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La mauvaise éducation

Marie-Christine Noël
Photo Marie-Christine Noël Marie-Christine Noël

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Comme vous le savez, ma courageuse collègue Marie-Christine Noël a travaillé comme enseignante suppléante pendant un mois dans des écoles primaires et secondaires des Laurentides.

Après deux semaines, elle était au bout du rouleau et prête à raccrocher son crayon.

« Je passais 90 % de mon temps à faire de la discipline et 10 % à enseigner, a-t-elle confié dans le reportage vidéo qu’elle a tourné et qu’on peut voir sur notre site internet. Je me sentais inutile... »

Des Monstres

Je dis que Marie-Christine est courageuse, car je n’aurais jamais accepté cette affectation.

Je pense que je préférerais faire fondre du gorgonzola dans une fosse septique une journée de canicule avec une équipe de hockey qui ne se serait pas lavée depuis trois mois plutôt que d’aller enseigner.

Les profs sont des saints.

Avant, ils avaient pour mission d’éduquer les enfants. Aujourd’hui, ils doivent les éduquer ET les élever.

Parce que les parents, à la maison, n’ont plus le temps ni l’énergie. Alors ils refilent leurs tâches de parents aux profs, qui se ramassent avec trente enfants turbulents et malpolis, et des cas lourds qui ne devraient jamais se retrouver dans une classe régulière.

Après, on se demande pourquoi on manque de profs...

Duh !

« Oui, mais ils ont deux mois de congé », disent certains.

Heureusement ! Sinon, ce serait pire. Ce n’est pas 25 % des profs qui décrocheraient après moins de cinq ans, mais 50 % ! Et on serait obligé de recruter des suppléants devant les épiceries.

« Ça vous tente d’enseigner les maths à des enfants ? Les seules exigences sont de ne pas avoir de dossier criminel et de savoir utiliser une calculatrice... »

Le bordel

Marie-Christine Noël s’est fait traiter de pute et de conne, une fillette de dix ans lui a dit qu’elle pouvait la faire renvoyer, elle s’est ramassée avec cinq enfants autistes dans sa classe, trois élèves souffrant d’un trouble d’attention, les enfants passent leur temps à parler, à se bousculer, à l’interrompre, à l’insulter...

Bref, le foutu bordel.

Et si jamais tu oses remettre un de tes élèves à sa place afin de calmer les autres, son père va débarquer dans ta classe et t’engueuler comme du poisson pourri.

Comment en est-on arrivé là ?

« Nous ne valorisons pas l’éducation », a écrit Denise Bombardier samedi.

En fait, c’est plus grave que ça. Nous ne valorisons plus l’autorité, point.

Les enfants envoient promener leurs parents, ils sont insolents, effrontés, malpolis, ils répondent, répliquent, ripostent, commentent la qualité du repas qu’on leur sert...

Jamais on n’aurait osé parler à nos parents comme ça ! Et jamais nos parents n’auraient critiqué nos profs devant nous !

La question

Et comme si ce n’était pas assez, on demande aux enseignants de s’occuper d’élèves souffrant d’autisme ou de TDAH, sous prétexte qu’il ne faut pas mettre les « cas spéciaux » à part...

Résultat : les profs sont complètement débordés.

Pas étonnant que les élèves sortent des écoles en n’ayant pas appris grand-chose !

Il va falloir se poser la question à 100 000 $ : si ça ne nous intéresse pas plus que ça d’élever nos enfants, pourquoi on a décidé d’en avoir, alors ?