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Véronique Hivon à la rescousse

Au PQ, la question existentielle est simple : est-il encore possible de renverser la vapeur ?
Photo Agence QMI, Sébastien St-Jean Au PQ, la question existentielle est simple : est-il encore possible de renverser la vapeur ?

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À huit mois des élections, le Parti québécois est dans le trouble. Pour son chef Jean-François Lisée, l’heure est au dur principe de réalité. Un sondage Léger/Le Devoir paru samedi le confirme. À 46 % chez les francophones, la CAQ est en terrain majoritaire. À 23 %, le PQ stagne au sous-sol. À 19 %, les carottes du PLQ semblent cuites.

Une contradiction de taille saute toutefois aux yeux. Après trois ans d’austérité, 66 % des répondants préfèrent un réinvestissement dans les services publics à des baisses d’impôts. En même temps, la CAQ, un parti qui promet des baisses d’impôts, creuse son avance.

Comment l’expliquer ? Cette contradiction chez l’électorat est en fait le produit d’un besoin pressant de « changement » combiné à un rejet massif du PQ comme alternative aux libéraux.

Au PQ, la question est simple : est-il encore possible de renverser la vapeur ? Réunis en conseil national, les péquistes ont choisi de proposer un « État plus fort » au service des gens. Leur espoir étant que le PQ puisse attirer une partie de la majorité d’électeurs favorables à de meilleurs services publics. La logique est évidente, sauf pour un détail majeur.

Confiance ébranlée

Au Québec, le discours dominant dans l’espace public discrédite l’État depuis des années. Les scandales de corruption ont ajouté une épaisse couche de méfiance. La confiance envers l’État étant faiblarde, en termes de communication politique, le PQ eût été sage de proposer un « Québec plus fort » pour prendre soin de son monde.

En renfort, le chef péquiste nomme la députée Véronique Hivon comme vice-cheffe et future vice-première ministre si le PQ prend le pouvoir. Un geste fort. L’ex-candidate à la chefferie est grandement respectée pour son intelligence, son leadership, ses qualités de rassembleuse et son humanisme.

Or, pour M. Lisée, c’est une arme à deux tranchants. Certains y verront une nouvelle force pour le PQ. D’autres, la énième « astuce » d’un chef impopulaire. Habituellement, quand on a besoin d’une bouée de sauvetage, c’est parce qu’on est en train de couler.

Projet de société

Après que PKP se soit dit en « réserve de la république », M. Lisée cherche même à rapatrier les souverainistes partis voir ailleurs. S’il veut un État plus fort, dit-il, c’est aussi pour « réussir l’indépendance ». S’il prend le pouvoir en 2018, il s’engage pourtant à ne pas dépenser « un sou » en fonds publics pour promouvoir la souveraineté.

Cela dit, les péquistes eux-mêmes ont accepté de mettre leur option en veilleuse et parient dorénavant sur leur fibre sociale-démocrate. Le nouveau rôle de Mme Hivon renforce d’autant leur message. Bref, la campagne électorale s’annonce musclée et les résultats, imprévisibles.

François Legault misera sur le « changement ». M. Lisée présentera un choix de société à défaut d’un choix de pays. Quant à Philippe Couillard, Séraphin un jour et père Noël l’autre, il priera surtout pour que la CAQ et le PQ se divisent le vote juste assez pour passer entre les deux.