/weekend
Navigation

Le rire, c’est du sérieux

Le rire, c’est du sérieux
Photo Jocelyn Michel, Consulat

Coup d'oeil sur cet article

Fort du succès retentissant des Beaux malaises, Martin Matte aurait pu remonter sur scène en appliquant la loi du moindre effort. À elle seule, sa réputation lui aurait effectivement permis d’écouler des dizaines – voire des centaines – de milliers de billets. Mais tourner les coins ronds n’a jamais été sa tasse de thé. « Je suis comme ça : je travaille fort. Je suis ultra rigoureux. C’est presque une maladie mentale », déclare l’humoriste en entrevue au Journal.

En discutant avec Martin Matte du processus de création d’Eh la la..!, son troisième one-man show, on réalise à quel point le principal intéressé ne laisse rien au hasard quand vient le temps de faire rire son public.

Huit mois après avoir offert ses premières lectures publiques au Centre d’art La petite église de Saint-Eustache, le stand-up comique se réveille encore la nuit pour noter des choses qui pourraient bonifier son spectacle.

« Mes proches me disent d’arrêter, mais c’est impossible. J’angoisse beaucoup, je peaufine, je réécris... Pour Les beaux malaises, je pouvais faire 10 versions d’un même épisode. »

Même ses discours de remerciement aux différentes cérémonies de remises de prix sont préparés avec autant de soins.

« Les gens trouvent que c’est drôle et que c’est naturel, mais ce qu’ils ne savent pas, c’est que j’ai travaillé plusieurs heures pour obtenir ce résultat. Des fois, ça peut être deux jours de temps. »

Héritage paternel

Cette éthique de travail, Martin Matte la doit à son père, un ancien directeur au département des sciences pures du Collège de Maisonneuve, qui s’est lancé en affaires à Laval au milieu des années 1970.

« C’est une des valeurs qu’il m’a inculquées. Il répétait tout le temps : tout ce qui vaut la peine d’être fait vaut la peine d’être bien fait. »

Tendance excessive

Ce souci quasi obsessionnel du détail a souvent pesé lourd sur Martin Matte. Plus jeune, sa tendance excessive à rechercher la perfection l’a parfois freiné dans son exploration du métier d’humoriste.

« En début de carrière, quand j’animais aux 2 Pierrots avec Martin Petit, il écrivait 10 fois plus que moi. Il arrivait un soir, il essayait quelque chose, pis la semaine d’après, il essayait quelque chose d’autre. Moi, j’en étais incapable. Je pouvais répéter le même numéro entre 100 et 1000 fois pour m’assurer que tout était parfait. Dans ma tête, je jouais ma vie chaque fois. C’était ma façon de faire. »

Contenu et contenant

Martin Matte a rodé Eh la la..! une quarantaine de fois depuis cette première apparition à Saint-Eustache. L’automne dernier, il s’est même offert le Théâtre St-Denis à guichets fermés à six reprises. En t-shirt, avec ses feuilles de texte à portée de main, au cas où...

L’humoriste aborde un certain nombre de sujets sur scène. Durant 90 minutes, il parle de Facebook (qui prend trop de place dans nos vies), de famille (ses adolescents) et même de philanthropie.

Côté contenant, on mentionne un écran géant sur lequel sont projetés non seulement des capsules préenregistrées, mais diverses œuvres d’art.

« J’aime la peinture et l’art abstrait, indique Martin Matte, qui signe la mise en scène du spectacle. Je suis allé manger avec Robert Lepage l’autre jour. On a parlé du show. Je lui ai montré des toiles et il m’a donné des idées. »

Plus rien à prouver

Force est d’admettre que Martin Matte poursuit sa série victorieuse avec Eh la la..! L’humoriste au parcours professionnel exempt d’échec a écoulé 110 000 billets depuis septembre. Cinquante mille avaient d’ailleurs trouvé preneurs au cours des 24 premières heures de mise en vente.

« C’est fou raide, commente le lauréat de plusieurs prix Artis, Gémeaux et Olivier. Je suis très privilégié d’avoir des salles pleines chaque soir. »

Malgré ces chiffres impressionnants, Martin Matte compte boucler sa tournée en décembre prochain pour pouvoir écrire un film ou une série.

