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Ma maman est restée 8 jours dans le coma à cause d'un tampon

Ma maman est restée 8 jours dans le coma à cause d'un tampon
Illustration Christine Lemus

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J’ai eu mes règles en 5e année, j’avais 10 ans. Ça fait maintenant 12 ans que je vis avec des règles abondantes en ne portant rien d’autre que des serviettes hygiéniques pour absorber le tout.

Oui, j’ai eu bon nombre d’infections urinaires et de vaginites, et j’ai débordé plusieurs fois. Je fais quand même le choix d’avoir des draps blancs, parce que je ne vais pas m’empêcher de vivre pour ça.

Mon histoire commence comme celle de plusieurs autres jeunes filles. En fait, c’est digne du cliché des clichés. On est au début du printemps, dans une cour d’école à Thetford Mines. Je porte fièrement mes pantalons trois-quarts blancs jusqu’au moment où mon amie remarque qu’ils sont tachés. Panique. J’appelle ma maman. Elle vient me chercher à l’école et me motive pour le reste de l’après-midi. Puis on a cette conversation que chaque mère a avec sa fille qui vient d’avoir ses règles: «Tu deviens une femme.»

Pour moi, c’est là que tout change. Avant de passer à la pharmacie pour acheter les produits hygiéniques qui m’aideront à traverser cette période chaque mois, ma mère m’annonce d’entrée de jeu que je ne pourrai jamais porter de tampon. Petite fin du monde. À 10 ans, les règles, pour moi, c’est encore dégueulasse et je ne veux pas vivre avec ça dans mes bobettes.

Elle m’explique que les tampons ont failli la tuer!

Quoi?!?

À 24 ans, elle a fait un choc toxique. Je n’étais pas encore née. Elle était dans un bar avec mon papa et elle a commencé à se sentir mal. Comme si elle avait une grippe musculaire. Elle est retournée à la maison et c’est là que son état s’est aggravé. Diarrhée, fièvre, perte de conscience, elle n’a pas eu le choix d’aller à l’urgence. Sa sœur Ginette avait déjà fait un choc toxique et ses symptômes étaient similaires. Pourtant, ma maman n’avait porté son tampon que sept heures.

Arrivée à l’hôpital, elle a immédiatement été transférée aux soins intensifs. Elle a ensuite été plongée dans un coma artificiel. Son état s’aggravait de jour en jour, si bien que les médecins ont fait venir la famille à son chevet, ainsi que le prêtre, pour qu'il lui donne les derniers sacrements.

Alors que tous avaient perdu espoir, huit jours plus tard, elle est finalement sortie du coma et a commencé sa rémission. C’était une miraculée!

Son séjour à l’hôpital ne s’est pas arrêté là. Elle a été intubée et gavée un mois en espérant que le virus qui s’était propagé dans tout son sang disparaisse pour de bon, par lui-même. Il n’y a rien à faire en cas de choc toxique, sauf attendre.

À peine sortie de l’hôpital, elle a fait une rechute et a eu des crises de paralysie. Elle est retournée à l’urgence pour calmer le tout. Heureusement, elle est sortie indemne de toute cette aventure.

Apprendre à vivre sans

Je n’ai pas besoin de vous dire qu’à 10 ans, et encore à 22, cette histoire m’a traumatisée. J’ai donc fait du tampon mon cheval de bataille. Toute ma vie, j’ai essayé d’expliquer à mes amies les risques liés à cette «protection sanguine».

Ma maman est restée 8 jours dans le coma à cause d'un tampon
Illustration Christine Lemus

J’ai menti. Une fois, à la piscine, quand j’avais 15 ans, j’ai mis un tampon 20 minutes. Je pensais tellement à ma mère qui me disait: «Si jamais tu te mets un tampon, je viens te l’enlever moi-même», que je suis sortie à la course en pleurant et je suis allée l’enlever.

Oui, ça «gosse», porter des serviettes hygiéniques. Ce n’est pas confortable, ça pique, mais ç'a l’air que c’est le prix à payer pour être une femme. Et honnêtement, quand je me couche le soir, je n’ai pas peur de me réveiller paralysée le lendemain parce que mon tampon a contaminé tout mon corps pendant la nuit.

Plusieurs fois, dans mon adolescence, j’ai été gênée par des débordements. Je ne voulais pas porter de serviette hygiénique trop grosse, parce que je ne voulais pas que ça paraisse dans mes pantalons. Maintenant, je me dis simplement: «Fuck it.» Ma santé vaut plus que le jugement des autres.

Et si, en 2018, on n’est pas encore capable de concevoir que les femmes ont des règles, si ça nous dégoûte, alors je pense qu’en tant que société, on devrait faire un pas de plus.

On ne peut pas se permettre de perdre des femmes parce qu’on essaie de leur faire oublier que, chaque mois, elles ont leurs règles.