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Les «roulottes» annexées aux écoles se multiplient

Les établissements de l’île de Montréal manquent de place et d’enseignants

l'école Judith-Jasmin dans Côte-des-Neiges
Photo Ben Pelosse Catherine Beauvais St-Pierre enseigne dans une unité modulaire à l’école Judith-Jasmin, dans Notre-Dame-de-Grâce, qui accueille 33% des élèves en classe d’accueil de la CSDM. «Je ne connais personne qui rêve de se retrouver dans ces unités», dit-elle. 

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Les deux plus grosses commissions scolaires de Montréal veulent tripler le nombre d’unités préfabriquées dans leurs écoles l’an prochain, un bond « sans précédent » qui vise à pallier le manque d’espace alors que des élèves migrants continuent d’affluer.

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) a publié lundi un appel d’offres pour obtenir des unités modulaires formant l’équivalent de 100 nouvelles classes pour la rentrée prochaine. Ces unités, parfois communément appelées « roulottes », sont généralement installées dans les cours d’école et reliées au bâtiment principal par un corridor.

Il s’agit d’une hausse « sans précédent », indique la présidente Catherine Harel Bourdon, puisque la CSDM compte actuellement 53 classes logées dans des bâtiments préfabriqués.

« Ce n’est pas ce qu’on souhaite. Ce n’est pas l’idéal. Mais on est rendu là », avoue-t-elle.

Fortement touchée par l’arrivée d’élèves migrants, la CSDM a connu une augmentation de 1860 élèves cette année, soit 600 de plus que prévu. Ces nouvelles unités préfabriquées devraient donc permettre d’absorber cette hausse en accueillant environ 1970 élèves.

« Frapper un mur »

Les chiffres sont encore plus criants à la commission scolaire voisine, Marguerite-Bourgeoys (CSMB), qui accueille 2600 jeunes de plus que l’an passé. Elle envisage donc aussi de tripler son parc d’unités modulaires, passant d’une quinzaine de classes cette année à une cinquantaine l’an prochain.

« On continue de recevoir une cinquantaine d’élèves par semaine. À ce rythme, on va frapper un mur », résume la présidente Diane Lamarche-Venne.

Même à Laval, la commission scolaire envisage de recourir à presque cinq fois plus d’unités modulaires, passant de cinq classes à 24 l’an prochain, indique la présidente Louise Lortie.

<b>Violaine Cousineau</b></br>
<i>Commissaire indépendante</i>
Photo Dominique Scali
Violaine Cousineau
Commissaire indépendante

Mais pour la commissaire indépendante Violaine Cousineau, cette « solution d’urgence » est problématique parce qu’elle est trop souvent utilisée à long terme.

« Il ne faut pas que le gouvernement se repose sur cette possibilité. Je souhaiterais que la CSDM soit plus ferme et coriace face à Québec » dans ses demandes pour de nouvelles constructions, avoue-t-elle.

Pénurie de profs

De son côté, l’Alliance des professeurs de Montréal rappelle que ces unités sont moins belles que les vraies classes, donc moins attrayantes. Elle craint qu’un recours massif aux préfabriquées contribue à décourager les enseignants de choisir la CSDM, déjà aux prises avec une pénurie de personnel.

« Je suis certaine que ça a un effet, abonde Catherine Beauvais St-Pierre, qui enseigne dans un modulaire à l’école Judith-Jasmin. [...] Disons que ça ne redore pas l’image de notre profession à la CSDM. »

Ajouter des unités modulaires pour une centaine de classes à la CSDM coûtera 10 millions $, selon l’appel d’offres. La CSDM attend toujours la réponse du ministère de l’Éducation à savoir si elle obtiendra le financement suffisant. L’analyse du dossier est en cours, indique le Ministère.

Une solution qui est temporaire... depuis 15 ans

Les parents sont « scandalisés » par l’état de « vétusté avancée » des unités préfabriquées qui accueillent des classes depuis 15 ans dans une école du quartier Ville-Émard à Montréal, dénonce une commissaire indépendante.

« C’est effrayant. Les sols sont abîmés, les murs sont abîmés », dit Violaine Cousineau, commissaire du Sud-Ouest, à propos de l’école Saint-Jean-de-Matha.

« Il faudra les endurer pendant deux ans encore, estime-t-elle. [...] Nos écoles devraient être belles et accueillantes. »

Conçues pour durer de 10 à 15 ans, les unités modulaires sont censées être temporaires. Mais trop souvent, elles deviennent quasi permanentes, abonde Catherine Renaud, présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal.

« C’est difficile de comparer, mais le gros bon sens nous dit que ça finit par affecter les élèves », ajoute-t-elle.

Meilleure qualité

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) souligne toutefois que la nouvelle génération d’unités préfabriquées est de meilleure qualité.

« Quand on a fait visiter les parents, ils ont pu voir que c’était lumineux et confortable », explique Isabelle Tremblay, directrice de l’école Judith-Jasmin dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, qui comprend deux classes en unités modulaires depuis deux ans. « Ce ne sont plus des roulottes », assure-t-elle.

De l’intérieur, le corridor et les classes ressemblent à s’y méprendre au bâtiment principal de l’établissement, qui est en cours d’agrandissement. La nouvelle partie devrait être prête pour la rentrée prochaine.

Mais même agrandie, l’école Judith-Jasmin ne se débarrassera pas de ses unités modulaires de sitôt, au cas où la hausse de clientèle serait plus élevée que prévu dans le secteur.

Ni noir ni blanc

Les unités modulaires ont un gros avantage qui est celui de garder les élèves près de leur lieu de résidence plutôt que de les délocaliser, dit Pascale Grignon, du mouvement Je protège mon école publique.

Le hic, c’est qu’ils font pression sur les espaces communs, ajoute-t-elle. Pour ces classes supplémentaires, il n’y a pas de gymnase ou de salle de dîner ajoutés.

Mme Cousineau admet que le ministre Sébastien Proulx a récemment « pesé sur l’accélérateur » des agrandissements et constructions d’école. « Mais ce n’est pas assez. Tant que les investissements se feront au compte-gouttes, on va être dans la même situation. »