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Le juge Del Negro avait oublié qu’on lui devait encore 800 000$

Il a multiplié les démarches en toute transparence, a-t-il témoigné vendredi

juge Manlio Del Negro
Photo Chantal Poirier Le juge Manlio Del Negro a livré son témoignage avec franchise, a affirmé le Comité d’enquête du Conseil de la magistrature, vendredi.

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Un juge avait oublié qu’un homme lui devait encore 800 000 $ lorsqu’il a accédé à ce titre l’année passée, s’est-il défendu vendredi devant le Conseil de la magistrature.

«J’ai appris qu’il me devait de l’argent quand j’ai lu l’article du Journal de Montréal [en juin 2017], a-t-il dit. J’étais vraiment surpris.»

Le magistrat était en audience devant le Comité d’enquête du conseil, à la suite d’une plainte déposée par la ministre de la Justice Stéphanie Vallée en juin dernier.

Cette plainte découlait d’un reportage de notre Bureau d’enquête, qui révélait que le juge Del Negro avait prêté plus de 9 millions $ dans les dernières années alors qu’il était avocat, et qu’il était encore créancier après avoir été nommé juge, en mars 2017.

La question en litige devant le Conseil de la magistrature est de savoir si le juge Del Negro a exercé une activité commerciale, ce qui serait incompatible avec sa fonction.

Prêteur

Lors de son témoignage, le juge Del Negro a expliqué avoir fait des investissements immobiliers durant sa carrière d’avocat. Et à un moment, il a commencé à devenir un prêteur privé.

«Souvent, c’est pour des petits entrepreneurs qui ne se qualifiaient pas aux règles rigides des banques», a-t-il affirmé au Comité d’enquête.

Les prêts litigieux concernent un certain Jean-François Germain, un homme d’affaires qui achète des maisons délabrées, les retape, puis les revend afin de faire des profits.

«J’ai fait dans le passé un projet avec lui et ça avait bien été, a expliqué le juge. Il y a eu un autre projet, ça a bien été aussi.»

C’est pour ces raisons que le juge, alors avocat de la défense, a accepté de financer de nouveaux projets, qui lui auraient fait perdre 83 000 $.

«C’était un mauvais placement, je ne voulais plus penser à ça, a-t-il dit, ajoutant avoir oublié que M. Germain lui devait encore de l’argent.»

Diligence

Le juge a ajouté avoir agi avec diligence lorsqu’il a accédé à la magistrature. Il a rapidement informé la juge en chef de sa situation, et il s’est retiré de la fiducie familiale qu’il avait avec sa femme.

Pour éviter tout problème, il dit avoir même arrêté de percevoir des honoraires pour le travail qu’il avait fait en tant qu’avocat, mais pour lequel il n’avait pas encore été payé.

«Je ne veux rien faire qui va ternir l’image de la justice, je suis prêt à faire tout le nécessaire pour que les choses soient faites dans les règles de l’art, a-t-il assuré. Je n’ai rien à cacher.»

Pour son avocat Giuseppe Battista, le juge Del Negro n’a rien fait de mal.

<b>Giuseppe Battista</b></br>
<i>Avocat</i>
Photo courtoisie
Giuseppe Battista
Avocat

«L’ensemble du dossier démontre qu’il n’y a eu aucun manquement, il n’a rien fait d’inapproprié, a-t-il plaidé.

Le procureur assistant le Comité d’enquête a de son côté minimisé les gestes du juge Del Negro, semblant même douter d’une éventuelle faute quelconque.

«Si jamais il y a eu contravention, c’est tout à fait mineur», a-t-il affirmé.


Le Comité d’enquête a pris l’affaire en délibéré, sans dire à quel moment une décision sera rendue.