/opinion/columnists
Navigation

La couleur du langage

Coup d'oeil sur cet article

Dans l’édition du Point du 18 janvier dernier, la journaliste française Violaine de Montclos publie un long article critique sur les mouvements #MoiAussi et #Balancetonporc.

« Dans cette libération bienvenue de la parole féminine, ce qui manque souvent cruellement à ces propos masculins rapportés sur les médias sociaux, c’est un contexte, un registre, un degré de conversation, tout ce qui fait le propre du langage humain et qu’on ne résume pas en 280 caractères », écrit-elle.

Une phrase, dit la journaliste, peut prendre une signification différente selon qu’elle a été lancée à une inconnue dans la rue, à une subalterne au bureau ou à une femme que l’on connaît et que l’on côtoie régulièrement.

Le langage verbal et écrit

Je ne veux pas défendre les harceleurs et les intimidateurs ni banaliser les vraies inconduites verbales, mais il y a une différence entre entendre quelqu’un lancer une phrase dans un contexte x et lire la même phrase rapportée dans un journal ou un blogue.

Une phrase retranscrite dans un journal n’a aucune émotion. Elle est dénuée de couleur, de nuances, d’intensité, de sous-entendus ou d’ironie. On ne sait pas sur quel ton elle a été dite ni l’état d’esprit de la personne qui l’a prononcée.

C’est d’ailleurs pour ça qu’on a inventé les émoti­cônes.

Combien de chicanes stupides ont éclaté à cause d’un courriel qui a été mal interprété ?

Tu envoies un courriel que tu veux ironique, la personne qui le reçoit pense que tu es en colère.

Le feu prend tout de suite dans la broussaille.

Comme l’explique Wikipédia : « L’usage des émoticônes est très utilisé pour signaler un ton ironique lors d’une remarque afin que le destinataire ne croie pas à une réelle attaque verbale. L’émoticône remplace alors les expressions du visage et les variations de la voix impossibles à retransmettre à l’écrit... »

Juger en 280 caractères

Régulièrement, dans les journaux, on lit que tel homme a lancé telle phrase à telle femme.

Mais quel était le contexte ? Sur quel ton cette phrase a-t-elle été prononcée ? Quelles étaient les relations entre ces deux personnes ? Que disait le langage non verbal ? La phrase a-t-elle été mal interprétée ?

Dire sur un ton courtois : « Vous êtes très jolie » à une femme alors qu’on est à quatre pieds d’elle, en lui lançant un sourire timide ou complice, ce n’est pas comme coller une femme contre le mur d’un ascenseur et lui chuchoter : « Vous êtes très jolie » à l’oreille sur un ton lubrique.

Pourtant, ce sont les mêmes mots.

C’est bien beau de dénoncer certaines situations dans les médias sociaux, mais un tweet de 280 caractères suivi d’un hashtag n’est pas suffisant pour savoir ce qu’il s’est réellement passé.

Je suis désolé, mais pour aller au fin fond d’une histoire, rien ne vaut un bon vieux procès avec des témoins qui livrent leur version des faits, des interrogatoires et des contre-interrogatoires.

Pas des maths

Le langage humain est riche et complexe. Les relations humaines aussi.

Ce n’est pas comme des maths, où deux plus deux font toujours quatre, quel que soit le pays ou le contexte.

Avant de balancer nos porcs, assurons-nous qu’ils sont bel et bien cochons...