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Jouer dans la tête de l’autre

Jouer dans la tête de l’autre
SIMON CLARK/JOURNAL DE QUÉBEC/AGENCE QMI

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« Ma radio me réveille à tous les matins à CHOI. (...) Alors que je m’attends à savoir rapidement si l’école de ma fille est fermée, on discute de la sortie du maire Labeaume pendant plus de 15 MINUTES sur la question à quel point c’est donc ben abominable de se faire qualifier comme ça (sic) »

Vérification faite, ce segment dure près de 23 minutes 30, dont environ 8 minutes sur le maire, un matin où la tempête est si importante que toutes les écoles et même les Cégeps sont fermés.

Et cela se passe à l’heure cruciale pour tous les parents, soit entre 6h30 et 7h.

Tous les animateurs du matin sont pleinement conscients de l’importance de donner ce que l’on nomme « les services », soit la météo, la circulation et les ouvertures et fermetures d’écoles lorsqu’il y a tempête.

L’équipe de Dominic Maurais a d’ailleurs fait les annonces avant et après le segment en question.

Les auditeurs sont, à ce moment, rivés à leurs radios et voudront entendre trois fois plutôt qu’une l’annonce de la fermeture de leur école.

C’est comme quand ton équipe gagne.

Tu peux répéter le score final 42 fois et ça fait encore plaisir.

Ce que cette situation nous fait réaliser est que le maire Labeaume a fini par « jouer dans la tête » des animateurs de talk show.

On utilise cette expression dans le monde du sport lorsqu’on exaspère son adversaire au point où il change son plan de match.

C’est ce que l’on peut entendre depuis 24 heures à Québec suite au commentaire du maire Labeaume à l’effet que « certaines radios de Québec » présentent une version tordue de la réalité.

Sa déclaration permet de penser que les radios de Québec ont, elles aussi, fini par jouer dans la tête du maire.

Son propos n’avait rien à voir avec l’objet de sa conférence de presse.

Quand un homme articulé et qui a le sens de la clip comme le maire Labeaume s’en prend à la radio, la radio se sent obligée de répondre au maire et de lui signifier qu’elle ne se laissera pas intimider.

Et vice-versa.

C’est là que le message de l’auditeur de Radio X me semble particulièrement à-propos.

« Parfois, j’aimerais qu’il y ait un public en studio et qu’à ce moment là, quand ça fait 10 minutes qu’ils pleurent sur leur sort, quelqu’un lève la main et dise "Youhou ! C’est les auditeurs ! On est ici ! On s’en fout de votre guéguerre, c’est ZÉRO intéressant pour nous à entendre".»

J’ai déjà évoqué tout l’intérêt que la radio se porte à elle-même le jour de la sortie des sondages.

C’est connu, le sujet préféré de la radio est...la radio.

Au cours des dernières 24 heures, beaucoup d’animateurs ont dénoncé, avec raison, la déclaration du maire.

Mais le temps qui a été consacré à ce sujet est inversement proportionnel à l’intérêt personnel des auditeurs.

Hier matin, l’auditeur me dit être allé chercher son information « ailleurs ».

Des fois, la radio ressemble à une relation de couple.

Quand tu donnes à l’autre l’occasion d’aller voir ailleurs, les lettres D-A-N-G-E-R devraient apparaître.

Parce que des fois, « ailleurs », c’est plus l’fun que chez vous.