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CSDM: le nombre d’heures en remplacement d’urgence explose

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Débordés par une pénurie de suppléants, des enseignants et spécialistes ont été forcés d'effectuer trois fois plus d'heures de remplacement d'urgence dans les écoles de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) depuis deux ans, a appris l'Agence QMI.

Établi à 4700 heures en 2015, le nombre d’heures de dépannage a bondi à 16 200 en 2017, révèlent des données obtenues grâce à la loi d’accès à l’information. Il n’était que de 650 en 2007.

Ainsi, à des milliers d’occasions, des enseignants du primaire et du secondaire ont dû mettre de côté correction, planification et plan d’intervention pour superviser la classe d’un collègue, pour laquelle aucun suppléant n’était disponible.

Orthophonistes, orthopédagogues et techniciens en éducation spécialisée, denrées rares du réseau de l’éducation, ont également dû participer à l’effort, sans pouvoir alors intervenir auprès des élèves les plus vulnérables.

L’augmentation du nombre d’heures de remplacement d’urgence a également un coût monétaire difficile à évaluer, les enseignants d’expérience étant mieux rémunérés que le suppléant typique.

Surcharge

Le syndicat des professeurs de la CSDM, qui déplore la situation, avoue être «surpris par l’ampleur» du phénomène.

«Le remplacement d’urgence représente une surcharge importante de travail pour les enseignants, qui évoluent déjà dans des conditions difficiles», a expliqué la présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, Catherine Renaud.

Cette surcharge de travail aurait un impact sur le nombre d’enseignants qui quittent la commission scolaire, ce qui, à la manière d’un «cercle vicieux», ajoute de la pression sur les enseignants qui décident de rester.

«À chaque visite d’école, on a un enseignant qui nous dit songer à changer de commission scolaire ou à quitter la profession, a expliqué Mme Renaud. On voit une expertise quitter parce que les enseignants sont à bout de souffle.»

Spécialistes

Le gouvernement Couillard s’est récemment engagé à embaucher 500 spécialistes dans les écoles du Québec à partir de septembre 2018, incluant des orthophonistes et des orthopédagogues. Une «petite goutte d’eau» dans le désert, a imagé Mme Renaud.

«On a subi des compressions pendant les cinq dernières années pour plus de 1 milliard $. On est encore loin d’avoir toutes les ressources nécessaires», a-t-elle indiqué.

Nombre d’heures de remplacement d’urgence sur le territoire de la CSDM

  • 2010: 3327
  • 2011: 2888
  • 2012: 2409
  • 2013: 7555
  • 2014: 5719
  • 2015: 4774
  • 2016: 11 093
  • 2017: 16 218

La CSDM propose des «primes» aux enseignants pour les écoles difficiles

Pour pallier l’exode des enseignants d’expérience, la présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), Catherine Harel-Bourdon, propose d’offrir une «prime» à l’enseignant qui travaille dans une école plus difficile.

«Si j’ai le choix entre une multitude d’écoles, de commissions scolaires, et que je peux aller dans une école où il n’y a pas d’élèves avec de grands besoins, le choix est simple», a expliqué Mme Harel-Bourdon, en entrevue avec l’Agence QMI, mercredi.

Catherine Harel-Bourdon, présidente de la CSDM.
Photo d'archives Agence QMI, JOEL LEMAY
Catherine Harel-Bourdon, présidente de la CSDM.

Une école pourrait être considérée comme difficile sur la base du nombre de cas de troubles de comportement, par exemple, ou encore selon le niveau de pauvreté. Une échelle de «défavorisation des écoles publiques», qui cote les établissements de 1 à 10 selon le niveau de pauvreté, existe déjà. La CSDM obtient d’ailleurs la palme des écoles défavorisées.

Cette prime aurait pour effet d’encourager les enseignants avec plus d’ancienneté, et donc mieux outillés, à prendre en charge une classe plus difficile, croit la présidente de la CSDM.

«Les enseignants qui ont plus d’ancienneté ne vont pas nécessairement choisir d’aller travailler, pour le même salaire, dans une école avec des élèves qui ont de graves troubles de comportement», a illustré Mme Harel-Bourdon.

Immigration

Déjà aux prises avec des problèmes de recrutement et de rétention de personnel, la CSDM a reçu quelque 1800 nouveaux élèves dans la dernière année, en bonne partie en raison de l’immigration.

La gestionnaire aimerait mettre sur pied une «table nationale» sur l’emploi en éducation.

«Les jeunes qui sortent de nos universités n’ont pas le même rapport face au travail que les générations précédentes», a dit Mme Harel-Bourdon.

«Ils disent des choses comme: "moi je veux travailler quatre jours par semaine" ou "moi je veux travailler proche d’un métro".»