/entertainment/opinion/columnists
Navigation

Les Oscars de la vertu

Coup d'oeil sur cet article

Eh la la ! Je n’ai pas hâte à la soirée des Oscars 2018.

Le 4 mars, on va passer la soirée à se faire servir des sermons par les gagnants. Avec l’annonce des nominations, hier, on sent déjà que 2018 sera l’année où Hollywood devra expier ses péchés post-Weinstein. Bonjour, l’autoflagellation !

En cette ère de rectitude politique, les Oscars sont-ils l’occasion de souligner l’excellence ou de surligner des causes ? Il s’agit de récompenser les « plusse » meilleurs... ou de punir les plus méchants ?

LES ÉTOILES DANS LE CAHIER

Hier, toutes les nominations étaient analysées à la lumière de l’affaire Weinstein et #metoo.

Plutôt qu’une analyse des mérites artistiques, on n’avait droit qu’à des analyses sociologiques, basées sur le genre. Tiens, Greta Gerwig est en nomination pour la réalisation de Lady Bird ? C’est une « histoire énorme » (huge deal), nous dit CNN. Car c’est la première fois qu’une femme est en nomination pour la réalisation de son premier film. Et que ça faisait huit ans qu’il n’y avait que des hommes dans cette catégorie. Et qu’au cours de l’histoire des Oscars, il n’y a que cinq femmes qui ont été en nomination comme réalisatrices. Okay, mais une fois qu’on a dit ça, on a dit quoi ? Gerwig est-elle une bonne réalisatrice ou pas ?

Rachel Morrison est la première directrice photo en nomination aux Oscars. Est-ce que c’est pour cause de discrimination qu’il n’y a pas eu de femmes avant ? Ou est-ce que la direction photo est un métier qui attire moins les femmes que les hommes ?

On essaye de prouver quoi, cette année, en analysant tout, tout, tout en fonction du genre ?

LA LISTE NOIRE

Tout, dans ces nominations, est analysé comme une réaction au mouvement #moiaussi.

Mais alors, James Franco a-t-il été écarté des nominations pour son rôle dans The Disaster Artist parce qu’il était moins bon que les autres ou parce qu’il fait face à des allégations (non prouvées en cour) d’inconduite sexuelle ?

Et comment interpréter le fait que Christopher Plummer soit en nomination pour son rôle dans All the money in the world ? Est-ce parce qu’il est extraordinaire ou parce qu’on veut souligner le fait qu’il a remplacé le comédien honni Kevin Spacey, dont toutes les scènes ont été effacées et refilmées avec Plummer en remplacement ?

Est-ce qu’on salue le travail de Plummer ou on gifle Spacey pour lui montrer à quel point on est furieux qu’il ait entaché la réputation du Merveilleux Milieu du Cinéma ?

FAIS CE QUE DOIS

Une militante pour « l’égalité des genres à Hollywood » affirmait hier que la nomination de Gerwig était plus importante que celle de Kathryn Bigelow pour Hurt Locker (en 2010), parce que Gerwig a fait un film sur une jeune fille qui cherche sa voie alors que Bigelow avait fait un film... sur la guerre !

Autrement dit, on veut que des femmes réalisent des films, mais il faut qu’on approuve les sujets. Les féministes préfèrent que les femmes ne fassent pas des films trop machos !

Comment ces féministes militantes vont-elles réagir si le très viril Dunkirk de Christopher Nolan, qui met en scène exclusivement des hommes blancs faisant la guerre, gagne l’Oscar du meilleur film ?