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Justin Trudeau n'est-il qu'une Manon Massé qui s'ignore?

Justin Trudeau n'est-il qu'une Manon Massé qui s'ignore?
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark

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La scène se passe il y a quelques jours au Canada. Justin Trudeau, le premier ministre admiré de l’autoproclamé meilleur pays au monde fait la tournée des assemblées citoyennes pour discuter avec les électeurs.

En bras de chemise, souriant, il incarne le politicien idéal. Il prend les questions, et avec optimisme, il dessine un avenir radieux.

Diversité

Mais se pourrait-il que Justin le souriant ne soit qu’une Manon­­­ Massé qui s’ignore ?

On s’en souvient, il y a quelque temps, cette dernière avait témoigné de son inconfort devant le mot « patrimoine », jugé trop masculin.

Justin Trudeau a fait de même. Dans une de ces assemblées que j’évoquais plus haut, il a repris une jeune fille dans le même état d’esprit. Son erreur ? Dans sa question au premier ministre, elle a utilisé le mot « mankind ».

Houla ! Justin Trudeau n’allait pas laisser passer ça ! Immédiatement, ivre de vertu inclusive, il a corrigé la demoiselle en lui disant qu’elle devrait plutôt parler de « peoplekind ».

Fiou ! Un terme « genré » venait d’être banni de l’assemblée, et on s’en doute, l’égalité entre les sexes s’est mieux portée. On lutte contre les discriminations un mot à la fois !

Il faut dire que nous parlons du même Justin Trudeau qui s’est récemment félicité de la réécriture de la version anglaise du Ô Canada, qui a gommé de l’hymne national la référence aux « fils » pour la rendre « neutre » sur le plan du genre, pour reprendre la novlangue officielle.

Mais nous ne sommes pas ici simplement devant les lubies amusantes d’un premier ministre qui confond la modernité et l’ouverture d’esprit avec l’adhésion à toutes les modes idéologiques.

Ce qui se dévoile, c’est la tentation de plus en plus forte de soumettre le langage à une perpétuelle reconstruction idéologique. Quels sont les prochains mots que nous bannirons ?

C’est la même logique qui a récem­ment poussé un musée anglais à décrocher un tableau où on trouvait des nymphes pour lutter contre le sexisme dans l’art.

Ou qui a convaincu un metteur en scène européen de changer la fin de l’opéra Carmen pour que désormais, l’héroïne ne soit plus tuée, mais tue celui qui l’agresse.

On pensera aussi à ce guide des déguisements d’Halloween politiquement corrects publié à l’automne dernier.

Ou à la dénonciation de la série Friends parce qu’elle ne serait pas assez inclusive.

Censure

C’est la tyrannie des nouveaux curés, qui patrouillent la vie publique avec un zèle maniaque, mais leur catéchisme, c’est la « diversité ».

L’homme ordinaire, devant cela, commence par rire. D’ailleurs, partout à travers le monde, on s’est foutu de la gueule de Justin Trudeau, qui devient sa propre caricature. Mais au même moment, l’homme ordinaire sent une forte pression vers la censure et l’autocensure.

Il étouffe. Il sent qu’il ne peut plus rien dire et qu’il suffit qu’un lobby hurle au scandale et expose son indignation publique pour qu’on tombe sur la tête de celui qui aura dit un mot de trop.

Et il commence à en avoir marre. Vraiment marre.