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M. Couillard, combien?

M. Couillard, combien?
Photo Simon Clark

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Monsieur le Premier ministre,

Je me permets de vous interpeller directement. Votre discours que vous avez adressé en marge de votre caucus présessionnel dans un hôtel de Québec, mardi soir, m’a fait sourciller.

C’est bien connu, vous n’êtes pas différent des autres Québécois; quand on est entre amis, nous avons tous tendance à parler plus franchement que lorsque l’on s’exprime face à de parfaits inconnus. Je ne peux pas vous en vouloir pour cela. Ce soir là, vous étiez en famille, la famille libérale. Les personnes réunies pour le cocktail d’usage vous questionnaient, je connais ce genre d'événement, pour en avoir fréquenté plusieurs au cours de ma vie. J’imagine le scénario.

Militant : «Chef, c’est bon le retour d’impôt que Carlos a annoncé avant les fêtes, mais le monde à l’usine me disent que ce sont des cadeaux pour se faire réélire, je leur réponds quoi à ce monde-là? Ils pensent voter pour la CAQ aux prochaines élections? 

Philippe Couillard : «Vous êtes le 5e à me le demander dans ma tournée de serrage de main, je vais vous l’expliquer tantôt dans mon discours, en passant, merci pour votre 100 $ en don, ça va nous aider à battre Legault.»

Alors survient votre discours que vous avez prononcé, devant les membres de votre parti, votre famille politique. Ce dernier a été diffusé publiquement, filmé par un employé de votre équipe, c’est de bonne guerre. Lors de votre allocution, vous avez déclaré ceci avec une candeur qu’on vous connait peu :

«C’est pas des cadeaux, un cadeau c’est quelque chose qui m’appartient à moi, puis que je te donne, ça je te fais un cadeau. Ben c’est à vous cet argent-là. C’est vous autres qui l’avez envoyé. Puis qu’on trouve que l'on a pas besoin de tout l’argent que vous nous avez envoyé pour faire la job comme il faut, fac on vous en redonne, c’est un retour que vous avez parce que le Québec va bien. Ce n’est pas un cadeau. C’est ce qui était dû aux citoyens du Québec qui ont participé à l’effort. Puis ils ont le droit de toucher leur part de cet effort-là. C’est comme ça qu’il faut en parler.»

Le lendemain matin, constatant les réactions négatives, vos responsables des communications vous ont préparé ce que l’on appelle dans le milieu, les lignes du jour (pour les amateurs, je le vulgarise d’ailleurs ici dans une chronique radio).

Vous avez corrigé le tir le lendemain avec une autre version pour expliquer le pourquoi de la baisse d’impôt :

«Pourquoi on peut retourner de l’argent aux Québécois? Parce que l’économie va tellement mieux qu’on pensait qu’on a eu plus de revenus, on a diminué l’impôt de 2 milliards et en plus, on leur remet de l’argent.»

Monsieur le premier ministre, permettez-moi de vous dire que je crois davantage votre première explication que la seconde, planifiée par vos sbires.

Monsieur Couillard, je n’ai qu’une seule question et elle se résume en un mot... Combien? À combien évaluez-vous avoir pris en trop aux Québécois? À combien estimez-vous le coût de votre «saine» gestion financière sur le dos des contribuables?

Monsieur le premier ministre, vous ne pouvez pas être insensible aux familles qui peinent à boucler le budget. Pourquoi ne pas leur dire franchement combien ils ont payé en trop?