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Le projet Northern Pass d’Hydro-Québec a du plomb dans l’aile

Une commission américaine rejette la ligne de transport électrique entre le Québec et le Massachusetts

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Revers majeur pour Hydro-Québec : moins d’une semaine après avoir conclut le contrat d’exportation le plus payant de son histoire, voilà que l’État du New Hampshire lui bloque la voie.

Le Massachusetts a confirmé son intention d’acheter pour près de 10 milliards $ en hydroélectricité québécoise, la semaine dernière. L’entente de 20 ans a été qualifiée d’« historique » par Hydro-Québec.

Mais jeudi, l’État du New Hampshire, à travers lequel doit passer la ligne de transport électrique Northern Pass, a décidé de bloquer le projet.

Depuis plus de deux ans, des citoyens du New Hampshire multiplient les actions pour montrer leur opposition au projet Northern Pass, qui traversera la région des montagnes Blanches, de l’autre côté de la frontière. Dès 2015, des contestataires américains s’attaquaient déjà à Hydro-Québec .
Photo courtoisie
Depuis plus de deux ans, des citoyens du New Hampshire multiplient les actions pour montrer leur opposition au projet Northern Pass, qui traversera la région des montagnes Blanches, de l’autre côté de la frontière. Dès 2015, des contestataires américains s’attaquaient déjà à Hydro-Québec .

Les sept membres de la Commission d’examen du site (SEC) de l’État de la Nouvelle-Angleterre ont rejeté à l’unanimité le projet dans sa forme actuelle.

La SEC juge que les promoteurs « n’ont pas su démontrer que la ligne de transport proposée n’entraverait pas indûment le développement ordonné de la région. » Une décision écrite doit être rendue le 31 mars.

Le projet Northern Pass consiste en la construction d’une ligne de transport à haute tension de 242 kilomètres destinée à l’exportation d’électricité vers les États-Unis et dont la mise en service est prévue pour 2020. Son coût de construction est estimé à plus de 2,1 milliards $.

Hydro déçu

Hydro-Québec ne cache pas sa déception face à cette décision, mais est loin de jeter la serviette.

« Est-ce qu’on est déçue ? Oui. Notre partenaire américain Eversource doit prendre le temps d’analyser les différents recours qui s’offrent à lui », explique la porte-parole d’Hydro, Lynn St-Laurent.

Le rejet du projet Northern Pass par le New Hampshire était un risque connu pour Hydro-Québec. Elle avait donc soumis deux autres projets au Massachusetts.

En octobre dernier, une centaine de manifestants se sont réunis dans la ville de Plymouth.
Photo courtoisie
En octobre dernier, une centaine de manifestants se sont réunis dans la ville de Plymouth.

Mais les tracés pour ces deux options n’ont pas encore été établis de ce côté-ci de la frontière.

Eversource s’est dit « choqué et indigné » par l’annonce de la SEC. « Le processus n’a pas respecté la loi du New Hampshire et n’a pas reflété les preuves substantielles dans le dossier. Par conséquent, la solution la plus viable à court terme aux défis énergétiques de la région, ainsi que les 3 milliards de dollars d’emplois, d’impôts et d’autres avantages sont maintenant menacés. Clairement, le processus SEC est cassé. »

L’entreprise s’est engagée à « demander un réexamen de la décision ».

 

« Repenser le projet »

Le Comité aviseur de la municipalité de Saint-Adolphe-d’Howard, qui a mené une lutte acharnée pour l’enfouissement de ligne à haute tension, s’est dit déçu qu’Hydro Québec puisse perdre un si important contrat. Sarah Perreault, membre du Comité, a toutefois mentionné que les arguments invoqués par le comité américain étaient les mêmes que ceux des opposants au projet. « C’est un signal envoyé à Hydro Québec pour repenser ce type de projets », a-t-elle précisé.

L’ex-représentante au congrès du New Hampshire Judy Reardon, une opposante au projet, a pour sa part salué la décision. Son groupe Protect The Granite State militait pour que celui-ci soit rejeté.

« La SEC a entendu les preuves présentées est arrivé à la même conclusion que les citoyens : le projet va causer trop de dommages et le jeu n’en vaut tout simplement pas la chandelle. La ligne passe à travers des terres agricoles et récréatives et on craignait que ça cause des dommages à l’industrie touristique, mais aussi, que ça fasse baisser le prix des propriétés », a-t-elle affirmé en entrevue au Journal.

« C’est une victoire pour l’État, et pour les citoyens qui se battent contre ce projet depuis 8 ans. C’est une grosse victoire. »

Les prochaines étapes

Même si Hydro Québec et son partenaire Eversource ont vu leur projet rejeté jeudi, ce n’est pas pour autant la fin de la ligne de transport électrique Northern Pass.

  • Eversource peut solliciter une nouvelle audience devant la Commission d’examen du site (SEC) au New Hampshire dans les 30 jours suivant la réponse formelle de la SEC, qui n’est attendue que le 31 mars.
  • Celle-ci pourrait accepter ou rejeter cette demande.
  • Si une nouvelle audience est tenue, la SEC pourrait alors entendre de nouveaux arguments et preuves, et possiblement revoir sa décision
  • Si la SEC refuse de réévaluer le projet, Eversource aurait alors 30 jours de plus pour faire appel de son dossier devant la Cour suprême de l’État.
  • Le Massachusetts et Hydro Québec pourraient aussi présenter un projet amendé. Ainsi, le courant pourrait transiter par l’État du Vermont en partenariat avec Transmission Developers inc. ou par l’État du Maine avec Central Maine Power comme partenaire.