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Tuerie à la mosquée de Québec: confusion dans les urgences

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Photo d'archives Agence QMI Six hommes sont morts par balle le 29 janvier 2017 à la grande mosquée de Québec. Plusieurs personnes ont été blessées.

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Contrairement à ce qui a été dit après la tuerie qui a fait six morts à la mosquée de Québec, le «code orange» n’a jamais été déclenché dans les hôpitaux, entraînant des problèmes de communication. Ce système, utilisé pour annoncer une arrivée massive de blessés, a été revu depuis.

La tuerie de masse du 29 janvier 2017 à la grande mosquée était la première tragédie de cet ordre à survenir à Québec depuis la fusillade à l’Assemblée nationale en 1984. Les intervenants locaux n’avaient pas de points de repère, comparativement, par exemple, à ceux de Montréal, où l'on a vécu les tragédies de Polytechnique et de Dawson.

Lorsque les médias ont commencé à parler de la fusillade, la confusion régnait dans les urgences de la région. Personne ne savait vraiment vers quels hôpitaux seraient acheminés les blessés ou combien on en dénombrait.

Les communications entre la GRC, la Sûreté du Québec, le Service de police de la Ville de Québec, les ambulanciers et la sécurité civile régionale ont été difficiles par moments, a admis en entrevue Pierre-Patrick­­­ Dupont, directeur des urgences du CHU.

Des proches des victimes ont d’ailleurs été dirigés vers la mauvaise urgence, ce qui a créé beaucoup de confusion. Dans les hôpitaux du CHU, le message entre les départements était discordant. «Tout le monde avait de bonnes idées, mais pas dans les canaux de communication», note M. Dupont.

Pas de code

Le CHU n’a jamais déclenché le «code orange» en se basant sur les informations à sa disposition. La tragédie a fait six morts et cinq blessés graves. Environ 15 autres témoins de la scène ont été transportés aux urgences afin de recevoir des soins légers.

M. Dupont a indiqué qu’il n’était pas «anormal» de recevoir cinq blessés graves à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, l’endroit où l'on soigne habituellement les traumas dans la grande région. «On est habitués», plaide-t-il.

Bien que tous les blessés aient été sauvés et que les délais pour recevoir ces personnes en salle d’opération aient été respectés, la situation aurait pu dégénérer.

Amélioration

Depuis la tuerie, le plan d’urgence a été amélioré. Le CHU a nommé le Dr Julien Clément au poste de leader de l’équipe des traumas. Lorsqu’il y aura des événements de ce type, le «code orange» sera déclenché et M. Clément, qui a servi en Afghanistan, sera le chef d’orchestre.

De plus, l’urgence elle-même pourra mettre en branle un code orange de niveau 1, et ce, sans devoir obtenir l’approbation de la direction.

D’ailleurs, le nouveau code orange a été déclenché le 28 décembre dernier, lors d’un carambolage dans la réserve faunique des Laurentides.

Des ambulanciers mieux préparés

La Coopérative des techniciens ambulanciers du Québec (CTAQ), qui était sur la ligne de front le soir de la tuerie, a procédé à des changements pour améliorer le service en cas d’événement de masse.

Un véhicule de soutien aux opérations et du matériel de rechange ont notamment été ajoutés.

«On a appris beaucoup de cette soirée, a mentionné David Munger, superviseur à la Coopérative des techniciens ambulanciers du Québec (CTAQ). On était le premier maillon de la chaîne et on ne l’a pas cassée.»

QU’EST-CE QU’UN «CODE ORANGE»?

  • «Un code orange est un signal reconnu par tous les centres hospitaliers du Québec et d’ailleurs qui sert à annoncer une catastrophe ou une urgence externe susceptible de faire de multiples victimes.» (Source: CUSM)
  • Il annonce la réception massive de blessés.
  • Toutes les équipes des hôpitaux d’une région doivent se mobiliser, que ce soit l’urgence, les salles d’opération ou de radiologie, les soins psychologiques, etc.
  • Du matériel est transporté près des portes.
  • Les urgences doivent être prêtes à accueillir les blessés en grand nombre et à les monter au bloc opératoire rapidement.
  • Des salles d’opération doivent être libérées.

DES RÉACTIONS

«On a fait un [bilan] de tout ça dans nos urgences. Et, de là, il y a des choses qui ont émané du personnel, comme les communications. Pourquoi on n’avait pas déclenché le code orange? Et pourquoi les gens n’étaient pas identifiés? À la lumière de tout ça, on s’est dit qu’il y avait des choses qu’on devait changer. On a fait nos devoirs et on a, depuis quelques mois, engagé un médecin pour gérer ces situations.»

– Pierre-Patrick Dupont, directeur des urgences du CHU

«La plupart des mécanismes de sauvetage de vie du code orange ont été mis en place pareil, par initiative du monde, par gros bon sens. Mais, en intrahospitalier, il y a eu des problèmes de communication. Ça a fait qu’on a refondu complètement les procédures du code orange. [...] Mais la partie de triage préhospitalier a très bien été. Elle avait été refaite il y a deux ans et c’était la première fois, avec la fusillade à la mosquée, qu’elle était testée. Avant, on apportait les gens à l’hôpital le plus proche.»

– Dr Julien Clément, directeur médical du programme de traumatologie du CHU

«Sur le plan de la sécurité, si c’était à refaire, on aurait sans doute demandé à nos employés de s’installer plus loin de la mosquée pour ne pas être à la vue du tireur. Si le tireur avait encore été actif, il aurait pu nous tirer dessus.»

– David Munger, superviseur ambulancier