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Les employés technos fortement recherchés

Près de 50 000 postes seront à pourvoir d’ici l’an prochain

Selon Azad Abbasi, PDG de Genius VR spécialisée en réalité virtuelle, l’éducation doit être la priorité numéro 1 du Québec.
Photo Francis Halin Selon Azad Abbasi, PDG de Genius VR spécialisée en réalité virtuelle, l’éducation doit être la priorité numéro 1 du Québec.

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C’est un dur réveil pour le Québec forcé de voir ses 210 000 travailleurs en technologie de l’information et de la communication (TIC) tourner le dos à nos entreprises au profit d’étrangères ou d’autres industries prêtes à tout pour les embaucher.

« Avec 15 employés de plus, je pourrais facilement multiplier par cinq mon chiffre d’affaires », affirme Azad Abbasi, PDG de la PME de réalité virtuelle Genius VR. Une poignée d’ingénieurs de plus et ses profits d’environ un million $ exploseraient à cinq millions $, dit-il.

<b>Azad Abbasi</b><br />
PDG de Genius VR
Photo Francis Halin
Azad Abbasi
PDG de Genius VR

Le patron de Genius VR a de quoi faire pâlir de jalousie n’importe quelle start-up. La société de 30 employés ayant son siège social à Montréal et un bureau à Paris a de gros clients.

Desjardins, Bombardier, Evenko... même le CHUM, font appel à lui. M. Abbasi doit par contre refuser de juteux contrats, faute d’ingénieurs graphiques ou de gestionnaires de projet.

Et ce n’est pas l’argent qui l’empêche de trouver la perle rare. « Je serai prêt à payer plus. Je veux engager un expert à qui je peux faire confiance, mais je ne suis pas capable », déplore-t-il. On gagne entre 80 000 $ et 150 000 $ par an dans son secteur niche.

Nerf de la guerre

Au Québec, près de 50 000 postes seront à pourvoir d’ici l’an prochain, selon l’Association québécoise des technologies (AQT). « Il y a deux ans, on le sentait un peu. Il y a six mois, un an, on entendait : “Ce n’est pas facile”. Et là, depuis trois ou quatre mois, chaque jour on dirait que ça s’amplifie », indique la PDG de l’association, Nicole Martel.

« Il existe une pénurie importante de professionnels expérimentés et un manque important de diplômés pour faire face à la demande », note Vincent Corbeil, analyste du marché du travail à TECHNOCompétences, un organisme financé par Emploi-Québec.

Rongés de concurrence

Fait encourageant, ces cinq dernières années, le nombre d’étudiants inscrits au baccalauréat en TIC a presque doublé. Plus de la moitié choisissent l’informatique.

Comble de l’ironie, un travailleur en TIC qui choisit de rester dans son domaine gagne 10 400 $ de moins par année (66 900 $ plutôt que 77 300 $) que son collègue qui décide de sortir du secteur, selon le Diagnostic sectoriel 2018 de TECHNOCompétences dont Le Journal a obtenu copie.

Pour la première fois, la majorité des travailleurs en TIC n’œuvrent même plus dans leur domaine.

L’administration publique (14 %), la fabrication industrielle (11 %), les finances et assurances (6 %) réussissent à les charmer, relève l’analyse de TECHNOCompétences.

Soit les candidats vont travailler chez les étrangères offrant de meilleurs salaires, soit ils font le saut chez des compagnies « plus traditionnelles » qui veulent effectuer leur virage numérique de toute urgence.

Pire encore, la PDG de l’AQ, Nicole Martel, va même jusqu’à dire que les grandes annonces de compagnies qui s’installent au Québec ne sont plus de la vraie « création » d’emplois, mais du « déplacement » d’emplois.

Salaires

  • Chargé de projets technologiques: 106 000 $
  • Architecte informatique: 100 000 $
  • Programmeur/développeur applicatif: 87 000 $
  • Analystes en intelligence d’affaires: 82 500 $
  • Développeur expérience utilisateur: 68 000 $

(Source : TECHNOCompétences, Enquête de rémunération 2016)