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Tant qu’à rire des Québécois...

Tant qu’à rire des Québécois...
Photo d'archives Simon Clark

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Comme disait ma grand-mère : «tant qu’à faire rire de moi, aussi bien qu’on manque pas son coup!».

Dans cette vaste catégorie du «se moquer des gens tout en le niant», ajoutons l’auguste nom du premier ministre actuel du Québec, Philippe Couillard.

Hier soir, en plein rassemblement du Parti libéral du Québec - et parlant des bonbons préélectoraux qu’il fait pleuvoir sur le Québec depuis quelques semaines -, M. Couillard a en effet lancé cette perle d’aveu involontaire :

«C'est à vous cet argent-là. C'est vous qui l'avez envoyé et on trouve qu'on n'avait pas besoin de tout l'argent que vous nous avez envoyé pour faire la job comme il faut. Donc on vous en redonne. (...) Ce n'est pas un cadeau, c'est ce qui était dû aux citoyens du Québec, qui ont participé à l'effort (budgétaire) et qui ont droit de toucher à leur part.»

Ah oui?

Selon M. Couillard, ce ne serait donc pas de très prévisibles «cadeaux» payés à même les fonds publics pour s’acheter des votes – malheureusement, un grand classique, tous partis confondus.

Toujours selon M. Couillard, ces «cadeaux» seraient plutôt le produit de la «part» de trop-payé par les Québécois en impôts et taxes combiné aux privations qu’il leur a imposées par son austérité budgétaire.

Eh bien...

Traduction : le gouvernement a trop serré la ceinture des Québécois, financièrement parlant. D’un côté, de par des impôts trop élevés supposément pour les besoins de la gestion des services publics. De l’autre, en affamant les mêmes services publics.

Attendez, là... Suis-je la seule à y voir non seulement un vieux fond de cynisme passablement déprimant, mais aussi et surtout une contradiction éléphantesque?

La dite contradiction étant la suivante.

Comment peut-il dire en même temps que les Québécois ont trop contribué au trésor public pour «faire la job» de gouverner , donc de donner des services publics et de l’autre côté, que les Québécois ont «participé à l’effort (budgétaire)» – un langage codé pour diminution de services publics pour cause d’accumulation obsessive de surplus lui servant maintenant à lancer des bonbons préélectoraux au bon peuple qui ne veut plus de lui?

Bon, trève de logique. La logique ne tient jamais le coup face à des manœuvres partisanes préélectorales payées à même l’argent des contribuables.

***

Passons donc à la séance de «damage control» - correction de tir -, à laquelle les libéraux se sont astreints aujourd’hui après que la déclaration d’hier soir du premier ministre en ait choqué plusieurs avec raison.

Alors, comment expliquer tous ces nananes préélectoraux? De quels nuages dorés tombent-ils?

De présumées «explications», toutes différentes, pleuvaient tout à coup.

Selon la ministre de l’Environnement, c’est parce qu’«on a géré le Québec convenablement et actuellement, on récolte ces fruits-là».

Pour la ministre de l’Économie, c’est  «parce que nous avons payé moins d'intérêt sur la dette, on a pu dégager des marges de manoeuvre.»

Pour le ministre de l’Agriculture, c’est le résultat de l’accélération de la consommation des ménages et d'une hausse des exportations.

Quant au premier ministre lui-même, soudainement, aujourd’hui, c’est plutôt «parce que l’économie va tellement mieux qu’on pensait, qu’on a eu plus de revenus». Fallait juste y penser... après coup.

***

Bref, tout est bon dans le spin post-dommage. N’importe quoi, sauf la vérité.

Et pourtant, la vérité, le premier ministre l’avait bel et bien dite lui-même, mardi soir, lors de son rassemblement libéral :

«C'est à vous cet argent-là. C'est vous qui l'avez envoyé et on trouve qu'on n'avait pas besoin de tout l'argent que vous nous avez envoyé pour faire la job comme il faut. Donc on vous en redonne. (...) Ce n'est pas un cadeau, c'est ce qui était dû aux citoyens du Québec, qui ont participé à l'effort (budgétaire) et qui ont droit de toucher à leur part

Mais comme la vérité fait mal paraître le gouvernement – ou, si vous préférez, le fait paraître pour ce qu’il est vraiment -, eh bien, le premier ministre «rectifie» son propre tir aujourd’hui.

Traduction : il enfile ses patins de fantaisie pour tenter de faire oublier la vérité qu’il avait énoncée lui-même la veille, mais «en famille».

Ce que le gouvernement a fait depuis son élection en avril 2014 est précisément ce que les médecins faisaient avant l’avènement de la médecine moderne. Il a «saigné» les citoyens, dans ce cas-ci par de trop grandes ponctions fiscales et de trop grandes privations en services publics – supposément pour «guérir» le pauvre patient malade que sont les finances publiques.

Or, s’il avait vraiment guéri ce patient au lieu de «saigner» les Québécois, le gouvernement ne se retrouverait pas en fin de mandat à nager dans les surplus budgétaires.

Lesquels, comme par hasard, lui servent en partie à lancer ses cacahuètes préélectoraux aux citoyens dans l’espoir qu’ils votent PLQ en guise de reconnaissance.

Pour paraphraser ma grand-mère : «tant qu’à rire des Québécois, aussi bien que le gouvernement ne manque pas son coup!».