pour le retour de près de mille kilomètres, sur de l’asphalte sec, j’aurais par contre utilisé volontiers un bon système d’aide à la conduite. Avec un peu de chance, j’en aurai un encore meilleur la prochaine fois.