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Le présumé leader des Hells Angels dans la mire

Les policiers soupçonnent Mario Brouillette de tremper dans la vente de drogue

Mario Brouillette
Photo courtoisie Mario Brouillette

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Le plus jeune Québécois à devenir membre des Hells Angels au Québec et maintenant considéré comme la véritable âme dirigeante du gang de motards se retrouve dans la mire des forces de l’ordre.

Mario Brouillette est soupçonné d’être à la tête d’un important réseau de trafic de stupéfiants qui a été la cible de perquisitions de l’Escouade nationale de répression contre le crime organisé (ENRCO), hier, a appris Le Journal de sources policières.

Ce réseau basé sur la Rive-Nord est « directement lié à des membres influents des Hells Angels », d’après un communiqué diffusé par cette nouvelle brigade d’enquêteurs de la Sûreté du Québec (SQ), de la Gendarmerie royale du Canada, de la police de Montréal et celle de Laval.

Les policiers ont notamment mené une perquisition dans cette bijouterie de la rue Notre-Dame, à Repentigny, qu’ils soupçonnent d’avoir servi de cache d’argent et de drogue à un réseau de trafiquants liés aux Hells Angels.
Photo Agence QMI, Erik Peters
Les policiers ont notamment mené une perquisition dans cette bijouterie de la rue Notre-Dame, à Repentigny, qu’ils soupçonnent d’avoir servi de cache d’argent et de drogue à un réseau de trafiquants liés aux Hells Angels.

Un « boss » retraité

Et même s’il a juré avoir pris sa retraite des Hells après sa dernière condamnation en marge de l’opération SharQc, Brouillette est néanmoins vu comme celui qui tire présentement les ficelles au sommet de l’organisation.

« C’est lui le boss. Il est très pesant même si on ne le voit pas dans les rassemblements. C’est un gars d’affaires très intelligent », nous a récemment dit une source policière au sujet du motard de 45 ans qui a retrouvé sa pleine liberté au printemps 2016.

Mario Brouillette ne fait toutefois l’objet d’aucune accusation criminelle et ses propriétés ne comptent pas parmi celles visitées par les policiers hier.

Nouvelle génération

Lui-même fils d’un Hells Angels, Brouillette — qui fut pressenti comme le « dauphin » de Maurice « Mom » Boucher quand les Hells se relevaient de l’opération Printemps 2001 — incarne la nouvelle génération des motards québécois.

Contrairement aux motards issus des années 1970 et 1980, comme Denis « Pas Fiable » Houle, il n’a jamais été affublé d’un tel surnom dans le milieu interlope.

Il a grimpé les échelons plus vite que quiconque dans les rangs des Hells, ayant obtenu ses patches à 23 ans.

Parallèlement aux activités criminelles, il s’est associé à des entreprises légitimes. L’homme d’affaires Marc Saulnier, avec qui Brouillette détenait un gymnase, a décroché des contrats de construction d’un poste de la SQ et pour restaurer l’Assemblée nationale.

L’influent motard brassait des millions de dollars avec la cocaïne quand il s’est fait arrêter en 2006. Envoyé à la prison de Bordeaux, il s’est retrouvé voisin de cellule et protecteur de Nicolo Rizzuto, le père du parrain de la mafia.

Comme plusieurs Hells, Brouillette a plaidé qu’il avait quitté les motards « en bons termes » peu avant de sortir du pénitencier en 2015, mais la Commission des libérations conditionnelles du Canada s’était dite « sceptique ».

Qui est Mario Brouillette ?

Mario Brouillette, membre des Hells Angels du chapitre de Trois-Rivières.
Photo courtoisie
Mario Brouillette, membre des Hells Angels du chapitre de Trois-Rivières.
  • Né au printemps de 1972, il est le fils d’Aurèle Brouillette, un futur Hells Angels de Trois-Rivières qui fut l’un des fondateurs du chapitre que le gang de motards a ouvert à Cabarete, en République dominicaine, en février 2009.
  • En 1990, à seulement 18 ans, il est l’un des membres fondateurs des Rowdy Crew de Lavaltrie, un défunt club-école des Hells Angels.
  • Le 5 décembre 1995, il devient à 23 ans le plus jeune membre en règle des Hells au Québec en obtenant ses patches du chapitre Trois-Rivières.
  • En octobre 1997, il est condamné à six ans d’incarcération pour avoir aidé le tueur à gages Serge Quesnel à échapper aux policiers après que ce dernier a assassiné un trafiquant des Rock Machine, Claude « Le Pic » Rivard, dans le quartier montréalais de Pointe-aux-Trembles, le 3 février 1995.
  • En mai 2006, il est considéré comme l’un des Hells Angels les plus puissants de la province quand la police l’arrête dans l’opération antidrogue Fusion en même temps que le caïd Yvan Cech, l’ex-policier de Sainte-Foy à Québec Richard Sanschagrin et le criminaliste Roger Bellemare. Ce réseau dont les Hells étaient parmi les principaux clients avait importé au Québec plus de 700 kg de cocaïne provenant de la Colombie, cachée dans des lingots d’aluminium et expédiée par bateau. Brouillette, qui en avait acheté pour près de 5 millions $, s’est reconnu coupable de complot et de gangstérisme et il fut condamné à 67 mois de pénitencier en janvier 2008.
  • En avril 2013, il écope de trois années additionnelles d’incarcération après s’être avoué coupable de complot pour meurtre à la suite de l’opération SharQc.
  • En février 2015, après avoir été transféré en maison de transition, il déclare à la Commission des libérations conditionnelles du Canada qu’il a pris sa retraite des Hells Angels.

L’ENRCO n’a procédé à aucune arrestation hier, mais elle a saisi 180 000 $ en argent comptant, une arme à feu, un silencieux, trois vestes pare-balles, une centaine de grammes de cocaïne, de haschisch et de cannabis, du matériel informatique et de l’équipement servant au trafic de drogue.