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L’écoterrorisme au cœur du thriller

<b><i>Deux balles, un sourire</i></b><br>
Jean-Jacques Pelletier, Éditions Hurtubise,  448 pages
Photo courtoisie, Éditions Hurtubise Deux balles, un sourire
Jean-Jacques Pelletier, Éditions Hurtubise, 448 pages

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Jean-Jacques Pelletier, sans doute l’un des auteurs de thrillers les plus populaires et les plus connus du Québec, se préoccupe toujours des différentes formes d’exploitation de l’homme par l’homme. Dans son nouveau roman, Deux balles, un sourire, il s’est penché sur le thème inquiétant de l’écoterrorisme.

Ce thriller aux couleurs de l’apocalypse commence avec la découverte, au parc Laurier, à Montréal, d’un cadavre habillé impeccablement, souriant comme s’il dormait paisiblement. Deux petits trous sur le haut de la nuque témoignent qu’il s’agit pourtant d’un assassinat.

Le parc Laurier, à Montréal, là où tout commence quant à l’histoire racontée dans Deux balles, un sourire.
Photo Chantal Poirier
Le parc Laurier, à Montréal, là où tout commence quant à l’histoire racontée dans Deux balles, un sourire.

Vert Demain, un groupe d’écoterroristes, revendique le meurtre. Ses membres évoquent les liens qu’a la victime, le fiscaliste Gaylor Raines, avec des pollueurs. Et puis un autre « beau » cadavre est découvert. Cette fois, c’est John Maynard, alias « monsieur Pipeline ». Il a lui aussi des liens avec la société Pure Gold et son PDG, Roy Fisher.

L’équipe d’Henri Dufaux prend en charge les enquêtes. Ses « kids » sont surveillés de près par le directeur adjoint du SPVM, Timothy Collins, alias Komodo. L’affaire se corse lorsque Dufaux découvre que toutes ses cartes bancaires et son permis de conduire ont été annulés. Fait inquiétant : la direction de l’état civil a été avisée de son décès...

« Forme montante deterrorisme »

Jean-Jacques Pelletier est préoccupé par l’écoterrorisme, une menace qui plane sur notre société actuelle. « Je pense que ça peut être une forme montante de terrorisme », dit-il en entrevue. « D’ailleurs, je sais qu’il y a des unités qui se préoccupent uniquement de ça, aux États-Unis. Avant que Daesh devienne un peu trop voyant, je pense que c’était vu comme une des principales sources possibles de terrorisme. Un des principaux dangers. »

Jean-Jacques Pelletier
Photo Martin Alarie
Jean-Jacques Pelletier

Il estime qu’on n’a pas fini d’en entendre parler. « Le raisonnement des écoterroristes est assez simple et j’en ai déjà touché un mot dans La faim de la terre. C’est de dire : si on regarde ça d’un point de vue strictement rationnel et qu’on veut protéger la vie de la planète, c’est quoi le problème ? C’est qu’il y a une espèce qui est en train de tout détruire. Alors de ce point de vue là, le raisonnement est vite fait si on veut rester rationnel... et je parle d’une logique mécanique, sans aucun sentiment, sans le fait de se sentir humain, sans préjugé d’espèce. »

« Leur idéologie est un peu tannante parce que ce qu’elle dit, c’est des choses qui sont difficiles à contester. Pour eux, les intérêts à court terme vont toujours prévaloir sur les intérêts à long terme. [...] On peut toujours se dire que c’est juste des histoires... quoique. »

Dans ce roman, il dresse davantage les portraits psychologiques des personnages... et dit partager des traits de personnalité avec « un peu toute la gang » d’Henri Dufaux. « Je démontre une certaine impatience devant une forme de bêtise manifeste. Ça oui. Théberge, un autre de mes personnages, était aussi comme ça. »

Déstabilisant

Son histoire de cadavre souriant trouvé dans le parc Laurier est complètement fictive. Il voulait aller totalement à l’opposé des romans qui débutent par une scène horrible. « C’est une des premières images que j’ai eues : un beau cadavre, souriant, digne, très satisfait de lui-même... sauf qu’il est mort. Et par après, tu découvres qu’il a deux balles dans la tête. Comment peux-tu avoir deux balles dans la tête et avoir cet air-là ? C’est le point de départ du roman – et le point de départ de la narration aussi. »

« Je me suis demandé : qu’est-ce qui allait se passer s’il n’y avait pas ce côté effrayant, dès le départ ? C’est effrayant... autrement. Ce n’est pas gore, c’est déstabilisant. »

  • Jean-Jacques Pelletier est auteur de 14 autres romans, deux recueils de nouvelles et plusieurs essais.
  • Il habite à Lévis.
  • Il travaille sur le prochain thriller et promet que Dufaux aura affaire à des gens « un petit peu moins délicats » que dans Deux balles, un sourire.

EXTRAIT

« J’ai alors droit à l’indignation du jour :

– Il y a des fuites depuis des années dans une raffinerie de l’Est. La compagnie n’en parle pas sous prétexte qu’il s’agit de “microdéversements”... Juste quelques centaines de litres par-ci par-là !

– D’accord, ce n’est pas exactement la bonne nouvelle du jour, mais quel rapport avec le noir ?

– C’est évident, non ?

Voyant que je n’ai toujours pas l’air de comprendre, elle ajoute :

– Les marées noires !

– Des marées ? Le mot n’est pas un peu excessif ?

– L’océan est fait de gouttes. À force d’en rajouter... »

– Jean-Jacques Pelletier, Deux balles, un sourire