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Hydro-Québec et le PLQ rient du monde

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Photo Agence QMI / Archives

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Tarifs préférentiels à l’hébergement de données : la manne?

Coudonc comment vous aimez ça faire rire de vous? Alors qu’on se fait carrément siphonner par les politiciens et les dirigeants d’Hydro-Québec, une société qui nous appartient, qui, à même les revenus d’Hydro, donc de votre argent, les distribuent aux entreprises et qui, par après, augmentent drastiquement nos tarifs d’électricité afin de payer la note et que l’opération soit à coût nul, comme ils disent.

La facturation de tarifs préférentiels ridiculement bas à des alumineries, des mines, des forestières, à la cimenterie McInnis, à des serres de pot, à des centres de ski, à des hébergeurs de données informatiques, etc. repose sur des bases idéologiques de pseudo-création de richesses qui ne sont que des mirages, qui ne reposent sur aucune étude sérieuse et aucune acceptabilité sociale. Comme dans une entreprise privée, chaque citoyen du Québec devrait avoir droit de vote sur les décisions majeures d’Hydro-Québec.

Le nouveau Klondike : l’hébergement de données

Soi-disant une bonne nouvelle, des géants comme Amazon, IBM, Deloitte et compagnie préfèrent s’installer à Montréal pour créer des centres d’hébergement de données informatiques plutôt qu’ailleurs en Amérique du Nord, comme d’ailleurs les multinationales du multimédia où l’État paie plus de 40 % des salaires des employés. Pourquoi donc, d’après vous, cet attrait de Montréal pour ces firmes? C’est parce qu’elles sont invitées à s’installer ici sur votre bras par le biais de tarifs privilégiés d’électricité de loin les plus bas en Amérique du Nord, au prétexte trompeur de la création de richesses même si ces entreprises ne paieront pas d’impôt sur le revenu, ou si peu, et ne créeront pas d’emplois, ou simplement une poignée comme les alumineries, les serres, la cimenterie McInnis, etc. Si elles créent autant d’emplois et paient autant d’impôt pourquoi les autres villes canadiennes et américaines ne leur font pas de meilleurs « deals » qu’au Québec? C’est parce qu’au Québec, vos politiciens savent qu’ils peuvent facilement vous leurrer avec des énormités : « Le géant Amazon prêt à investir des millions$ au Québec. La multinationale cherche par tous les moyens à profiter des avantages fiscaux (et des tarifs d’électricité bon marché. » [Le Journal de Montréal, 13 janvier 2018]. Et il y a aussi celle-là : “Services technologiques. De la croissance pour Deloitte à Montréal” [Le Devoir, 11 février 2017]. Hourra! Et enfin : “Plus de 100 millions $ investis en une semaine. Le Québec devient une véritable plaque tournante dans le secteur de l’hébergement de données” [Le Journal de Montréal, 14 mars 2015]. L’affaire est, en apparence, ketchup. Que votre joie surabonde!

Des tarifs à environ 4 cennes le kWh.

Comme les serres qui feront pousser du pot en hiver ici même dans la province : “Marijuana. Le Québec, terre promise des producteurs [détenus pas des étrangers]. Les bas tarifs d’électricité attirent les promoteurs de l’extérieur, notamment de l’Ontario” [Le Devoir, 16 septembre 2017], les centres d’hébergement de données jouiront, en plus d’un congé fiscal dans certains cas, d’un tarif d’électricité d’environ 4 sous le kilowatt-heure alors que chez vous dans votre maison, vous qui êtes propriétaire d’Hydro-Québec, on vous impose 9 sous le kWh et de 17 sous si on ajoute la TPS-TVQ de 15 % et l’impôt sur le revenu que vous devez payer avant revenu que vous devez payer avant vos comptes d’électricité, car pour les individus, l’électricité n’est pas une dépense déductible d’impôts alors qu’il l’est pour les compagnies. Alors, ça donne : “Des factures plus salées pour les Québécois” [Le Journal de Montréal, 22 janvier 2018]. Et ça donne des factures plus bonbons sucrés pour les autres, genre les poteux en serre, les “containers” de données, les alumineries, les exportations, les pistes de ski, etc.

