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L’incroyable cadeau à Airbus

Tom Enders, PDG d'Airbus en compagnie d'Alain Bellemare, PDG de Bombardier.
Photo d'archives Tom Enders, PDG d'Airbus en compagnie d'Alain Bellemare, PDG de Bombardier.

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Airbus a décroché le gros lot lorsque Bombardier lui a cédé gratuitement le contrôle de la C Series, en octobre dernier.

Nul doute qu’à la suite de la décision surprise de la Commission internationale du commerce des États-Unis de rejeter la plainte de Boeing contre Bombardier pour pratiques anticoncurrentielles et d’annuler les droits compensateurs de 292 % sur la vente de C Series aux États-Unis, c’est Airbus qui en sort grand gagnant.

Le géant européen se retrouve maintenant propriétaire d’un avion ultra moderne qui a la chance de percer le lucratif marché américain sans devoir affronter des contraintes majeures.

Airbus bénéficie ainsi d’un cadeau sans précédent. Sans avoir déboursé un cent, Airbus détient aujourd’hui 50,01 % des parts de la C Series, le super avion dans lequel Bombardier a englouti 7 milliards de dollars dans son développement.

En plus d’avoir obtenu gracieusement le contrôle de la C Series, Airbus s’est fait octroyer par la direction de Bombardier un bloc de 100 millions de bons de souscription de l’entreprise. À la suite de la forte appréciation de l’action de Bombardier, ce bloc vaut actuellement 130 millions de dollars.

L’AIR FOU

En ce lendemain de la victoire de Bombardier dans le litige de la C Series qui l’opposait à Boeing, force est de constater que la haute direction de Bombardier a l’air un peu fou d’avoir cédé gracieusement le contrôle de la C Series, en plus du gros bloc de bons de souscription.

La direction de Bombardier donne l’impression d’avoir pris panique, l’automne dernier, lorsque le département du Commerce américain a rendu sa décision provisoire d’imposer des droits compensateurs sur la vente de C Series aux États-Unis, comme le réclamait Boeing.

Cela dit, même si le « deal » avec Airbus n’est pas encore finalisé, il est trop tard pour demander une révision. Airbus a réussi le coup du siècle en aéronautique.

Que Bombardier prenne sa pilule et se contente maintenant de ses 31,5 % de parts dans la C Series. Même chose pour Québec, qui ne détient maintenant qu’environ 18,5 % des parts, à comparer à 49,5 % avant l’entente d’octobre dernier avec Airbus.

MAIS...

Bien entendu, l’annulation des droits compensateurs américains représente une bonne nouvelle pour Bombardier et ses employés de la C Series. Cela assure l’avenir à long terme de la C Series, tout en lui faisant faire un grand pas vers l’éventuelle rentabilité du programme.

L’ouverture du marché américain à la C Series arrive à un bon moment pour le gouvernement Couillard. D’ici la tenue des élections le 1er octobre prochain, l’équipe de Philippe Couillard aura le loisir de se servir de l’annulation des droits compensateurs américains pour vanter les mérites de son investissement de 1,3 milliard $ dans la survie de la C Series.

Cet investissement dans la C Series a certes pris de la valeur depuis qu’il a été annoncé en octobre 2015. Mais comme notre part dans la C Series a fondu de 49,5 % à seulement 18,5 %, l’investissement de 1,3 milliard $ de Québec dans la C Series s’est probablement apprécié relativement peu à comparer à la hausse de 125 % du cours de l’action de Bombardier depuis octobre 2015.

Au lieu d’investir directement dans la C Series, Québec aurait dû investir dans le capital-actions de Bombardier. On ne le répétera jamais assez !