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Les permis payants

Justin Trudeau
Photo d'archives, Simon Clark

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Savez-vous quel lien existe entre l’industrie de la marijuana et ce qu’on a appelé le scandale des garderies au Québec ? Dans les deux cas, pour profiter d’un nouveau marché, il faut un permis. Et qui détient le pouvoir de délivrer le précieux permis ? Le gouvernement.

Les risques de corruption ou même d’usage indu de l’influence politique sont souvent associés à l’octroi de contrats. Lors de la construction de routes ou d’édifices publics, on peut craindre que le processus soit truqué en faveur de l’un des soumissionnaires. Au Québec, la Commission Charbonneau s’est penchée sur les contrats dans l’industrie de la construction.

L’octroi des permis a été beaucoup moins souvent sous la loupe. Pourtant, il s’agit bel et bien d’un pouvoir critique d’un gouvernement, qui peut permettre à un entrepreneur de prospérer et à son voisin de rester sur la paille.

L’époque Tomassi

Souvenez-vous de l’époque Tony Tomassi. La surprise avait été grande dans le public en découvrant que soudainement, des acteurs du milieu des garderies étaient devenus des donateurs significatifs à la caisse du Parti libéral. Les noms de propriétaires de garderies apparaissaient tout à coup sur la liste des donateurs, l’année même où ils obtenaient leur permis.

Ces gens n’étaient pas associés à la politique avant. On ne sait pas trop s’ils étaient de si chauds libéraux. Chose certaine, quelqu’un les a fait réfléchir durant l’année où le permis allait être délivré et ils ont préféré dire oui au financement du parti au pouvoir. Cet exemple récent devrait nous allumer sur la valeur d’un permis.

La production de marijuana est considérablement plus payante que l’opération d’une garderie. Avec la légalisation, l’opportunité d’affaires est grosse comme la terre. Mais n’entre pas en production qui veut... Il faut le permis ! Un permis émis par le gouvernement fédéral.

Voilà pourquoi l’intérêt est si grand de surveiller la présence forte de joueurs associés au Parti libéral du Canada dans cette industrie. Même chose pour d’anciens hauts fonctionnaires de Santé Canada. Des gens qu’on imagine bien placés pour aider les démarches.

Je n’ai aucun doute que sur papier, les mécanismes d’attribution des permis de production de marijuana soient rigoureux, bien encadrés, basés sur des critères objectifs. Comme en avait le ministère québécois de la Famille pour les garderies. Et pourtant...

Tellement de fric

Mémoire oblige, nous avons déjà connu des cas où l’obtention d’une décision gouvernementale favorable n’était pas aussi pure dans la pratique que dans la théorie. Lorsque les sommes d’argent en jeu sont colossales, lorsque les espoirs de profits juteux font trembler les colonnes du temple, tous les beaux mécanismes publics se trouvent à risque.

Il serait prématuré de crier au scandale à ce point-ci. Aucun élément d’illégalité n’a été démontré. Mais disons que quelques lumières jaunes bien allumées dans le tableau de bord devraient inciter à la prudence.

Le premier qui devrait se méfier, c’est Justin Trudeau. La légalisation du pot est associée directement à lui. Si elle tournait au scandale, il aurait du mal à s’en dissocier.