Hydro-Québec engage KPMG et dorer l’affaire

Pour vous convaincre du bien-fondé d’accorder des tarifs bonbons aux hébergeurs de données, Hydro-Québec a eu l’idée d’embaucher la firme internationale d’experts-comptables KPMG afin de réaliser, au gros prix, une étude percutante démontrant “scientifiquement” les énormes retombées économiques et les milliers d’emplois créés par cette nouvelle mine d’or : “Hébergement de données : la nouvelle vache à lait d’Hydro-Québec. Près de 1,7 milliard $ de retombées [hum, hum] et 14 000 emplois sont prévus [pas tout de suite, mais...] d’ici 2025 dans le secteur des centres de données” [Le Journal de Montréal, 17 juin 2018]. Hydro aurait pu réaliser l’étude elle-même, mais ça impressionne plus la galerie de faire appel à un “expert” du privé.

Encore la “joke” des retombées économiques phénoménales qui nous est servie où on en beurre toujours très épais. Toutefois, KPMG a omis de calculer les retombées économiques et la création d’emplois si Hydro, au lieu de subventionner abondamment ces firmes, diminuait plutôt les tarifs résidentiels des contribuables. Laissez-moi tranquille avec la légende de la création de milliers d’emplois dans le domaine des centres de données. Je suppose que l’on va embaucher des tonnes d’employés pour regarder les machines informatiques fonctionner? On parle ici d’entreposage de données et rien d’autre. Je ne suis pas le seul à ne pas croire aux mythes des jobs créées. Il y a aussi l’économiste en chef de Montréal International, monsieur Christian Bernard qui a dit que les hébergeurs de données créent peu d’emplois : “Selon monsieur Bernard, les retombées économiques des centres de données se font surtout sentir au moment de leur construction [si construction, il y a]” [Le Journal de Montréal, 13 janvier 2018]. C’est drôle, mais KPMG n’a pas calculé les coûts de ces cadeaux pour Hydro-Québec et les revenus fiscaux générés par ces entrepôts de données afin de dégager le bénéfice net comme n’importe qui, tant projet d’investissement et comme on l’enseigne à nos étudiants. En plus, pour gonfler les chiffres, on parle d’emplois directs et “indirects”. Comme vous le savez, les emplois “indirects”, c’est du n’importe quoi.

Qui est KPMG?

KPMG est une grosse firme internationale d’experts-comptables qui, comme les autres, a déjà fait allègrement dans l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux pour le compte de leurs gros clients. Les “experts” de KPMG seraient même capables de produire une étude détaillant les nombreuses retombées économiques pour le Québec de l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux par nos riches. Peut-être que le gouvernement devrait même subventionner l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux de nos bougons?

Mes amis, lisez le titre de ces quelques articles que j’ai ressortis de mes dossiers afin que vous vous familiarisiez avec KPMG que les dirigeants d’Hydro-Québec ont cru bon embaucher comme experts pour vous pondre une étude “étoffée” sur les bienfaits de donner à perte notre électricité à ces compagnies :

— “Gros joueur sous la loupe. KPMG aurait aidé de riches Québécois à cacher de l’argent à l’Île

de Man, selon le fisc” [Le Journal de Montréal, 5 août 2013].

“Bras de fer entre KPMG et le fisc. L’entreprise de services-conseils refuse de remettre à Québec et à Ottawa la liste de clients qu’elle aurait aidés à éviter de l’impôt” [Le Devoir, 8 août 2013].

“Les intouchables : KPMG a caché l’argent de riches clients” [Radio-Canada, 2 mars 2017].

— “Recours collectif des investisseurs de Norbourg. L’Autorité de marchés financiers [AMF] pointe Northern Trust et KPMG” [Le Devoir, 2 juillet 2008].

— “KPMG a validé des ragots. KPMG a reçu 1 M$ pour une ‘enquête spéciale’ jugée non fiable et contraire à l’éthique” [Le Journal de Montréal, 29 février 2004].

J’en ai d’autres dans le même genre sur KPMG dans mes vieux articles de journaux que j’héberge dans mes chemises de carton. Si un jour je décide de les entreposer dans des machines informatiques, vais-je avoir droit à un tarif préférentiel? Pour conclure donc, bonne idée d’avoir embauché KPMG pour éclairer nos lanternes. En passant, je n’ai jamais vu un consultant dire, dans une étude “objective” et “scientifique”, le contraire du message que le client veut véhiculer. Hydro va-t-elle engager de nouveau KPMG pour nous certifier que c’est également bon d’accorder des tarifs d’électricité “light” aux serres du Québec qui font pousser du cannabis?