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Un thriller à lire sans faute

C. J. Tudor
Photo courtoisie C. J. Tudor

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Diabolique à souhait, l’histoire de L’homme craie ne s’effacera pas de votre esprit d’un simple coup de brosse !

À l’heure actuelle, presque personne ne connaît l’écrivaine britannique C. J. Tudor. Mais au cours des prochains mois, on risque d’entendre parler d’elle aux quatre coins de la planète puisque son premier livre, L’homme craie, vient tout juste de paraître simultanément en Angleterre, aux États-Unis, en France et au Québec... sans parler de la quarantaine de pays qui devraient aussi très bientôt le publier.

La raison de ce fulgurant engouement ? Une histoire particulièrement bien menée qui, même si elle ne verse jamais dans le fantastique, ne manque pas de rappeler les meilleurs Stephen King des années 1980.

Un dernier essai

Avant d’en arriver là, C. J. Tudor, aujourd’hui âgée de 46 ans, a cependant longtemps galéré. « Dans ma vie, j’ai fait toutes sortes de boulots, explique-t-elle lors de l’entretien téléphonique qu’elle nous a accordé. Au fil des ans, j’ai ainsi été rédactrice, scénariste et animatrice de télévision. J’ai également fait des voix off pour la radio et en 2015, j’ai fondé ma propre entreprise de service de promenades canines. Et durant tout ce temps, je n’ai jamais cessé d’écrire des romans dans l’espoir de voir un jour l’un d’eux se faire éditer. Sauf que ça n’a absolument rien donné, et L’homme craie a en quelque sorte été mon dernier essai. S’il avait lui aussi été refusé partout, je me serais sans doute arrêtée là. Mais les gens l’ont aimé et jusqu’à présent, je ne reçois que de bons commentaires. Inutile de dire que j’en suis incroyablement heureuse ! »

Dessins à la craie

<i>L’homme craie</i><br />
C.J. Tudor, aux Éditions Flammarion Québec, 384 pages
Photo courtoisie
L’homme craie
C.J. Tudor, aux Éditions Flammarion Québec, 384 pages

On l’a déjà maintes fois répété, il est toujours fascinant de découvrir ce qui a réussi à enflammer l’imaginaire d’un romancier. Paula Hawkins a par exemple eu l’idée d’écrire La fille du train parce qu’elle s’est demandé ce qu’elle ferait si, en prenant le train, elle était témoin d’un événement choquant. Et pour C. J. Tudor, tout a commencé avec l’un des cadeaux que sa fille a déballés le jour de ses deux ans.

« Elle a reçu un seau rempli de craies multicolores et, après avoir mangé quelques parts de gâteau, on est allées dehors pour dessiner plein de petits bonshommes allumettes sur le sol de l’allée menant à notre maison, relate-t-elle.

Une fois la fête finie, j’ai ensuite été prendre l’air et j’ai carrément sursauté en voyant tous ces personnages s’étendre devant moi, car de nuit, ils avaient vraiment l’air effrayants ! Mais ce qui m’a surtout frappée, c’est de voir comment quelque chose d’aussi innocent que des dessins à la craie pouvait devenir épeurant et dès le lendemain, j’ai entamé sans plan précis la rédaction de L’homme craie. »

S’inspirant de sa propre jeunesse, C. J. Tudor a ainsi remonté le cours du temps pour revenir en 1986. Tout comme elle, Eddie Munster – le narrateur du livre –, Gros Gav, Mickey Métal, Hoppo et Nicky, la seule fille du groupe, passeront donc l’été de leurs 12 ans à faire du vélo, jouer dans les bois, se raconter des histoires d’horreur ou traîner au parc en évitant autant que possible le monde des adultes. Et si Gros Gav n’avait pas reçu un seau de craies le jour de son anniversaire, ils auraient peut-être pu rester amis jusqu’à la fin de leurs jours. Mais l’un de leurs profs leur ayant soufflé l’idée de les utiliser sur toutes les surfaces planes de la petite ville d’Andersbury pour se laisser des messages en bonshommes allumettes qu’eux seuls peuvent décoder, ces cinq préados ne tarderont pas à voir le pire se dessiner sous leurs yeux : quelqu’un se ­servira de leur « langage secret » afin de désigner l’emplacement d’un cadavre démembré dont la tête ne sera jamais retrouvée.

De l’enfance à l’adolescence

« Dans ce livre, tout le monde a un secret et personne n’est innocent, précise C. J. Tudor. Les gens ont souvent tendance à oublier à quel point la transition enfance-adolescence n’a rien d’un conte de fées et quand les jeunes de cet âge sont confrontés à certaines expériences traumatisantes, ils vont généralement s’abstenir d’en parler à leurs parents, ces derniers n’étant pas toujours équipés pour y faire face intelligemment... »

Trente ans plus tard, on sera de ce fait amené à en découvrir les ­conséquences et sincèrement, on a littéralement été estomaqué par la tournure des événements. Car tout ce qu’Eddie Munster rapportera noir sur blanc dans les pages de ce livre ­dépassera rapidement les limites de l’entendement...