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Le chien enragé du président Trump

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Photo d’archives AFP En août, le président américain avait offert son appui au projet de réforme de l’immigration légale proposé par le sénateur républicain de l’Arkansas Tom Cotton.

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Tout leader a besoin de son pit-bull, de son fidèle batailleur qui, pour la cause, ira au combat presque aveuglément. Donald Trump l’a son fonceur-en-chef : Tom Cotton, le jeune sénateur de l’Arkansas. Tout un radical, et brillant à part de ça !

Je vous préviens : suivez-le bien, ce Tom Cotton. À 40 ans, il est le plus jeune sénateur américain. On les fait rarement plus jeunes, la Constitution spécifie qu’il faut avoir au moins 30 ans pour être élu sénateur.

Cotton a un pedigree à faire rêver tout chef de parti politique. Il vient d’une petite ville, Dardanelle, dans un coin de l’Arkansas que le président James Monroe a arraché aux Cherokees au début du 19e siècle. Sa mère était enseignante, son père, un cultivateur qui, plus jeune, a été conscrit et envoyé au Vietnam.

Le fils Cotton, lui, a quitté son Arkansas natal pour faire ses études à Harvard, où il a d’abord obtenu un diplôme de science politique, puis une licence de droit. Ce n’était pas encore assez pour lui.

Trois ans après ses études et quelques emplois d’avocat plus tard, il s’est enrôlé dans l’armée américaine, atteignant le grade de capitaine avec des déploiements en Irak, puis en Afghanistan. De retour au pays, passé chez les réservistes, il s’est fait élire à la Chambre des représentants avant de faire le saut au Sénat en 2015. Il n’avait que 38 ans.

À DROITE TOUTE !

Je ne vous réciterai pas toutes les positions ultraconservatrices qu’il a défendues au Congrès. Il est favorable à l’utilisation maximale de la prison pour terroristes de Guantanamo ; malgré les victimes civiles qu’ils provoquent, il veut une utilisation élargie des drones en zone de conflit ; il a associé les discussions avec l’Iran sur son programme nucléaire à la politique d’apaisement à l’égard de l’Allemagne nazie en 1938.

Mais surtout, il est un farouche partisan du contrôle de l’immigration, de la déportation manu militari des illégaux et du renforcement de la frontière mexicaine. La construction d’un mur, c’est un de ses fantasmes. J’exagère à peine.

Pas étonnant que Cotton soit le sénateur favori du président Trump. Très tôt, le jeune élu lui a donné son appui et aujourd’hui encore, il ne rate jamais une occasion de le défendre et de dénigrer ses pourfendeurs comme reflétant cette élite washingtonienne, déconnectée des vraies réalités du fin fond de l’Arkansas, par exemple.

LE DAUPHIN

À l’inverse, Cotton est détesté par tout ce qu’il y a de progressiste et même de centriste dans la vie politique américaine. Il n’a rien fait pour s’aider récemment, en prétendant ne pas avoir entendu le président américain décrire les ressortissants africains comme venant de « pays de merde ». Il était pourtant au cœur de la pièce.

Donald Trump l’aime tellement qu’il envisagerait de lui confier la CIA, une fois que l’actuel directeur, Mike Pompeo, aura pris la place de Rex Tillerson au département d’État. Un jeu de chaise musicale qui va finir par se faire, tant Tillerson n’est plus dans les bonnes grâces du président.

Plus tôt cette semaine, le National Review – le vénérable magazine conservateur qui a éviscéré Donald Trump plus d’une fois depuis son saut en politique – a avancé que Tom Cotton avait sérieusement amélioré ses chances d’être un jour le candidat républicain à la présidence par sa « défense efficace » de Trump.

Menteur pour les uns, courageux pour les autres, Cotton ne laisse pas indifférent. Et il vient à peine de se lancer en politique. Je dis ça de même : Tom Cotton, rappelez-vous de lui !