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Violence à l’école: professeurs ou policiers?

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Le reportage de notre journaliste Marie-Christine Noël, qui s’est transformée en suppléante pendant un mois, le temps d’infiltrer neuf écoles des Laurentides, donne froid dans le dos.

Comment pouvons-nous dormir la nuit sachant que l’école, même au primaire, est devenue un lieu de violence physique et verbale, un lieu de sauvagerie impossible à discipliner, un lieu qui finit par appartenir à une minorité d’élèves perturbés et violents que l’on s’entête à intégrer au nom d’une égalité illusoire ?

Le système refile la note aux élèves qui ne présentent pas de troubles du comportement et aux enseignants épuisés, démoralisés qui font la police plus qu’ils n’enseignent.

Vous vous demandez pourquoi autant de parents de la classe moyenne choisissent le privé ? Et l’école à la maison ?

Naguère-jadis

Quand le Québec a aboli le cours classique à la fin des années 1960 et que mon pensionnat adoré a fermé ses portes, j’ai terminé mon secondaire dans une école publique d’Hochelaga-Maisonneuve fréquentée par les petits caïds du quartier.

Rouen-Desjardins était considérée comme une école de durs, mais je n’ai jamais été témoin de scènes de grande violence envers un enseignant. Lancer une chaise à un prof en la traitant de pute ? Ça non.

De 2012 à 2015, le ministère de l’Éducation a comptabilisé 2300 actes de violence physique ou psychologique d’élèves envers un enseignant, tant au primaire qu’au secondaire. Aucune raison de croire que c’est mieux aujourd’hui.

La violence n’est pas exclusive au Québec. Aux États-Unis, où les désaccords se règlent au bout du canon d’une arme à feu, on dénombre 11 fusillades dans des écoles depuis le début de 2018.

En Ontario, la Commission scolaire de Waterloo, qui a connu 1300 incidents violents au primaire en 2016, fournit désormais des vêtements de protection en Kevlar à ses enseignants.

Vous avez bien lu.

Pourquoi ?

Lorsqu’on interroge les experts pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, les réponses nous laissent sur notre faim. L’argent manque, certes, mais l’acceptation de cette violence en dit long sur notre tolérance à l’intolérable.

Ne parlez surtout pas de resserrer la discipline : l’interdiction d’utiliser un téléphone en classe est considérée comme une atteinte aux droits fondamentaux. De plus, vous aurez les parents sur le dos.

Ne remettez pas en question la présence d’élèves perturbés et perturbants dans des classes régulières, car vous passerez pour un arriéré social.

Quel est le plan de match pour intégrer un nombre record de demandeurs d’asile et de réfugiés traumatisés, déracinés, anxieux ? La CSDM n’a pas suffisamment de salles de classe pour les accueillir.

Dire qu’on se demande pourquoi autant d’enseignants quittent la profession et pourquoi le taux de décrochage des élèves est si élevé.

Remettre l’instruction publique sur pied, l’amener au niveau du privé, ressemblerait aux 12 travaux d’Hercule. Ce serait long, cher, difficile. Il faudrait combattre un climat social qui n’encourage ni la rigueur, ni l’effort et encore moins le long terme.

Je ne suis pas certaine que les Québécois ont le désir ou la volonté d’entreprendre un chantier d’une telle ampleur. Sans compter la résistance syndicale.