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L'humanité au volant d'un autobus

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C’était un peu avant Noël. Après avoir couru pour porter le bébé à la garderie et se pointer à l’arrêt juste à temps, ma copine entre dans l’autobus. Il lui manque vingt-cinq sous... «Pas de problème, madame !» lui lance le chauffeur en lui imprimant son billet. Il n’allait quand même pas la jeter dehors pour ça. Mais un robot l’aurait probablement fait : «Montant incomplet. Veuillez SVP reprendre votre monnaie et sortir de cet autobus.»

Ma copine, contente, me texte sa mésaventure en précisant qu’en plus, ce chauffeur bon Samaritain fait jouer du George Brassens ; je la supplie de prendre ses coordonnées. J’échange avec ce monsieur la semaine dernière. «Il arrive que des personnes montent dans mon bus et que pour une raison ou une autre, ils ne peuvent pas payer, raconte-t-il. Si je ne sens pas une arrogance, une sorte de «J'ai l'droit», je les laisse monter et souvent je vais même leur remettre un transfert au cas où les inspecteurs montent à bord.» Ça n’arrive qu’exceptionnellement : l’écrasante majorité des passagers ont les sous qu’il faut ou un titre valide.

Bonnes actions

La musique de Brassens ? Un hasard. «C'aurait aussi pu être Elvis, CCR, Pierre Lalonde, Édith Piaf ou Daft Punk, dit-il. Ma liste musicale est tout sauf ennuyeuse, et les passagers aiment ça. Quand j'aurai terminé de monter ma banque, il y aura environ 7500 chansons dans mon appareil. Je fais ça à temps perdu. À date, j'ai plus de 10 jours de musique dans l'appareil.»

Parmi ses souvenirs : «J'ai vu une dame donner 20 dollars à une jeune mère qui pleurait parce qu'elle ne pouvait pas payer son billet. (...) Parfois j'aide des malvoyants ou des personnes âgées à traverser la rue ; au lieu de s’impatienter, les gens me sourient de manière compréhensive. (...) Des passagers en aident d'autre à porter leurs paquets, ça arrive souvent près des épiceries.» La morale qu’il en tire : «Les gens sont plus humains qu’on le croit.»

Irremplaçable

Son nom ? Son visage ? Son âge ? Il ne tient pas à s’identifier. L’important, ce n’est de toute façon pas son individu. C’est ce qu’il représente : l’humanité derrière le volant. Il y en a d’autres comme lui.

Chaque fois que l’on me chante les louanges du véhicule autonome – sans chauffeur –, j’ai une pensée pour ces joyeux lurons qui remontent le moral de leurs passagers. Un automate ne saurait les remplacer.