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L’oeuvre d’une vie

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Sept ans après la publication du premier volet de Vogue la valise, Siris pond l’intégrale de sa déchirante saga familiale, bonifiée de 224 pages. Retour sur un des albums phares de 2017.

Alors que les auteurs montréalais issus de la contre-culture de la fin de la décennie 80 Julie Doucet, Henriette Valium et Richard Suicide ont vu leurs travaux publiés en albums, il aura fallu plus de 25 ans avant que l’artisan issu de cette révolution du fanzine ait lui aussi droit à un album conséquent. Un récit cathartique dont le souffle rappelle celui du romancier Michel Tremblay, et la fougue de Dédé Fortin des Colocs.

Vogue La Valise,
Siris,
Éd. de La Pastèque
Photo courtoisie
Vogue La Valise, Siris, Éd. de La Pastèque

Vogue la valise raconte l’histoire d’un éclatement familial. Alertés par le comportement irresponsable du père de famille alcoolique, les services sociaux séparent les 5 frères et sœurs dans différentes familles d’accueil.

Siris, représenté par son alter ego la poule – née dans les pages de son comics Baloney –, est le plus jeune des enfants. Il traversera ces houleuses années d’errances avec pour seule bouée sa minuscule valise verte.

Charge émotive

Interviewé en 2012 pour cette chronique, l’auteur avouait avoir été habité par une charge émotive lors de la conception des 128 premières pages qui constituent le premier tome. S’il a mis plusieurs années à les livrer, bouclant les fins de mois avec divers contrats, Siris s’est entièrement consacré au second volet, en prenant toutefois son temps. « J’avais énormément de trucs à raconter, ce fut long à tricoter tout ça serré. Je voulais que ça se lise bien, que ce soit fluide. J’ai poussé le plus loin que j’ai pu », explique l’artiste au bout du fil. « Et puis, j’avais beaucoup d’émotion à gérer. Je souhaitais plus que tout que ce soit fait dans la zénitude, pas dans la haine ou le ressentiment. »

Engouement médiatique

Sans jamais être lourd ni pleurnichard, Vogue la valise est une œuvre porteuse d’espoir, même s’il y est question d’intimidation. « J’en ai eu, des coups de pied au cul. Je m’en suis sorti grâce à la musique et au dessin. Plusieurs ont vécu la même chose, j’espère que mon livre les aidera. »

Habitué à de modestes réactions du milieu confidentiel de la bande dessinée québécoise, l’engouement médiatique auquel il goûte pour la première fois de sa longue carrière le galvanise. « Des gens dont je ne pensais jamais qu’ils achèteraient mon album le font. Je suis tellement content que le livre circule ! »

Poser sa valise

L’album se dévore d’un seul trait. L’artiste y fait preuve d’une irréprochable maîtrise de la narration graphique, offrant d’ingénieux découpages séquentiels intégrés à même l’architecture de certains décors (panneaux publicitaires, vitrines d’immeubles, pierres tombales). Ce livre, Siris l’a longtemps porté en lui. Grâce à la publication de ce superbe pavé, il a enfin pu poser sa valise une fois pour toutes.

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