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Ouin, mais les profs ont deux mois de vacances eux!

Ouin, mais les profs ont deux mois de vacances eux!
Photo Marjorie Champagne

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En novembre 2003, j’allais chez le chiropraticien toutes les semaines pour me faire ramancher le squelette sous diagnostic de «madame, votre structure est tout croche». Je m’étais retrouvée dans cette clinique suite à un malaise au bras gauche qui s’étendait de la nuque jusqu’au bout des doigts.

Comme un engourdissement, un poids, un serrement.

Un peu plus tôt cette année-là, je termine avec succès un baccalauréat en enseignement des arts. Mes cours me motivaient à fond, autant en art qu’en pédagogie. En plus, j’avais la chance de pouvoir parler des théories de l’apprentissage à mes deux parents, deux enseignants passionnés.

En août, j’obtiens mon premier contrat. Il se déploie dans trois écoles primaires de la région. À chaque cycle, je rencontre environ 200 élèves de niveaux différents. Je pense sérieusement que je vais faire une différence, mais au bout de quelques semaines, je déchante...

Je me rends vite compte que ma principale tâche se résume à faire de la discipline et à organiser le matériel, ce qui correspond en gros, à faire du ménage.

Silence!

Sur une période de 60 minutes, avec les petits de première année, je calcule enseigner en moyenne 35 minutes, surtout l’hiver! Le reste du temps s’écoule à aider les jeunes à enlever leurs habits de neige, à m’assurer que le tout se fasse en silence, à répéter que le tout doit se faire en silence, à re-répéter qu’il faut garder le silence et à effectuer le trajet entre mon local et leur classe.

Chaque cours, chaque fois, aller-retour.

Entre les cours, je coupe des cartons. Je coupe tellement des cartons! Je n’imagine même pas ce que c’est que d’avoir une tâche pleine. Pour un spécialiste au primaire, un temps plein peut correspondre à environ 26 groupes d’élèves différents, ce qui peut totaliser jusqu’à 650 élèves différents.

Ça en fait du carton! Et je ne parle pas du remplissage de godets de peintures... ça t’enlève le goût d’en faire assez rapidement.

Une fois la journée terminée, je me creuse la tête afin de trouver des stratégies de gestion de classe pour calmer les groupes de sixième année avec lesquels je fais au moins 60 000 interventions disciplinaires par cours. Ça m’angoisse à fond.

J’ai l’impression d’être une police.

Après quelques mois seulement, je suis complètement désillusionnée. Je suis stressée à mort, psychologiquement affaiblie, et je commence à ressentir une douleur dans mon bras gauche, comme un engourdissement, un poids, un serrement.

Une journaliste du Journal a vécu pareille expérience dernièrement en s’improvisant suppléante. Dans sa vidéo, elle témoigne souhaiter mettre fin à son expérience après deux semaines de travail. Je n’ai pas de misère à la croire.

C’est incroyable tout ce que peuvent endurer les enseignants... à l’année longue!

Ben non, c’est vrai, j’oubliais: les profs ont deux mois de vacances! Qu’ils ne viennent pas se plaindre! Ils ont aussi plein de journées pédagogiques où ils ne font rien! Voici ce que deux de mes contacts Facebook ont à vous dire à propos de ça:

Ouin, mais les profs ont deux mois de vacances eux!
Capture d'écran Facebook

En ce qui concerne ma petite histoire personnelle, vous avez pu le remarquer, je me suis réorientée vers les communications. Aujourd’hui, j’ai deux semaines de vacances par année et je préfère ça. Le malaise au bras est disparu le jour même où j’ai quitté l’enseignement et n’est jamais revenu.


*** La semaine des enseignantes et des enseignants a lieu du 4 au 10 février sur le thème «Votre enseignement, notre réussite à tous!» et il serait temps que TOUS se sentent concernés par la valorisation de cette profession qui est injustement sous-estimée.