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Légalisation : est-ce que je laisse mon ado fumer du cannabis à la maison pour le superviser?

Légalisation : est-ce que je laisse mon ado fumer du cannabis à la maison pour le superviser?
Illustration Philippe Melbourne Dufour

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Qu’il soit légal ou non, la possible consommation de cannabis chez nos jeunes est une question qui me taraude, comme pratiquement tous les parents, j’en suis convaincue.

De plus, la légalisation prochaine du pot pour les 18 ans et plus au Québec envoie inévitablement le signal d’une plus grande acceptabilité sociale, même si la drogue n’est pas sans danger. Ce message, nos rejetons vont le capter qu’ils soient majeurs ou pas. Dans ce contexte, qu’est-ce qu’on dit à nos ados? Qu’est-ce qu’on accepte ou pas comme parent? Comment être cohérent? J’y vois aussi clair qu’une consommatrice qui viendrait d’en fumer un gros!

Un ami me confiait dernièrement qu’à l’adolescence, il a fumé son premier joint avec ses parents, dans le confort de sa maison. Son père et sa mère étaient bien conscients que leur gamin, curieux et avide de découvertes, essaierait son premier pétard dans un avenir rapproché. Le couple préférait accompagner son rejeton dans cette expérience intense de l’adolescence, prêt à réagir si les effets se faisaient désagréables. Une façon aussi, pour eux, d’ouvrir la communication, sans censure, au sujet de la drogue. Trente ans plus tard, cet ami n’est pas accro au pot. Même qu’il n’en fume jamais. Pour lui, la complicité de ses parents, même dans l’illégalité, a été une forme de « pédagogie » quasi idéale.

Sans aller aussi loin, accepter que son enfant prenne «une petite puff» avec ses amis sur la terrasse en buvant une bière, est-ce une façon d’encadrer la consommation de son jeune?

Éducation, peut-être, communication, certainement, mais ces méthodes ne sont-elles pas aussi une forme de banalisation?

Accompagner ses enfants dans la découverte du cannabis

C’est avec ce questionnement en tête que je téléphone au Grand Chemin, un centre de traitement pour jeunes ayant des problèmes de dépendance, qui existe depuis 27 ans. Chaque année, près de 250 jeunes de 12 à 18 ans sont accueillis dans les trois centres de la province (Québec, Montréal et Mauricie) pour une thérapie fermée de huit à dix semaines. 98% d’entre eux consomment abusivement du cannabis. Certains tous les jours, voire même plusieurs fois par jour. Des cas lourds, certes, mais les intervenants s’y connaissent en matière de jeunes et de drogues.

David Laplante, directeur général du Grand Chemin, en a vu passer, au cours des années, des parents qui fument avec leurs enfants. Des dizaines et des dizaines de cas. Malheureusement, quand il les voit au Grand Chemin, l’expérience a mal tourné. L’intervenant en toxicomanie ne juge pas les parents qui font leur «prévention» en accompagnant leurs enfants dans leur expérience ou en acceptant que leurs jeunes fument à la maison, ajoutant du même souffle que, lui, ne le ferait jamais. De son point de vue, il s’agit d’une forme de cautionnement à une consommation qui, au final, ne peut pas être bénéfique pour un adolescent ou un jeune adulte.

Quoi faire alors? Le b.a.-ba de la prévention

Pour David Laplante, c’est à chaque parent, à chaque famille, de trouver sa méthode et sa façon de faire en fonction de ses valeurs. Certaines lignes directrices devraient toutefois guider les interventions d’un adulte soucieux que son jeune ait une relation saine avec le pot.

  1. Parler du cannabis en toute franchise, sans drame ni tabou, mais en abordant clairement les dangers que peut avoir la substance sur la santé physique et mentale d’un jeune ainsi que les conséquences sur les résultats scolaires et la sécurité.
  2. Questionner son jeune sur le contexte et les raisons qui lui donnent envie de consommer. Si c’est pour se faire accepter d’un groupe ou pour chasser l’ennui quand il est seul, des voyants lumineux rouges devraient s’allumer.
  3. Faire un suivi. Inviter le jeune à faire un retour sur son expérience de consommation et lui demander les effets que la drogue a eu sur lui.
  4. Si on est soi-même un consommateur de cannabis, se garder une petite gêne devant ses enfants. Ce n’est pas parce que le pot sera légal sous peu que fumer devant nos enfants est un bon exemple à donner. On a un devoir de protection envers nos jeunes.

Bien que le brouillard se soit dissipé, il me reste encore bien de la réflexion à faire pour trouver les actions et l’encadrement justes à mettre de l’avant auprès des jeunes qui partagent ma vie, si jamais je sentais chez eux un désir d’essayer le cannabis. Un message que je veux conséquent sur ce pot, dont la légalité ne fera pas disparaître les dangers.


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