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Le bobsleigh au Québec

Sara DAGENAIS-EVERELL Chronique Oxygène - athlète de skeleton
Photo Ben Pelosse Sara Dagenais Everell s’entraîne fort sous la supervision de Yannik Morin.

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À l’approche des Jeux olympiques, rencontre avec Yannik Morin, entraîneur et membre impliqué dans Bobsleigh Skeleton Québec, et l’une de ses athlètes, Sara Dagenais Everell afin de démystifier ce sport méconnu.

Sara était une joueuse de hockey professionnelle lorsqu’elle a été invitée à un camp de recrutement de bobsleigh par Yannik Morin. Ce parcours d’athlète n’a rien d’étonnant. Le bobsleigh est bien souvent un « deuxième sport » au Québec.

« Un sport d’athlète recyclé ! » blague Sara Dagenais Everell.

« Les meilleurs athlètes de bobsleigh courent aussi vite que des sprinteurs et lèvent des charges aussi lourdes que des haltérophiles. Que ces deux qualités soient présentes chez le même athlète, c’est assez exceptionnel », précise Yannik Morin, qui a lui-même participé aux Jeux olympiques de Salt Lake City en 2002 en bobsleigh après une carrière de culturiste.

Bobsleigh 101

Après avoir propulsé sur la glace un bolide pesant plus de 200 kilos, les athlètes sautent dans le cockpit et dévalent la piste sinueuse à une vitesse moyenne de 130 km/h. À bord, un pilote et un freineur, dans le cas des bobsleighs à deux places, et dans les bobsleighs à quatre places, deux autres athlètes responsables de propulser le bob encore plus vite au départ et de servir plus ou moins de charges lors de la descente.

« Le bobsleigh est un sport de gravité. Plus on est lourd, plus on descend rapidement », résume Yannik Morin. Or, chaque bobsleigh a une limite de poids maximale à laquelle il doit se conformer. La stratégie des athlètes vise à frôler la limite maximale, sans jamais la dépasser. Une charge peut aussi être placée à même l’embarcation, s’il advient que les deux (ou quatre) coéquipiers soient trop légers.

« On se retrouve toutefois à avoir un poids de plus à pousser au départ. Ce n’est pas idéal. Le mieux, c’est de l’avoir sur soi afin de le transposer en puissance », explique Sara, qui a dû prendre 10 kilos en masse musculaire depuis son début dans l’aventure du bob.

Sara est freineuse. Elle est responsable de la poussée du départ (en équipe avec le pilote, qui grimpe à bord toutefois 50 mètres plus tôt), puis du freinage en fin de piste.

« Entre ça, je suis plus ou moins une poche de patate qui sert de poids dans l’embarcation et je me sens comme une paire de bas dans une sécheuse. Ça brasse beaucoup et je dois avoir une confiance totale envers mon pilote puisque je n’ai aucun contrôle lors de la descente », explique l’athlète.

En bobsleigh, le pilote est la vedette de l’équipe, celui qui est responsable de choisir la ligne de descente la plus rapide.

« Ces athlètes doivent avoir une formation dans une école de pilotage de bobsleigh. La conduite du bobsleigh n’est pas évidente. On n’a aucune adhérence dans les lignes droites, on vole plus ou moins, puis on se sert des virages pour piloter. Cela prend des personnes organisées capables de diriger une équipe et d’assumer cette lourde responsabilité », explique Yannik Morin.

Qualités physiques exceptionnelles

Le sprint, le football, le rugby sont des disciplines d’où proviennent beaucoup d’athlètes canadiens sur la scène de la Coupe du monde. Chez nos Québécois, outre Sara, du hockey, on retrouve Samuel Giguère, du football, Catherine Medeiros, du ski alpin, et Geneviève Thibault, de l’athlétisme. Aucun ne fera partie des équipes principales aux Jeux.

« Au Canada, on est les meilleurs, dit Yannik Morin, qui prévoit au moins deux médailles à Pyeongchang. Que des athlètes québécois aussi performants n’aient pas été sélectionnés donne une idée du calibre de nos athlètes. Ils ont un talent athlétique incroyable. »

Depuis 2016, le Québec a une piste de poussée de bobsleigh à Waterloo, grâce aux efforts de l’entraîneur afin que la province puisse offrir de meilleures conditions d’entraînement aux athlètes de bob, et que le sport s’y démocratise.

« Pour s’entraîner sur les pistes de descente, il faut toujours aller à Lake Placid, aux États-Unis. Au Canada, tous les athlètes se développent ou s’installent près de Calgary, qui a sa piste depuis les Jeux olympiques de 1988 », raconte Yannik.

« Avant cela, la majorité des bobeurs canadiens étaient québécois », précise celui qui travaille fort à recruter pour ce sport.

« On a quatre athlètes québécois dans l’équipe nationale aujourd’hui. C’est un record de représentation depuis 30 ans », ajoute l’entraîneur, optimiste.

Et le skeleton ? Et la luge ?

Sports de glisse exigeant des nerfs d’acier et se déroulant sur une piste glacée : voici en somme les points communs de la luge et du skeleton par rapport au bobsleigh.

Rappelons qu’en skeleton, l’athlète couché sur le ventre descend tête première, alors qu’en luge, celui-ci est allongé sur le dos.

« Le skeleton est léger, la poussée n’a rien à voir avec celle du bob. Et il n’y a pas de système de pilotage articulé : à basse vitesse, l’athlète conduit en se servant du transfert de poids de son corps à haute vitesse. Sa tête, ses épaules et ses jambes agissent comme un gouvernail contre le vent », explique Yannik Morin.

La luge fonctionne sensiblement de la même manière, mais implique uniquement une poussée avec les bras, alors que l’athlète commence déjà assis sur son bolide avant de s’y allonger. La vitesse de descente moyenne est de 145 km/h.

A priori, on penserait que le skeleton est plus rapide que la luge. Or, il n’en est rien : la luge permet d’atteindre des pointes supérieures, notamment à cause des particularités de ses patins et de la position plus aérodynamique en descente (la surface des pieds offre moins de résistance que celle de la tête, peu importe l’aérodynamisme du casque porté).