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Santé et éducation : oui, les dépenses ont augmenté!

Bloc argent
Illustration fotolia

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Avec la collaboration de Patrick Déry, analyste en politiques publiques à l'IEDM.

En novembre dernier, Québec a annoncé une baisse d’impôt de 1,1 milliard $ pour les particuliers. Certains ont alors soutenu que si le gouvernement pouvait se permettre cette diminution du fardeau fiscal, c’est parce qu’il avait réduit les dépenses en santé et en éducation, et que ces secteurs avaient été affamés par des années de coupes successives. Selon ces critiques, l’argent des baisses d’impôt aurait dû être réinjecté dans les services publics.

Pourtant, tant les dépenses en santé que celles en éducation ont augmenté considérablement ces dernières années.

De 2008-2009 à 2016-2017, les dépenses en santé sont passées de 30,6 à 36,4 milliards $, et celles en éducation (en excluant le secteur postsecondaire), de 12 à 13,4 milliards $. Ces hausses sont exprimées en dollars constants de 2016 et tiennent donc compte de l’inflation. Elles sont aussi plus élevées que la croissance de la population dans le cas de la santé et, dans le cas de l’éducation, de celles des élèves.

En somme, si les dépenses avaient simplement suivi l’inflation et l’évolution démographique pendant cette période, les Québécois paieraient aujourd’hui 4,8 milliards $ de moins pour la santé et l’éducation. Au rythme d’augmentation actuel, ces deux ministères vont finir par dévorer tous les autres.

Pourquoi les services ne s’améliorent-ils pas?

Si les dépenses avaient en elles-mêmes un impact direct sur la qualité des services, on aurait dû constater une amélioration généralisée et notable au cours des dernières années. Ça n’est pas le cas. D’ailleurs, un sondage nous apprenait récemment que 71 % des Québécois considèrent que les sommes additionnelles injectées au cours des dix dernières années en santé et en éducation n’ont pas donné de résultats. Pourquoi?

Les budgets de la santé et de l’éducation augmentent pour financer non seulement les nouveaux programmes, mais aussi les conditions de travail consenties dans les conventions collectives. Ils sont également le résultat de choix effectués par l’État dans la livraison des services publics.

En éducation, par exemple, la hausse des dépenses au cours des dernières années découle principalement de la réduction du nombre d’élèves par enseignant, de versements aux régimes de retraite, de la progression des employés dans l’échelle salariale et du plus grand nombre d’élèves présentant des besoins particuliers. Une partie importante de la hausse n’a donc aucun lien avec une amélioration de la qualité des services livrés.

Plusieurs commentateurs ont néanmoins conclu qu’il n’y avait pas urgence à diminuer les impôts puisqu’on constate des besoins criants dans les services publics. Pourtant, c’est l’organisation, la gestion et la performance de ces secteurs qui sont en cause, bien plus que leur financement.

L’argent, un mauvais indicateur

Lorsqu’on compare les résultats obtenus par les systèmes d’éducation de différents pays, la quantité d’argent dépensée par l’État n’est pas toujours un bon indicateur de la qualité des services. Une étude portant sur 31 pays d’Europe a constaté que le niveau des dépenses publiques n’a « que peu d’influence » sur l’efficacité d’un système scolaire. L’autonomie des établissements a bien plus d’impact.

De la même façon, en santé, la performance ne dépend pas du nombre de milliards engloutis. Les États-Unis en sont un exemple éloquent : bien que leur système soit de loin le plus coûteux au monde, il arrive régulièrement en queue de classement des comparaisons entre pays développés.

Le Québec, qui a le triste honneur d’héberger les pires urgences du monde occidental, aurait intérêt à garder à l’esprit une observation du Commissaire à la santé et au bien-être. Son analyse pourrait s’appliquer à des pans entiers de notre administration publique : « les difficultés du système ne semblent pas liées à une enveloppe budgétaire insuffisante, à un manque de ressources humaines et encore moins à un manque de ressources matérielles. Elles seraient plutôt liées à l’organisation des soins et des services et à la répartition des ressources financières et humaines ». Fait troublant, le ministère de la Santé a décidé d’abolir ce chien de garde qui le critiquait de l’intérieur.

Un faux dilemme

Opposer les baisses d’impôts à la qualité des services publics en santé et en éducation présente un faux dilemme. Au fil des ans, des sommes énormes ont été englouties dans ces deux réseaux, avec des résultats pour le moins discutables. Avant d’injecter des ressources supplémentaires, le Québec ferait bien de revoir sa façon de livrer les services publics, sans quoi il n’y a aucune raison de croire qu’il obtiendra des résultats différents. En attendant, il ne fait aucun doute que l’argent des baisses d’impôt est entre de meilleures mains dans celles des contribuables que dans celles des bureaucrates.