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Le boulet Barrette

Le boulet Barrette
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L’impopularité croissante de Gaétan Barrette, l’omnipuissant ministre de la Santé, est indéniable. Si jamais elle devait se maintenir jusqu'au déclenchement de la campagne électorale, Philippe Couillard pourrait trouver ce boulet politique encore plus lourd à traîner.

Déjà, en 2016, un sondage Léger/Le Journal/Le Devoir indiquait que les trois membres les plus impopulaires du gouvernement Couillard étaient Sam Hamad (qui a démissionné depuis), de même que les médecins Gaétan Barrette et le premier ministre Couillard lui-même.

Ce matin, un sondage Ipsos/La Presse le confirme brutalement : «Pas moins de 61 % des électeurs le jugent « intransigeant et arrogant » plutôt que « décisif et confiant ». Ce constat n'est probablement pas étranger au verdict sans appel de la population devant le réseau de la santé : 70 % des gens jugent qu'il s'est détérioré depuis trois ans.»

Quand 70% des gens voient le système de santé se détériorer sous le duo Barrette-Couillard, ça fait beaucoup de monde.

Pas étonnant qu’en cette journée de rentrée parlementaire à l’Assemblée nationale, M. Couillard ait passé une partie importante de son temps à devoir «défendre» son propre ministre de la Santé. Pas étonnant non plus que pour tenter de calmer le jeu un brin, il mise aussi, in extremis, sur la rencontre de son ministre à 16h00 avec la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec pour tenter de trouver des solutions aux récriminations fondées des infirmières sur leurs conditions de travail.

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L’auguste autruche

Or, selon l’auguste autruche qu’est le ministre Barrette, TOUT VA TRÈS BIEN.

Toutes les critiques visant ses «réformes», selon lui, ne seraient qu’une question de fausses perceptions alimentées, croit-il, par les méchants médias et les infirmières elles-mêmes, dont le message ne serait pas suffisamment «positif» aux yeux du ministre qui contrôle pourtant tout depuis son arrivée à la tête de la Santé et des Services sociaux.

Bizarrement, on entend même quelques commentateurs dire qu’il serait en effet question ici de «perceptions» et non pas de la réalité sur le terrain. Bref, que le rejet du ministre Barrette et de ses multiples réformes ne serait donc pas dû à leur échec, mais plutôt simplement à la personnalité abrasive et trop autoritaire du ministre. En d'autres termes, que Gaétan Barrette ne serait en fait qu'un mauvais vendeur d’un bon produit.

L’échec est pourtant patent. Des chercheurs universitaires sérieux l’ont constaté. Idem pour les professionnels de la santé, les infirmières, le personnel médical de Sainte-Justine et tout plein de patients et de bénéficiaires.

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Pourquoi faire taire les voix indépendantes?

Pendant que des hauts gestionnaires se taisent de peur de perdre leurs postes dont ils sont maintenant redevables au ministre, ceux qui parlaient dans d'autres instances, eux, ont  vu leur poste aboli par le ministre.

En fait, si le ministre Barrette était aussi sûr qu'il le dit du présumé «succès» de ses réformes ultra-centralisatrices et du bar ouvert en fonds publics dont il a béni ses ex-collègues médecins spécialistes, pourquoi alors a-t-il éliminé le poste de Commissaire à la santé et au bien-être? Lequel commissaire, comme par hasard, «permettait d'évaluer de manière indépendante la performance du système de santé et de services sociaux». Pourquoi le ministre craignait-il tant les analyses INDÉPENDANTES du commissaire ? Poser la question, comme dirait l’autre...

Quoiqu'en dise le ministre, le verdict de la population est malheureusement fondé en majeure partie.

De fait, le vrai problème est double. Sur le fond, la plupart des réformes Barrette ont échoué. Sur la forme, le matamore en lui a également fait beaucoup de dommage.

Bref, s’il est autant mal aimé, c’est que les raisons ne manquent pas. Il serait grand temps, très franchement, de sortir de cette vieille manière de faire de la politique en jouant au Napoléon d'opérette.

Maintenant, une fois le constat fait, l’important pour les électeurs sera de savoir précisément ce que les partis d’opposition proposent et proposeront en santé et services sociaux. Et ce, en vue du scrutin du 1er octobre prochain.

Ce qui, à son tour, soulève néanmoins une question troublante, mais incontournable.

À savoir si, à force de voir des partis politiques abandonner certaines de leurs promesses-phare une fois qu’ils sont au pouvoir (Bonjour entre autres à Justin Trudeau et sa réforme promise du mode de scrutin!), les Québécois seront-ils même prêts à «croire» aux engagements des partis d’opposition en ce domaine pourtant crucial pour une société vieillissante comme la nôtre.

À suivre...