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Ceci n’est pas de l’humour

<i>Je me souviens de rien|Quelques réflexions de tête et de cœur sur un Québec sclérosé</i></br>
Guy Nantel</br>
Éditions Groupe entourage
Photo courtoisie Je me souviens de rien|Quelques réflexions de tête et de cœur sur un Québec sclérosé
Guy Nantel
Éditions Groupe entourage

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Guy Nantel s’est fait connaître à l’émission de Marie-France Bazzo, Il va y avoir du sport. Il était drôle et cinglant, même si je n’étais pas toujours d’accord avec le fait qu’il ne faisait pas de discernement dans ses blagues. Le fait de ne pas discerner entre le bon et le mauvais me semblait une peur de se mouiller. D’ailleurs, il l’affirme d’emblée :

« Je malmène les Bleus, les Verts, les Mauves et les Rouges avec un certain plaisir. »

Pourtant, il n’hésite pas à se revendiquer souverainiste : « Nous sommes déjà et nous serons toujours un peuple souverain, que ce soit dans un Québec affranchi ou à l’intérieur du Canada. »

Les Québécois qui se proposent de voter pour la CAQ, devraient absolument lire le plaidoyer de Guy Nantel en faveur de la souveraineté du Québec. C’est clair et limpide comme de l’eau de roche. Il est anormal, plaide-t-il, qu’un peuple souffre « d’un complexe d’infériorité et d’avoir une peur terrible de demander aux nouveaux arrivants de respecter un minimum de valeurs communes telles que l’égalité hommes-femmes ou d’assister à la cérémonie de citoyenneté à visage découvert ». Tout aussi anormal de «confondre la défense d’une langue et d’une culture nationales avec du racisme ». Anormal, ajoute-t-il, que nos finances soient contrôlées en bonne partie par Toronto ou que nos choix politiques dépendent d’Ottawa.

L’humoriste s’attelle à démolir le mythe que le Québec serait une des provinces les plus pauvres du Canada. Il relativise les faits et conclut que la qualité de vie est de loin supérieure ici que dans le ROC (Rest of Canada). « Je pense qu’il est urgent de cesser de dépeindre le Québec comme un État du tiers monde qui doit dépendre des autres pour assurer sa subsistance », conclut-il à ce chapitre, tout en démontrant que le Québec n’est pas celui qui reçoit le plus en péréquation du fédéral.

Les Québécois ne paient-ils pas plus de 50 milliards de dollars au fédéral en taxes et impôts, alors qu’ils ne reçoivent, en retour, que 11 milliards de dollars ? Le pétrole albertain, c’est aussi nous qui le finançons, assure-t-il sans humour, alors que le développement de nos ressources hydro-électriques au Québec s’est fait sans l’aide du fédéral. Même chose avec l’industrie automobile en Ontario, largement financée par Ottawa.

Nantel égratigne au passage les médias qui perpétuent cette mentalité d’éternels assistés sociaux des Québécois. « Je demande aux journalistes et aux commentateurs de réfléchir sur les titres appropriés utilisés dans les médias. Des titres qui entretiennent notre mentalité de perdants et de quémandeurs. [...] Ils se doivent de souligner que [...] le Québec finance largement les programmes et infrastructures qui profitent surtout aux autres provinces. »

Pour l’humoriste, notre état de dépendance ou encore le fait que Montréal ait perdu son statut de capitale économique du Canada au profit de Toronto s’expliquent par la volonté d’Ottawa de favoriser un secteur aux dépens d’un autre.

À la fin, Nantel nous révèle une confidence que lui a faite Jean Lapierre, peu de temps avant de mourir tragiquement : « Dans tous les scénarios, y compris celui où le Québec demeure une fois pour toutes à l’intérieur de la fédération canadienne, le Québec doit demeurer souverainiste. Le jour où les Québécois cesseront de mener cette bataille pour la langue française et pour notre culture, il est certain que nous allons disparaître. »

Voici un humoriste qui n’a pas la langue dans sa poche et qui ose aborder avec intelligence des sujets aussi brûlants que la laïcité et l’immigration. Guy Nantel, futur candidat du Parti québécois ?