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La cible Barrette

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La question des conditions de travail éprouvantes des infirmières est en train de devenir un vrai boulet pour le gouvernement Couillard en cette dernière rentrée parlementaire avant les élections du 1er octobre.

Dans l’entourage du premier ministre libéral, on craint que ne se cristallise une sorte de colère contre les «médecins au pouvoir» qu’incarnent le premier ministre et son ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

Face à la révolte des infirmières, le gouvernement Couillard n’a d’autre choix que de se montrer ouvert. Ainsi, M. Barrette, apprenait-on lundi, rencontrera la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec.

Qui mène?

Le gouvernement ne peut s’inspirer de Robert Bourassa qui, en 1989, en pleine campagne électorale, avait dénoncé la grève illégale des infirmières. D’autres syndicats avaient alors aussi adopté des moyens de pression, en solidarité.

Face à ces gestes de défiance, Robert Bourassa, en quête d’une réélection, avait, contre sa réputation de «roseau» qui plie, opté pour la fermeté.

À cinq jours du scrutin, il lance : «Il y a un autre enjeu pour le 25 septembre [1989] : qui mène au Québec? L’intérêt public, l’autorité démocratique ou certains groupes qui visent des intérêts particuliers compréhensibles, mais que l’ensemble de la population ne peut assumer immédiatement?»

Impensable, dans la situation actuelle, que le gouvernement choisisse ce type de rhétorique.

D’abord, le gouvernement Couillard ne fait pas face à une fronde «illégale».

En plus, aux yeux de plusieurs dans la population, le chef libéral se trouve à la tête d’une médicalocratie qui fut complaisante pour les médecins et condescendante à l’égard des autres professionnels de la santé.

Dans ce portrait, Gaétan Barrette incarne le ministre ami des médecins, tortionnaire des infirmières.

Cela occulte le fait que M. Barrette a inséré, dans ses lois 20 et 130 des «bâtons», des pénalités, pour les situations où les médecins, gavés de carottes (primes multiples !), n’atteignent pas les objectifs définis par le gouvernement.

Or, lorsqu’il a voulu les utiliser, au moment de négociations tant avec les omni que les spécialistes, le premier ministre l’en a éjecté. Les médecins ont gagné.

Faire avec

En furie d’avoir été ainsi exclu, M. Barrette aurait songé à démissionner, pour ensuite se raviser. Le départ du «pit-bull» aurait peut-être facilité la vie à Philippe Couillard...

Lui demander de partir aurait toutefois risqué de le transformer en adversaire et aurait laissé entendre que le gouvernement désavouait ses réformes.

M. Couillard doit donc maintenant composer avec lui. Le 29 janvier, il a même expédié, de Shanghai, un message vidéo d’appui qui fut diffusé lors de l’investiture de M. Barrette dans Lapinière, au Buffet des continents.

Dans les officines libérales, on souligne que le bouillant ministre a fait des efforts pour baisser le ton dans les dernières semaines. Son personnage est «fixé», «impossible à casser», se désole-t-on cependant.

En cette rentrée parlementaire, il sera la cible de toutes les attaques. Certains au PLQ espèrent qu’il s’avère une sorte de paratonnerre... ou, encore mieux, de fusible.