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La déprime des primes Barrette

bloc medecin hopital
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Dites-moi, quand vous arrivez à l’heure à votre boulot, recevez-vous une prime en récompense?

Quand vous portez un uniforme, si c’est le cas, recevez-vous une prime en récompense pour le faire? Bref, au-delà de votre rémunération, quand vous faites tout simplement votre travail, recevez-vous toutes sortes de primes dès que vous faites une tâche qui en fait pourtant partie?

Pour le commun des mortels, la réponse est bien évidemment NON. Mais pas pour les médecins au Québec. Non, non.

Des primes pour faire LEUR travail déjà extrêmement bien rémunéré, il en pleut sur la profession médicale depuis des années, mais jamais autant que sous le très-généreux-avec-les-fonds-publics ministre de la Santé, Gaétan Barrette. (Quoique sous son prédécesseur, Yves Bolduc, les primes pleuvaient déjà, y compris sur le ministre Bolduc lui-même quand il troquait l’Assemblée nationale pour son bureau de médecin.)

Ce matin, le Journal en rapportait une de plus dans le lot : «Québec a versé près de 8 millions $ depuis trois ans pour un extra de 65,95 $ que touchent les spécialistes en médecine interne chaque fois qu’ils s’occupent d’un patient en isolement atteint d’une maladie contagieuse comme la grippe ou la gastro.»

Tenez donc, un p’tit «extra»... Ça ne vous rappelle pas quelque chose?...

Ah oui, semble-t-il aussi que cette «prime» surnommée joliment le «forfait jaquette», aurait été ajoutée à la rémunération des médecins «dans le cadre des augmentations de salaire consenties en 2009 alors que Gaétan Barrette était président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec.» Belle coïncidence.

En décembre, le Journal rapportait également cette autre perle : «Le gouvernement Couillard a versé depuis trois ans 41 millions $ en primes uniquement pour que des médecins arrivent et terminent à l’heure dans les salles d’opération des hôpitaux. Les médecins spécialistes qui font des interventions chirurgicales ont bel et bien droit à une « prime d’assiduité » pour que les salles d’opération des hôpitaux soient en activité entre 8 h le matin et 16 h l’après-midi, du lundi au vendredi

Tenez donc, une énième prime pour des médecins spécialistes, cette fois-ci, pour arriver à l’heure... Ça ne vous rappelle pas quelque chose, ça aussi?...

Ah oui! Ça rappelle que le premier ministre du Québec et son ministre de la Santé sont eux-mêmes  des médecins spécialistes. Une autre belle coïncidence.

***

Oligarchie médicale

Sur une note sérieuse et sur cette question, je persiste et signe. Les augmentations faramineuses de rémunération accordées ces dernières années sous les gouvernements Charest et Couillard (rappelons que Philippe Couillard, jusqu’en 2008, était ministre de la Santé), dégagent un lourd parfum de conflit d’intérêts. Lequel mériterait une enquête de fond.

Et voilà qu'on apprend aussi que «des cliniques médicales auraient augmenté les frais administratifs qu’elles facturent à leurs patients pour compenser l’abolition des frais accessoires, déplore un organisme communautaire. Lorsque les frais accessoires ont été abolis en janvier 2017, la Clinique communautaire Pointe-Saint-Charles a lancé un registre de surveillance en ligne afin que les patients puissent dénoncer toute pratique de facturation qui irait à l’encontre du nouveau règlement.»

En même temps que la rémunération des médecins – surtout les spécialistes – montaient et montent encore en flèche, le gouvernement Couillard vient de passer trois ans à imposer un régime budgétaire d’austérité dans le reste du système de santé et de services sociaux.

De fait, non seulement la rémunération des médecins a explosé en pleine austérité et sans une augmentation véritablement proportionnelle des services et des soins, mais on leur a aussi permis de s’incorporer pour diminuer leurs impôts. Sans compter le fouillis et le bar ouvert qui règnent gaiement à la RAMQ dans le domaine mystérieux de la facturation des médecins.

Ces supposés «travailleurs autonomes» n’en sont pas non plus dans la réalité des choses. Ils n’ont qu’un seul client – l’État -, et ce client leur fournit et leur fournira des patients à vie. Si jamais vous croisez  un jour un médecin qui manque de patients et qui s’en trouve obligé de plonger dans ses économies pour tenir le coup comme doivent souvent le faire les vrais travailleurs autonomes, laissez-le moi savoir. On veut rencontrer cet être imaginaire.

Et pourtant, de nombreux médecins n’en demandaient pas tant eux-mêmes sur le plan financier. Certains sont même choqués de la création de ce qui devient une véritable oligarchie médicale. Et encore plus lorsqu’ils voient des patients poiroter encore de longues heures à l’urgence par manque d’accès à un médecin.

Des «primes» à la ponctualité et à toutes les sauces possibles qu’on sert aux médecins spécialistes seulement pour qu’ils FASSENT leur travail, c’est de l’abus de fonds publics. Point.

Quand cet abus se passe sous la gouverne de deux autres médecins spécialistes, ça devient aussi un conflit d’intérêts ou minimalement l'apparence d'un conflit d'intérêts dans la gestion de l’argent des citoyens.

Espérons que cette question troublante fasse partie des principaux enjeux de la prochaine campagne électorale. Assez, c’est assez.