« Je n’ai plus rien à prouver. J’ai 47 ans. Je n’ai pas envie de faire 325 fois le même show. Je veux juste triper. »


► Parmi la poignée de représentations d’Eh la la..! qui n’affi­chent pas encore complet, signalons celles du 10 au 25 août au Théâtre St-Denis à Montréal et celles du 12 et 13 décembre au Centre Vidéotron à Québec. (martinmatte.com)


► La Fondation Martin-Matte, qui finance la construction de maisons d’hébergement adaptées pour traumatisés crâniens, célèbre son 10e anniversaire. Elle tient aujourd’hui la troisième édition des Beaux 4 heures, un marathon de ski de soirée au mont Saint-Sauveur. (lesbeaux4h.com)

« Je m’en permets plus qu’avant »

Le rire, c’est du sérieux
Photo Jocelyn Michel, Consulat

Eh la la..! succède à Condamné à l’excellence, pour lequel vous aviez vendu 400 000 billets. On a beaucoup parlé des attentes élevées du public à l’égard de cette nouvelle aventure scénique. Mais quelles sont les vôtres ?

Je veux faire rire les gens. Beaucoup, beaucoup, beaucoup. Je veux qu’ils passent une super belle soirée. Ça a l’air banal comme souhait, mais ça ne l’est pas. Je veux qu’ils oublient leurs soucis. Je veux les faire triper. Quand je reçois des messages de gens qui disent qu’ils avaient mal aux mâchoires après avoir vu mon show, je suis heureux.

Comment vous êtes-vous senti après votre première lecture publique d’Eh la la..! à Saint-Eustache l’été dernier ?

Même si j’avais répété, répété et répété avec Joseph Saint-Gelais, je m’attendais à avoir des trous de mémoire. Mais finalement, j’ai fait les 75 minutes sans regarder mes feuilles. J’aurais été satisfait de sortir avec 45 minutes de bon matériel, mais ça s’est tellement bien passé qu’on a gardé 95 % du stock. Après le show, François Avard (script-éditeur) m’a écrit pour me dire qu’il n’avait jamais vu quelque chose de pareil. Ça m’a beaucoup apaisé.

Qu’est-ce que l’expérience des Beaux malaises a apporté à votre nouveau one-man show ?

J’ai tellement écrit pour Les beaux malaises qu’écrire mon show, ça m’a pris trois ou quatre mois. Je vais directement au but maintenant. Je cherche moins. Je suis aussi beaucoup plus confiant par rapport à mon jeu. Je m’en permets plus qu’avant, que ce soit dans l’émotion, l’exagération, les mimiques... Ça donne un show vraiment physique dans lequel je pète des coches, je hurle... Quand je finis le show, je suis lessivé. Je suis trempé de bord en bord !

Pourquoi avez-vous décidé d’assurer la mise en scène du spectacle ?

Je portais beaucoup de chapeaux sur Les beaux malaises. Pour avoir ce que je voulais, j’avais envie de faire la même chose avec Eh la la..! Avec le recul, je réalise que c’est une décision que j’ai prise un peu à la légère. Je dois assister à des réunions de production, de coordination... Je reçois des courriels, des demandes... C’est plus d’ouvrage que je pensais. J’ai appelé Alexis Martin. Il est venu voir le show une dizaine de fois. C’est mon conseiller.

À l’heure actuelle, quel est votre sentiment par rapport au spectacle ?

Aujourd’hui, je suis très content, mais il y a deux mois, j’étais en train de virer fou. J’ai beaucoup travaillé et depuis­­­ la fin décembre, c’est juste du bonheur. J’ai toujours­­­ hâte de monter sur scène pour raconter mes histoires. Je suis fier du show. Ça rit beaucoup. J’avais oublié ce feeling de symbiose avec l’auditoire. Sur scène parfois, j’entre dans un état de grâce. Je sens que je suis sur mon X. C’est un bonheur difficile à définir.

La scène vous avait-elle manqué ?

Pour certains artistes, c’est une drogue, mais pas pour moi. Les gros rires, c’est euphorisant, mais j’ai l’impression que si tout s’arrêtait, je ferais autre chose.