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L’exportation d’électricité devra être collaborative ou ne sera pas

Northern Pass
Photo courtoisie

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Les derniers jours ont été mouvementés chez Hydro-Québec. Après avoir annoncé qu’elle remportait le plus gros contrat de son histoire au Massachusetts grâce à la construction de la ligne Northern Pass Transmission (NPT), voilà que nous apprenons que le comité de sélection de sites du New Hampshire refuse le projet.

Évidemment, Eversource, le promoteur américain et partenaire d’Hydro-Québec dans ce dossier, aura d’autres recours et l’on peut supposer que le projet n’est pas pour autant annulé. Cependant, ce refus unanime des commissaires du New Hampshire soulève des questions importantes quant à l’avenir de la transition énergétique nord-américaine. Hydro-Québec pourrait être appelée à y jouer un rôle important dans cette transition, tout comme elle pourrait y perdre des plumes.

Pour bien comprendre la situation, je ferai le portrait de trois acteurs impliqués dans ce dossier afin de vérifier qui est avantagé par le projet NPT.

On sait que le Québec espère vendre une part importante de ses surplus en les exportant vers le Massachusetts. Si tout va bien, la société d’État pourra y vendre environ 9 térawattheures, ce qui représenterait un revenu annuel d’environ 500 millions de dollars pendant 20 ans. Jusqu’ici, le projet avait gagné en acceptabilité sociale notamment parce que Hydro avait décidé d’enfouir une partie de la ligne sur son territoire. Bref, le Québec en sortirait plutôt gagnant.

Du côté du Massachusetts, le projet permettrait d’amener le taux d’énergie dite propre qu’il utilise à presque 50 %. En 2015, 66 % de l’électricité de l’État provenait du gaz naturel et près de 6 % du charbon. Le NPT l’amènerait donc à être moins polluant et à avoir des forfaits énergétiques plus économiques. En somme, le projet semble plutôt intéressant.

Du point de vue du New Hampshire,  c’est plutôt l’inverse, car le territoire sera traversé par une gigantesque ligne à haute tension et l’État aura un accès limité à l’énergie d’Hydro-Québec. Il faut comprendre que la population du New Hampshire est parsemée entre plusieurs petites villes, et qu’il est donc peu ou pas rentable de créer de nouvelles lignes pour rejoindre ces municipalités. Économiquement, outre quelques emplois créés à court terme pour la mise en place du réseau, il y a peu d’avantages sur le plan économique à un tel projet. De plus, il est possible de supposer que cet État, qui a une production grandissante d’énergie renouvelable, espère éventuellement fournir elle aussi en énergie ses voisins. Finalement, le New Hampshire se retrouve un peu dans la même situation que le Québec avec le projet de pipeline Énergie Est, qui devait faire passer du pétrole bitumineux entre l’ouest du Canada et le Nouveau-Brunswick en passant par le Québec. Dans de telles situations, le territoire de transit prend la plupart des risques sans bénéficier de véritables avantages.

On peut donc comprendre le New Hampshire de refuser le projet. Cependant, si on regarde le dans projet dans son ensemble, en acceptant le NPT les États-Unis réussiraient à diminuer leur consommation de gaz naturel et de charbon de manière importante. En terme de transition écologique – et même d’un point de vue économique – c’est une bonne nouvelle.

Mais voilà l’enjeu : il est certes noble de vouloir diminuer les gaz à effet de serre (GES) émis aux États-Unis, mais est-ce que cela doit se faire au détriment de la population du New Hampshire, et pour le seul bénéfice du Québec et du Massachusetts, qui profiteront des retombées financières de ce projet?

Alors qu’il devient de plus en plus facile pour des individus et des entreprises de s’affranchir des distributeurs d’énergie grâce aux batteries et à la chute des prix des panneaux solaires, on peut supposer qu’Hydro-Québec aurait avantage à modifier son modèle d’affaire afin d’intégrer ces technologies et ainsi éviter la fameuse spirale de la mort. Elle aurait aussi tout intérêt à comprendre que s’il elle souhaite concurrencer les fournisseurs d’énergie américains (vert ou polluant), elle devra peut-être s’assurer que l’ensemble des acteurs en place y trouvent leur compte. Sinon, Hydro-Québec risque fort de rester prise avec ses surplus. 

Dans l’exemple qui nous occupe, pour favoriser la transition écologique et remplacer de l’électricité provenant du charbon et du gaz naturel par de l’hydro-électricité, il faudrait aussi trouver le moyen de satisfaire le New Hampshire. Pour ce faire, Hydro-Québec/Eversource devra peut-être accepter de diminuer sa marge de profit. C’est un moindre mal si, ce faisant, cela lui permet d’écouler ses surplus tout en contribuant à diminuer les émissions de GES en Amérique du Nord. C’est pourquoi le projet de la transition énergétique dépasse les frontières des États et doit être considéré à l’échelle internationale.