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Boîtes postales: des citoyens s'estiment trompés par les libéraux

GEN  - PIERRE ANTHIAN
Photo Martin Alarie Pierre Anthian, ex-conseiller municipal lavallois et résident de la ville, pose à côté d’une des nombreuses boîtes postales communautaires qui ont été implantées contre la volonté des citoyens de son quartier de Laval-des-Rapides, il y a quelques années.

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OTTAWA | De nombreux citoyens ont l’impression d’avoir été trompés par le gouvernement Trudeau, qui est revenu mercredi sur sa promesse de rétablir la livraison du courrier à domicile.

«C’est très décevant comme décision du gouvernement fédéral et ça ne fait que s’ajouter à la longue liste des promesses brisées par Trudeau depuis son arrivée au pouvoir. Je croyais vraiment que ce serait la fin des nouvelles boîtes postales», s'est désolé Pierre Anthian, ex-conseiller municipal lavallois qui a lui-même perdu la livraison à domicile il y a quelques années.

«Il y a de nombreuses personnes âgées de plus de 80 ans dans mon quartier qui peinent à aller chercher leur courrier maintenant depuis qu’on nous a enlevé la livraison à domicile», s’est insurgé Réal Girard, 75 ans, de Rosemère.

Sa voisine de quartier, Suzanne Trudeau-Gauthier, n’a pas pu s’empêcher de pester contre le fait que les portes de leur boîte communautaire n’arrêtent pas de geler en hiver. Résultat: à 88 ans, elle fait régulièrement la marche aller-retour, ne sachant pas si elle réussira à prendre son courrier.

Fin de la conversion

Mercredi, la ministre des Services publics a tranché qu’il n’y aurait pas de retour à la livraison à domicile pour les secteurs où Postes Canada avait implanté de nouvelles boîtes communautaires.

«Nous allons mettre fin à la conversion vers les boîtes postales, mais nous n’allons pas remettre la pâte à dents dans le tube», a confirmé Carla Qualtrough en conférence de presse à Mississauga, en Ontario.

En campagne électorale, le chef libéral Justin Trudeau avait pourtant été catégorique. «Nous nous engageons à restaurer le service aux domiciles», avait-il promis à l’hôtel de ville de Montréal, le 3 septembre 2015.

La plate-forme des libéraux, elle, était moins précise et parlait plutôt d’arrêter la transition en cours.

Environ 840 000 résidences sur un total de près de cinq millions ont perdu la livraison à domicile depuis 2014 à cause du plan controversé du gouvernement Harper. Une fois au pouvoir, les libéraux avaient imposé un moratoire sur l’installation de nouvelles boîtes postales.

Promesse brisée

«Nous sommes déçus que le gouvernement Trudeau ait mis de côté sa promesse», a regretté le porte-parole du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP), Denis Lemelin. Actuellement en négociation avec la partie patronale, le STTP promet de se battre pour que la livraison à domicile soit complètement rétablie.

Postes Canada évalue qu’une telle opération coûterait au bas mot 195 millions $. Le syndicat estime que le montant est plutôt de l’ordre de quelques dizaines de millions.

Les partis d’opposition ont également décrié une promesse brisée. «Justin Trudeau était prêt à dire n’importe quoi pour être élu», a déploré le député conservateur Gérard Deltell.

«M. Trudeau n’a pas d’excuses», a quant à lui insisté le député néodémocrate Alexandre Boulerice, assurant que Postes Canada a toutes les capacités financières, vu ses profits actuels, pour rétablir la livraison à domicile.

Perspectives financières difficiles

Face à un déclin du courrier et à des coûts de main-d’œuvre qui augmentent, la situation financière de Postes Canada n’est stable qu’à court terme, selon le fédéral. En 2015 et 2016, l'institution a engrangé des profits de 99 millions $ et de 81 millions $, respectivement.

Une étude de la firme Ernst & Young évaluait toutefois au printemps dernier que Postes Canada pourrait perdre jusqu’à 700 millions $ d’ici 2026 si rien n’était fait.

Afin d’assurer une viabilité à long terme, Ottawa exigera de Postes Canada que tous les profits soient réinvestis dans les services et l’innovation. L’institution aura également le mandat d’évaluer de nouvelles initiatives, comme la livraison la fin de semaine et la livraison du courrier un jour sur deux.

La Fédération canadienne des contribuables (FCC) juge que Postes Canada doit faire du ménage dans ses finances afin d’être vendue au secteur privé. Tant la FCC que l’Institut économique de Montréal croient que la solution passe par la fin du monopole public.

Accessibilité

De nombreux intervenants avaient critiqué les problèmes d’accessibilité des boîtes postales. Le fédéral a annoncé à cet effet la mise sur pied d’un comité pour aider les aînés et les personnes à mobilité réduite.

La présidente du Regroupement des activistes pour l'inclusion au Québec (RAPLIQ), Linda Gauthier, s’est dite déçue que le gouvernement ne rétablisse pas complètement le service. «C’est une demie bonne nouvelle», a-t-elle réagi, saluant l’arrêt des conversions.

Le RAPLIQ, qui avait milité dès le départ contre l’installation des boîtes postales, aurait aimé que le fédéral offre la possibilité aux personnes à mobilité réduite qui en feraient la demande de recevoir le courrier à la maison.