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La classe de Mme C.: la survivante

chronique de la prof
Illustration Fotolia

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Je frissonne. Les yeux et le front me brûlent. J’ai la gorge en feu. Et la cloche qui sonne.

Le rhume vient juste de cogner à ma porte. Là, là. À moins de 3 minutes du début de la journée.

C’est de la faute soit de Chloé, soit de Louis. Peut-être de Simon.

Peu importe, les trois m’ont éternué dessus 100 fois chacun depuis une semaine.

Quoique Simon, c’était la gastro. Je ne peux avoir attrapé son virus. Je me suis sauvée quand il a été malade à côté de la poubelle.

J’ai manqué totalement d’empathie. Qu’il s’organise !

Ma collègue d’en face s’en est occupée. Et très bien. Tous les profs ont leur talon d’Achille. Moi, c’est le vomi.

Comme un poisson dans l’eau... mort

Presque en rampant, j’atteins le bouton de l’intercom pour parler à la secrétaire. Lui demander de trouver une suppléante.

Je ne peux pas enseigner dans cet état.

Je vois le tunnel, la lumière au bout.

Et mes 26 amis qui arrivent. Énergiques. Volubiles. Comme jamais. Pour faire exprès.

Je me sens comme dans un aquarium. Tout est flou. Sourd. Au ralenti.

Oh non. Marianne se dirige vers moi. Je vais devoir comprendre ce qu’elle me dit. Lui répondre.

La fermeture éclair de son manteau est solidement coincée.

Je la regarde avec mes yeux de poisson mort. Je n’arrive pas à voir ce qui bloque à cause de mes yeux larmoyants. Ni à coordonner mes mains sur le tissu et la fermeture pour tirer dans le bon sens.

J’ai sérieusement envisagé lui dire de garder son manteau aujourd’hui.

Mais Sophie, la petite « maman », s’amène. Toutes les classes ont une élève « maman ». Qui gère. Ramasse. Nettoie. Répare. Sait presque faire partir les taches.

Percevant mon désespoir, parce que Sophie me sent, elle s’agenouille et décoince la fermeture.

C’est le tour de Benoit. Qui vient envahir totalement ma bulle comme toujours, mais aujourd’hui, encore plus.

Et joie ! Il a en main une feuille recto verso de calculs. Écrits en hébreu.

« C’est parce que j’agonise en ce moment, Benoit. Alors ton problème de maths... », que j’ai le goût de lui dire.

L’idée de me rouler en boule sous mon bureau me vient en tête. Les oiseaux se cachent pour mourir.

Choisir ses combats

Ah ! Sauvée ! La secrétaire à l’intercom. Une Roxanne-toute-pimpante-aux-dents-blanches va venir me secourir.

Non. Personne. Elle n’a trouvé personne pour me remplacer.

Évidemment ! Un vendredi, à 8 h 10...

Je n’ai pas de porte de bureau que je puisse fermer pour m’isoler. Et c’est évidemment impossible de m’en aller.

Je ferme les lumières. Je fais taire et asseoir les enfants.

Caucus.

Je n’ai pas besoin d’en dire beaucoup pour qu’ils comprennent que ce n’est pas ma meilleure journée. Et que je fais appel à leur autonomie, leur calme.

Tous veulent m’aider. Je leur indique la liste de tâches personnelles à faire.

Je sens la mobilisation s’organiser.

William et Zachary aussi d’ailleurs semblent organiser quelque chose.

Une kermesse, je pense.

Je ferme les yeux. Je suis trop occupée à passer à travers ma journée.

À demain, les gars...