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Femmes en Formule 1: il en faut plus, pas moins

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La décision des patrons de la Formule 1 d’éliminer le «grid girls», ces jeunes femmes qui portaient un écriteau au bout d’une perche pour marquer la place du pilote et de sa voiture sur la fausse grille, a fait beaucoup de bruit. C’est à se demander pourquoi.

 

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J’ai dû faire un exercice de mémoire pour me rappeler que la télé nous montrait ces «grid girls» perdues au milieu des voitures, des mécanos et des pilotes. Sans compter les célébrités qui déambulent pour se faire voir par quelques centaines de millions de spectateurs durant la demi-heure qui précède le tour de chauffe.

Juste après, les pilotes viennent placer leur bolide au bord de la surchauffe, prêts à bondir, juste au bon endroit sur la grille. À la seconde et au centimètre près. Et plus personne ne se tient autour, en toute logique.

Des Yankees étonnants

Cette décision de mettre fin à la tradition des «grid girls», toujours jolies et souvent court-vêtues, a été prise par les gens du Formula One Group, une division de Liberty Media, le groupe américain qui s’est offert la Formule 1 l’an dernier pour la modique somme de 8 $US milliards.

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Ont-ils fait preuve de puritanisme ou d’un excès de rectitude politique et affirmant que cette pratique n’était pas conforme avec les valeurs de leur entreprise ou de l’époque actuelle? En pleine tourmente #METOO, on pourrait facilement le croire. Est-ce le cas pour autant?

Tout Américains qu’ils soient, les gens de Liberty Media ont fait souffler un vent de fraîcheur sur la F1 depuis l’an dernier. De manière plutôt subtile et intelligente, ce qui n’est pas toujours le cas avec nos voisins du sud, il faut l’admettre. Surtout en ce moment.

Rappelez-vous la remise à Lewis Hamilton d’un des casques d’Ayrton Senna, au virage qui porte le nom du Brésilien au circuit Gilles-Villeneuve, après que le jeune champion britannique ait égalé le record de pole positions de son idole et modèle. Une cérémonie toute simple et franchement émouvante.

 

 

Je pense aussi à Fernando Alonso, autre grand champion, qui a grimpé parmi la foule pour saluer ses admirateurs, tout sourire, à quelques mètres de là. Sans le moindre garde du corps ou officiel. Tout ça au même Grand Prix. Et les exemples de cette nouvelle approche, plus moderne, plus humaine et franchement plus brillante, se sont multipliés par la suite.

L’avenir montrera peut-être que Formula One Group aura eu raison de mettre fin à la tradition des «grid girls», mais je suis perplexe, pour l’instant. Si elles avaient la moindre utilité, par exemple, qui se présentera alors sur la fausse grille pour marquer l’emplacement et identifier le pilote?

Une meilleure idée

Outré par la décision du FOG, le triple champion Niki Lauda a suggéré que ce soient des filles et des garçons, à part égales, sans préciser la tenue qu’ils allaient porter. L’idée n’est pas bête mais les organisateurs du Grand Prix de Trois-Rivières ont fait encore mieux. Ils vont confier ce rôle d’identification des pilotes à de jeunes pilotes de karting, garçons et filles, question de les reconnaître et de leur faire vivre ce grand classique du sport motorisé au cœur de l’action.

Cette idée est celle d’Anne Roy, qui connaît fort bien les grandes séries de sport automobile pour y œuvrer depuis belle lurette comme relationniste et publicitaire. Elle prouve encore que les femmes tiennent une place importante en sport motorisé, même si c’est très souvent, sinon trop souvent, de façon parfaitement discrète.

Il y a des exceptions, bien sûr. Pensez à Danica Patrick, qui est devenue la première femme à gagner une course en série IndyCar il y a dix ans pour terminer ensuite troisième aux 500 Milles d’Indianapolis l’année suivante. Elle mettra bientôt fin à sa carrière après un dernier Daytona 500 en stock-car et un dernier Indy 500. Après une carrière marquée par le talent, l’audace, le courage et la controverse.

Danica Patrick
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Photo Jeff Gross/Getty Images/AFP

 

Je pense aussi à Valérie Limoges qui a terminé quatrième en Coupe Micra, série monotype extrêmement serrée et compétitive, la saison dernière. Demandez aux trente gars, de tous âges, qui ont terminé derrière elle au championnat si Valérie est douée, déterminée et tenace.

Mais il en faut plus, des femmes, en sport automobile. Et il faut les voir au sommet, sous les feux des projecteurs. Y compris en Formule 1. Comme Monisha Kaltenborn, l’avocate indo-autrichienne qui a ni plus ni moins sauvé l’équipe Sauber et l’a dirigée jusqu’en juin dernier. Comme Claire Williams, qui dirige l’écurie qu’a fondée son père et qui offrira, espérons-le, une voiture plus compétitive à notre jeune compatriote Lance Stroll cette année.

Ce sport captivant ne pourra que s’en porter mieux. Et nous toutes et tous avec lui. Garanti. Même sans «grid girls».