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Tout le monde est faux!

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Vous trouvez qu’on vit dans un monde de fake news ? Entre les faux chefs italiens, les faux reporters internationaux et les vraies blondes fausses millionnaires, vous ne savez plus à quel (faux) saint vous vouer?

Je vais vous raconter une histoire qui illustre parfaitement l’époque à laquelle on vit, obsédée par l’image et la poudre aux yeux : c’est l’histoire d’un faux restaurant.

LE SECRET EST DANS LA SAUCE

Oobah Butler est reporter pour le magazine en ligne Vice, à Londres, et il voulait s’amuser en montrant que c’était facile de berner tout le monde en créant un faux restaurant. Comme il habite dans un « shed » (un cabanon) dans le fond d’une cour, il a appelé son faux resto The Shed at Dulwich. En 2017, il a demandé à des parents et amis d’écrire de fausses critiques dithyrambiques de son resto qui n’existait pas sur le site TripAdvisor. Sur le faux compte de son faux resto, il a mis des vraies photos de faux plats, avec des noms intrigants et des descriptions mystérieuses. Au Shed, on ne commandait pas des plats, mais des « ambiances ».

Quand les clients, alléchés par les bonnes critiques, appelaient pour réserver, ils se faisaient répondre que le resto était complet. Tous les ingrédients étaient réunis pour que les foodies les plus cruches soient excités : des plats bizarres, des commentaires élogieux et, surtout, l’impossibilité d’y obtenir une table ! (Si c’est difficile d’aller dans ce resto, c’est qu’il est tellement tendance, ma chère !)

Bref, il a suivi la recette de la popularité, utilisé tous les « buzzwords » à la mode : en sept mois, le « shed » de Monsieur Butler est devenu le resto #1 de Londres, selon TripAdvisor !

Pour s’amuser encore plus, Butler a ouvert son faux resto, dans son cabanon, juste un soir, en servant aux clients de la soupe en sachet et de la lasagne industrielle réchauffée au micro-ondes, présentés comme de la grande gastronomie.

Les clients se sont extasiés et ont demandé quand ils pouvaient revenir.

LE MENSONGE AU MENU

Je trouve cette histoire hallucinante parfaitement représentative de 2018.

On a tellement peur de passer à côté de quelque chose (la fameuse « fear of missing out ») qu’on est prêt à dérouler le tapis rouge pour le premier venu. D’un coup que les autres auraient vu quelque chose en lui qui nous est passé sous le nez !

Mais l’histoire du « shed » est aussi symbolique parce qu’elle montre à quel point c’est facile de s’inventer un personnage. Je suis un grand chef puisque plein de gens sur TripAdvisor disent que je suis un grand chef.

MIROIR AUX ALOUETTES

Notre milieu culturel est rempli de « Shed at Dulwich ».

Des cinéastes qui affirment qu’ils ont reçu un accueil dithyrambique dans tel festival obscur du fin fond de l’Europe de l’Est ; des acteurs qui disent avoir tourné avec tel réalisateur, mais que voulez-vous, leur grande scène a été coupée au montage ; des chanteuses qui jouent les stars à succès, mais qui sont prêtes à travailler comme concierge pour payer leur loyer.

Oobah Butler a déclaré en entrevue à Good Morning Britain : « La vérité est surévaluée. » C’est vrai.