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Elle devient scientifique à 50 ans

La romancière Sylvie Ouellette adore également vivre dans son laboratoire de l’Université Concordia, à Montréal.
Photo Martin Alarie La romancière Sylvie Ouellette adore également vivre dans son laboratoire de l’Université Concordia, à Montréal.

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Après une carrière dans les communications, Sylvie Ouellette cherche maintenant de mystérieux enzymes dans un laboratoire de l’Université Concordia.

Ce changement de cap est survenu alors qu’elle était responsable des communications d’un consortium international sur l’étude des protéomes humains. Le contact avec les chercheurs l’a ramenée à ses anciennes amours : la science.

« Ça m’a redonné le goût d’en faire », dit la femme de 52 ans, qui a aussi, entre autres choses, écrit plusieurs romans érotiques et historiques (dont L’inconnu de Sandy Cove), et même un essai sur l’humour, Écrire l’humour, c’est pas des farces, publié cet automne.

Alors dans la mi-quarantaine, elle entreprend un baccalauréat en biologie cellulaire et moléculaire à Concordia, une université qui facilite les études à temps partiel. Parallèlement à cela, elle poursuit ses contrats de communication.

Pas si clair

La suite n’était alors pas si claire pour Sylvie. Jusqu’au moment où, à sa dernière année de bac, alors qu’elle vient de souffler ses 50 bougies, elle participe à un projet de recherche.

« J’ai eu la piqûre. Et un prof m’a dit : veux-tu faire ta maîtrise ? »

Cela signifiait pour Sylvie de se lancer, à temps plein cette fois, dans cette nouvelle aventure.

« J’ai obtenu de gros scores au cours de mon bac », dit celle qui a toujours été une première de classe. « J’ai donc eu droit à des bourses du Conseil de la recherche scientifique. »

Elles lui suffisent. « Je vis de pas grand-chose. Mes deux enfants sont grands et leurs études sont payées. Je n’ai pas d’auto, je fais peu de sorties, j’achète peu de vêtements. Je mène une vie très simple. »

Elle se voit déjà au doctorat et dans les laboratoires pour les prochaines années.

L’équipe avec laquelle elle travaille tente d’établir les relations entre les diverses bactéries présentes dans l’E. coli. Un long, très long processus. « J’adore ce projet et j’y tiens tellement ! J’ai retrouvé cet amour abandonné dans les années 1980. »

Comment est-ce d’être une « jeune » scientifique à 52 ans ?

« J’ai un statut particulier. Je suis évidemment plus vieille que les autres étudiants, mais aussi que plusieurs de mes profs. Au début, certains me prenaient de haut. Puis quand ils ont vu mes résultats universitaires, ils m’ont prise au sérieux. Le fait d’arriver avec 50 ans de vie fait en sorte qu’on est moins techno, mais on a plus de maturité et d’éthique de travail. Et j’étudie par pur intérêt. Pas parce que j’ai hâte de “graduer” ! »

À son retour à temps plein aux études se sont greffés une séparation et un déménagement. « Changement de carrière, d’adresse et de statut... Ç’a été un gros bouleversement, mais c’était voulu, et ça s’est fait sans conflit. »

Lorsque des gens lui disent : « Oh ! juste à y penser, je sais pas comment tu as fait ! », elle rétorque : « Ben justement, j’y pense pas. Il faut arrêter de se poser des questions. Il n’y a rien de permanent de toute manière. J’ai deux passions, la science et l’écriture. Et je compte bien continuer les deux aussi longtemps que possible. »