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Des Jeux propres impossibles

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Quelle claque dans la face ! Les grands nobles du Comité international olympique, son président Thomas Bach en tête, viennent de se faire remettre à leur place avec une série de soufflets retentissants par le Tribunal Arbitral du Sport.

Des 43 athlètes russes suspendus à vie des compétitions sportives internationales, 28 ont vu ces sanctions être annulées. Onze autres ont été reconnus d’avoir désobéi aux règles antidopage, mais leur suspension à vie a été levée.

Même qu’en théorie, la plupart des 28 «acquittés» pourraient demander de participer aux Jeux de Pyeongchang dans une semaine. Évidemment que le CIO a répliqué qu’ils devraient recevoir une invitation du CIO et que rien n’indique que ce serait le cas.

Le droit des individus

C’est une décision énorme qu’a rendue le Tribunal Arbitral du Sport. Et la réaction indignée du CIO ne tient pas compte de l’histoire et des faits. Le TAS a été créé par le CIO en 1981. Douze ans plus tard, il a été transformé en tribunal indépendant et sa compétence a été reconnue par le CIO et même par la FIFA, la toute puissante fédération de football.

C’est évident que les leaders américains et canadiens du sport vont déchirer leur chemise sur la place publique pour dénoncer le jugement du tribunal. Manger du Russe est toujours bien vu. Et je comprends très bien les réactions de révolte du grand Pierre Harvey, qui a été confronté toute sa carrière au dopage institutionnalisé des skieurs russes et scandinaves. Tout comme je comprends la colère et l’indignation de la docteure Christiane Ayotte, directrice du laboratoire de contrôle de dopage de l’INRS.

Mais je comprends aussi que le Tribunal Arbitral du Sport a redonné ses titres de noblesse à un vieux principe de justice. Tout individu a droit à un procès équitable. Et les procès de masse respectent rarement ce principe.

C’est la fédération russe qui a été mise au ban du CIO. Ce sont les athlètes russes qui ont été collectivement punis pour un système qui aurait été mis en place par le gouvernement russe.

Mais alors, on fait quoi avec les athlètes russes qui soutiennent leur innocence ? Qui jurent qu’ils n’ont pas utilisé de moyens de dopage ? Qui va les entendre ? Qui va faire respecter leurs droits s’ils sont vraiment innocents ?

Le TAS a effectivement choisi leurs droits individuels à une défense et pour quiconque vivant dans un État de droit comme le Canada et le Québec, c’était la bonne décision.

L’acquittement des mafieux

Tout accusé a le droit à la présomption d’innocence et à une défense entière et complète. C’est pourquoi existe l’arrêt Jordan, c’est pourquoi même les mafieux peuvent être acquittés si leur défense provoque le doute chez un juge ou un jury.

Le principe est clair. Vaut mieux le risque d’un coupable relâché qu’un innocent en prison.

Le CIO s’était donné un droit de vie ou de mort sur des centaines d’athlètes russes. Ces individus ont payé pour des manipulations de dopage de leur fédération. Peut-être et sans doute que plusieurs en ont profité. C’est plus que probable. Mais si on pouvait punir les dirigeants des fédérations russes, il ne fallait pas enlever leurs droits de se faire entendre aux individus prêts à clamer leur « propreté ».

Thomas Bach avait accompli un travail de diplomatie colossale pour convaincre Vladimir Poutine de faire le mea culpa du sport russe. Amener Poutine à confesser les fautes de son pays a été un tour de force.

Ce matin, Bach est catastrophé par la décision du Tribunal Arbitral du Sport et Vladimir Poutine doit lui en vouloir terriblement de l’avoir forcé à s’autoflageller devant le sport international.

Complication

Par ailleurs, le travail de l’Agence mondiale antidopage va se compliquer dramatiquement. Comment sera-t-il possible d’arriver à des Jeux olympiques propres ?

De toute façon, je ne crois pas aux Jeux propres. Les athlètes américains, chinois, canadiens, scandinaves ou européens des dernières décennies se sont toujours dopés autant que leurs adversaires. Nos grandes vedettes ont su échapper aux contrôles. Bravo pour ces légendes du sport.

Mais il y aura toujours un chimiste en avance sur l’Agence mondiale antidopage. L’histoire du sport international le prouve amplement.

Ça ne m’empêche pas de triper aux Jeux. Certaines luttes sont grandioses. Et les exploits méritent admiration.

J’aimerais juste que les gagnants montent sur le podium avec leur pharmacien.

Ça serait plus clair.